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lecture de textes classiques : Nietzsche: « les contempteurs du corps », extrait de Ainsi parlait Zarathoustra.

Posté par chevet le 12 juin 2018

DES CONTEMPTEURS DU CORPS

 

C’est aux contempteurs du corps que je veux dire leur fait. Ils ne doivent pas changer de méthode d’enseignement, mais seulement dire adieu à leur propre corps — et ainsi devenir muets.

« Je suis corps et âme » — ainsi parle l’enfant. Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

Mais celui qui est éveillé et conscient dit : Je suis corps tout entier et rien autre chose ; l’âme n’est qu’un mot pour une parcelle du corps.

Le corps est un grand système de raison, une multiplicité avec un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

Instrument de ton corps, telle est aussi ta petite raison que tu appelles esprit, mon frère, petit instrument et petit jouet de ta grande raison.

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot. Mais ce qui est plus grand, c’est — ce à quoi tu ne veux pas croire — ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi, mais il est moi.

Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l’esprit, n’a jamais de fin en soi. Mais les sens et l’esprit voudraient te convaincre qu’ils sont la fin de toute chose : tellement ils sont vains.

Les sens et l’esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi. Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l’esprit.

Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit. Il règne, et domine aussi le moi.

Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu — il s’appelle soi. Il habite ton corps, il est ton corps.

Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. Et qui donc sait pourquoi ton corps a précisément besoin de ta meilleure sagesse ?

Ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles. « Que me sont ces bonds et ces vols de la pensée ? dit-il. Un détour vers mon but. Je suis la lisière du moi et le souffleur de ses idées. »

Le soi dit au moi : « Éprouve des douleurs ! » Et le moi souffre et réfléchit à ne plus souffrir — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Le soi dit au moi : « Éprouve des joies ! » Alors le moi se réjouit et songe à se réjouir souvent encore — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Je veux dire un mot aux contempteurs du corps. Qu’ils méprisent, c’est ce qui fait leur estime. Qu’est-ce qui créa l’estime et le mépris et la valeur et la volonté ?

Le soi créateur créa, pour lui-même, l’estime et le mépris, la joie et la peine. Le corps créateur créa pour lui-même l’esprit comme une main de sa volonté.

Même dans votre folie et dans votre mépris, vous servez votre soi, vous autres contempteurs du corps. Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourner de la vie.

Il n’est plus capable de faire ce qu’il préférerait : — créer au-dessus de lui-même. Voilà son désir préféré, voilà toute son ardeur.

Mais il est trop tard pour cela : — ainsi votre soi veut disparaître, ô contempteurs du corps.

Votre soi veut disparaître, c’est pourquoi vous êtes devenus contempteurs du corps ! Car vous ne pouvez plus créer au-dessus de vous.

C’est pourquoi vous en voulez à la vie et à la terre. Une envie inconsciente est dans le regard louche de votre mépris.

Je ne marche pas sur votre chemin, contempteurs du corps ! Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le Surhumain ! —

Ainsi parlait Zarathoustra.

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NIETZSCHE ET LA CRITIQUE DU LIBRE ARBITRE.

Posté par chevet le 19 avril 2014

 La causa sui est la meilleure contradiction interne qu’on ait jamais conçue, une sorte d’attentat à la logique, de monstre. Mais l’orgueil extravagant de l’homme a réussi à l’empêtrer inextricablement dans cette absurdité. L’exigence de « libre arbitre », au sens superlatif et métaphysique où il règne malheureusement encore dans la cervelle des demi-instruits, l’exigence d’assumer soi-même l’entière et ultime responsabilité de ses actes, et d’en décharger Dieu, le monde, l’hérédité, le hasard, la société, n’est rien moins que celle d’être causa sui, et avec une témérité plus forte encore que celle de Münchhausen, vouloir ainsi s’arracher au marais du néant en se tirant par la perruque et se hisser ainsi à l’existence. A supposer que quelqu’un évente assez la niaise rusticité de ce fameux concept du « libre arbitre » pour le rayer de sa tête, je le prierai de faire encore un pas en avant dans la voie des « lumières » et de rayer également l’envers de ce pseudo-concept : je veux dire le « serf arbitre » qui conduit à abuser des notions de cause et d’effet. On ne doit pas commettre l’erreur de concrétiser cause et effet, comme le font les physiciens (et ceux qui de nos jours introduisent dans la pensée les méthodes des sciences naturelles) en se conformant à la balourdise mécaniste actuellement en faveur, selon laquelle la « cause » presse et pousse jusqu’à ce que l’ « effet » s’ensuive. On ne doit user de la « cause » et de l’ « effet » que comme  de purs concepts, c’est-à-dire comme des fictions conventionnelles qui servent à désigner, qui permettent de s’entendre, mais qui n‘expliquent pas. Dans l’ « en-soi », il n’existe pas de « liens de causalité », de « nécessité », de « détermination psychologique » ; l’effet n’y suit pas la cause, aucune loi ne le gouverne . C’est nous seuls qui avons inventé, comme autant de fictions, les causes, la succession, la réciprocité, la relativité, la contrainte, le nombre, la loi, la liberté, les raisons, le but ; et quand nous introduisons faussement dans les choses, quand nous y mêlons ce monde de signes, comme s’il existait « en soi », nous procédons ainsi que nous l’avons toujours fait, mythologiquement. Le « serf-arbitre » est un mythe : dans la vie réelle il y a seulement des volontés fortes et des volontés faibles.[...] Et de façon générale, si mes observations sont exactes, c’est sous deux aspects contradictoires, mais toujours éminemment personnels, qu’on envisage le problème du « serf arbitre » : les uns ne veulent à aucun prix rien abandonner de leur « responsabilité », de leur croyance en eux, de leur mérite (c’est le cas des races vaniteuses) ; les autres, à l’inverse, ne veulent être responsables de rien, coupables de rien, et, poussés par un intime mépris d’eux-même, aspirent à se décharger n’importe où du fardeau de leur personnalité.

 

Nietzsche, par delà le bien et le mal, partie 1, « Des préjugés des philosophes », paragraphe 21, trad.H.Albert/J.Lacoste.

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