Vocabulaire : le scepticisme

Posté par chevet le 22 septembre 2008

Vocabulaire philosophique : Le Scepticisme.

«  Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude  » Nietzsche.

Le terme de scepticisme a fini par désigner dans la langue commune une attitude négative de la pensée : le sceptique passe pour être un esprit indécis, hésitant, ne se prononçant sur rien. En fait, par son étymologie («  Skepsis  » qui signifie en grec «  examen  »), le scepticisme c’est le refus d’adopter une position trop tranchée, c’est une suspension de son jugement (ce que les grecs nomment l’époché): le sceptique commence par avouer son ignorance, son embarras et il pratique le doute non pour renoncer à penser mais pour rechercher la vérité, ou pour constater qu’on ne peut l’atteindre (toute la question est bien de savoir si le doute est seulement une étape provisoire ou une chose définitive de laquelle on ne peut sortir).

Le fondateur du scepticisme est Pyrrhon (Grèce, fin du IVè av J.C.) : il n’a laissé aucun écrit mais il fonda une école philosophique réputée. Puis d’autres philosophes appartiendront à cette école de pensée composée de courants multiples : par ex. Sextus Empiricus (Grèce, IIè Ap . J.C.) puis plus tard Montaigne ou David hume. Les sceptiques de l’Antiquité affirment en général qu’on ne peut rien connaître avec certitude et que l’homme ne peut trouver la vérité, qu’il est condamné au doute perpétuel. Nos idées étant relatives, notre perception du monde l’est aussi et l’on ne peut accéder à des vérités définitives et absolues. Le sceptique est donc celui qui cherche à montrer qu’on peut toujours contester et critiquer une croyance et qu’en définitive il n’existe pas de fondement ultime à notre savoir. En conséquence, le sceptique est celui qui demeure sans opinion (ce qui ne veut pas dire non plus qu’il soit indifférent à tout ou qu’il n’agisse pas, mais globalement il adopte dans la vie une attitude de réserve). Le scepticisme, c’est le refus du dogmatisme, de la certitude, de la ferme conviction. C’est au fond l’expérience du doute conceptualisé qui présente la recherche de la vérité comme une quête qui ne peut aboutir. Pour beaucoup d’auteurs, par exemple pour Descartes, le doute est seulement un moment initial de la pensée, un commencement de la réflexion : il joue le rôle de moteur à partir duquel la vérité doit surgir (le chrétien peut d’abord douter avant de trouver la vraie foi, traverser les ténèbres avant de trouver la lumière). Mais pour le sceptique le doute n’est pas passager : il est définitif, omniprésent et accompagne toute pensée. La religion a donc tendance a considérer le doute comme un danger, comme une faiblesse (parfois comme un péché) qu’il faut surmonter sous peine d’égarement dans l’erreur: il est une sorte d’humiliation de l’intelligence qu’il faut ensuite surmonter. Beaucoup de philosophes considèreront le doute comme une maladie qu’il faut combattre. Le scepticisme est donc aussi un relativisme : l’homme ne voit le monde qu’à partir d’un point de vue subjectif, qu’à partir de ses impressions personnelles : il est alors impossible de dépasser cela pour adopter un point de vue universel, absolu, dogmatique. Kant, dans la Critique de la Raison Pure note que le scepticisme se détruit lui-même, qu’il est contradictoire, impossible à défendre vraiment. Les succès de la science moderne ont réduit les prétentions d’un scepticisme radical, total, et le scepticisme se conçoit davantage aujourd’hui comme modéré. Il peut se limiter à un certain degré puisque s’il existe bien des connaissances que la science peut démontrer, mêlme si par ailleurs, il existe aussi des sujets que notre esprit est impuissant à trancher, les questions métaphysiques qui ne relèvent que de la croyance et non de la connaissance (Par ex., Dieu existe-t-il ? Y a-t-il une vie après la mort ? L’homme peut-il être libre ? … etc). Sur ces sujets métaphysiques beaucoup de philosophes affirment leur scepticisme en montrant les limites de la connaissance humaine. On peut donc être modérément sceptique en soulignant les limites du savoir humain (cf. le criticisme) sans pour autant penser que l’homme ne peut accéder à aucune vérité du fait du progrès du savoir scientifique. Le scepticisme se raproche alors ici du positivisme. Ceci dit, on peut aussi continuer à défendre une thèse relativiste à propos du savoir scientifique en soulignant que la science ne nous délivre pas des connaissances définitives ou des « vérités » mais seulement des théories provisoires qui doivent se modifier en permanence en fonction des processus expérimentaux (voir à ce sujet la théorie de Karl Popper sur la falsifiabilité des théories scientifiques ou l’ouvrage de Thomas Khun sur la structure des révolutions scientifiques). 

En somme la limite du scepticimse n’est sans doute pas théorique mais morale et politique. Sur le plan des valeurs, le scepticisme nous protège sans doute de l’intolérance et du fanatisme qui risque toujours de découler du dogmatisme : il nous permet de mieux accepter les croyances des autres et nous protège de la violence. Le scepticisme ne nous réduit pas au silence ni ne nous conduit au désespoir, à l’inaction (puisqu’il se veut « examen perpétuel »), il refuse simplement de croire qu’on puisse (comme le font les religions) apporter à l’homme une explication sur le monde qui soit totale et définitive et donc intransigeante. Comme le disait Nietzsche, «  ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude  ». Reste que face à la manipulation idéologique, le sceptique ne peut pas rester sur la réserve: on peut certes en théorie douter de tout (l’esprit peut rationnellement « s’amuser » à tout mettre en cause), mais en pratique que dire à un révisioniste qui conteste l’existence des chambres à gaz? Contre une telle manipulation de l’histoire il reste de notre devoir d’affirmer l’existence de certaines vérités historiques dont la négation n’est pas seulement illégale mais aussi immorale.

(on pourra lire sur ce thème l’article de l’Encyclopédia Universalis pour plus de précisions).

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