• Accueil
  • > Conseils pour commencer l'année

Quelques consignes générales pour commencer l’année…

Posté par chevet le 8 septembre 2009

.

PHILOSOPHIE : CONSEILS DE RENTREE POUR LES COURS.

 

-Apprendre à philosopher plutôt qu’apprendre la philosophie…

 

L’objectif de l’année est double : l’enseignement de la philosophie en classes terminales a pour but de favoriser l’accès des élèves à l’exercice réfléchi du jugement, ce qui veut dire penser par soi-même, c’est-à-dire libérer sa pensée de ses habitudes intellectuelles non interrogées, de ses préjugés, de ses opinons toutes faites : la philosophie commence par une mise en question de toutes ses croyances, par le fait de se défaire de ses idées reçues (et cela implique, comme le pensait Descartes, qu’on se libère des traditions, de toute forme d’autorité extérieure pour ne se servir que de sa propre raison). D’autre part, il s’agit aussi d’offrir à chacun une culture philosophique (connaître les théories de certains auteurs). Le but est donc d’apprendre à développer ses capacités de réflexion, de construire ses propres jugements, à propos d’un certain nombre de notions qui figurent au programme (l’art, la religion, la liberté, le bonheur…, etc.), et donc de viser une forme d’autonomie intellectuelle, mais aussi (et l’un ne va pas sans l’autre) d’acquérir des connaissances (et de faire un peu d’histoire des idées) que vous pourrez ensuite utiliser dans vos dissertations ou vos explications de textes. Culture et liberté sont donc liées : nous parviendrons à penser plus librement si nous faisons aussi l’effort d’acquérir d’autres manières de penser, de nouveaux savoirs. Nous apprendrons à penser d’autant mieux que nous apprendrons aussi à comprendre comment, dans l’histoire, de nombreux penseurs ont déjà posé, avant nous, des questions philosophiques et tenté de les résoudre. 

 

                Il ne s’agit donc pas seulement d’apprendre des connaissances déjà déterminées : le but de la philosophie (et donc d’une dissertation de philosophie) n’est pas de chercher à reproduire une pensée déjà faite, ou de réciter un cours ou la doctrine d’un philosophe, mais de développer son propre point de vue. Mais cela implique aussi que l’on sache utiliser des connaissances, pour tenter, par l’analyse et la résolution d’un problème, de soutenir une thèse qui vous soit personnelle. Ce que les professeurs de philosophie attendent (et cela sert de critères d’évaluation des copies), c’est que vous soyez capables de construire votre propre pensée, de vous confronter personnellement à un problème, tout en essayant aussi de faire usage d’un savoir spécifiquement philosophique (on doit pouvoir trouver dans des copies la trace d’un savoir proprement philosophique). Il ne faut pas en effet confondre l’acte de philosopher avec le fait de ce qui serait une simple « histoire des idées » :

 

« Jamais nous ne deviendrons mathématiciens, même en connaissant par cœur toutes les démonstrations des autres, si notre esprit n’est pas en même temps capable de résoudre n’importe quel problème ; et nous ne deviendrons jamais philosophes, si nous avons lu tous les raisonnements de Platon et d’Aristote, et que nous sommes incapables de porter un jugement assuré sur les sujets qu’on nous propose ; dans ce cas, en effet, ce ne sont point des sciences que nous aurions apprises, semble-t-il, mais de l’histoire ». Descartes, Règles pour la direction de l’esprit, (1628). En résumé, comme le disait Kant, il ne s’agit pas d’apprendre la philosophie mais d’apprendre à philosopher (voir aussi  texte de Kant en fin de document).

 

- Prenez donc bien connaissance de la liste des notions du programme (voir doc distribué) : il faudra que vous ayez des connaissances au moins sur chacun de ces thèmes (la liberté, l’art, le bonheur, la religion, la vérité …etc) et que vous compreniez quelles sont les grandes problématiques qu’ils posent. L’objectif est que sur chaque notion vous puissiez identifier trois ou quatre grandes questions et que vous puissiez avoir des éléments pour y répondre. Prenez connaissance des repères du programme (liste de mots clefs dont il faut maîtriser le sens) et de la liste des auteurs (pouvoir situer ces auteurs dans l’histoire et essayer de s’intéresser à certaines de leurs doctrines est nécessaire). Regardez dans les annales des épreuves du bac les sujets que l’on donne en général dans les différentes séries. J’ai mis sur mon blog (« http://chevet.unblog.fr ») une rubrique consacrée à l’historique des sujets du bac (voir les sujets de 2015). Vous verrez que l’épreuve du bac propose au choix deux dissertations et une explication de texte en philosophie.

 

- Vous aurez cette année des documents de méthode (disponibles en ligne sur mon site). Il s’agit de règles formelles essentielles que l’on doit respecter pour construire un devoir – mais retenez qu’il n’y a aucune « recette toute faite » qui vous permette de réussir : l’essentiel c’est de prendre le temps de penser et de se cultiver pour nourrir son questionnement. La méthodologie, en ce sens, est celle qui vous donne aussi du contenu : d’abord la correction des devoirs et les cours, le fait de prendre connaissance d’exemples de bonnes copies d’autres élèves. Les progrès ne viennent alors que lentement, par l’habitude de se confronter aux difficultés soi-même : vous ne commencerez à maîtriserez la technique des devoirs seulement progressivement après en avoir fait plusieurs.

 

- Le manuel scolaire sert surtout à un travail personnel à domicile (les textes vus en cours sont photocopiés et sont en ligne ainsi que le plan des cours) : il faut partir du principe que lorsque nous abordons une notion du programme vous devez travailler cette notion de votre côté à partir de votre manuel ou d’autres livres et ne pas vous contenter du cours, mais avoir vos propres lectures. La philosophie est une aventure intellectuelle : elle ne se réduit pas à du simple « bachotage », au fait d’apprendre par cœur, comme nous l’avons déjà dit, un savoir déjà présent, mais elle vous invite à construire librement votre propre vision des choses (le cours n’est qu’une proposition…). La philosophie c’est l’art de produire soi-même sa propre réflexion et de clarifier ses propres idées: personne ne peut donc philosopher à votre place ! Il faut donc tenter de suivre son propre chemin. Le cours n’est donc pas fait pour vous imposer un point de vue mais vous proposera des problématiques et des manières de voir pour nourrir votre propre démarche. Il faut redire à ce sujet que le but d’un correcteur de philosophie n’est pas de juger la conception philosophique de tel ou tel élève à travers sa copie, mais de juger de la qualité de sa démarche (ce qui implique aussi le fait que l’évaluation n’est pas aléatoire comme on le croit souvent et ne se fonde pas sur « l’opinion des élèves », mais repose sur des normes rationnelles objectives et compréhensibles de tous : voir sur ce point la méthodologie qui sera distribuée).

 

- N’hésitez pas à m’interroger si vous ne comprenez pas un point du cours, si vous souhaitez des précisions, des compléments. Si vous voulez une aide plus approfondie, je répondrais à toutes vos questions par mail dans la mesure de mon temps libre (eric.chevet@infonie.fr).

 

- Les prises de notes en cours. Ni trop, ni trop peu. Partez du principe qu’il est nécessaire d’écrire pour pouvoir réviser et apprendre ensuite le cours mais qu’il est parfois plus utile d’écouter attentivement que d’écrire trop ou purement mécaniquement. Il faudra inévitablement faire des synthèses (fiches). L’objectif n’est pas de tout retenir mais de comprendre les problèmes traités dans le cours et les raisonnements qui y sont à l’œuvre, les connaissances utilisées. Les cours sont disponibles en ligne pour vous aider dans vos révisions.

 

- Vous pouvez commencer l’année par :

 

-          Des livres d’introduction à la philosophie. Si vous souhaitez avoir un cours complet, riche et précis sur l’ensemble de l’année et accessible pour un débutant, en livre de poche : vous pouvez lire Alain Renaut, Découvrir la philosophie aux éditions Odile Jacob (en 5 volumes – Le sujet, La culture, La raison et le réel, La politique, La morale). On pourrait aussi s’initier à la réflexion philosophique par la lecture de petits ouvrages  tels que celui  d’André Compte Sponville : Présentations de la philosophie, en poche également, ou aussi : Apprendre à vivre de Luc Ferry, Petit précis de philosophie ou de l’utilité de la philosophie par Bertrand Vergely. Il y a aujourd’hui beaucoup de livres d’initiation à la philosophie qui sont faciles d’accès… La collection « Que sais-je » ? offre également parfois des livres très accessibles : je vous conseille, par ex., « L’éthique aujourd’hui » de Michela Marzano.

-          Des manuels de philosophie (des cours de philo souvent fait pour les scolaires) : on pourra lire avec plaisir l’Antimanuel de philosophie de Michel Onfray). Il y a de bons ouvrages de synthèse avec des textes en abondance : Philosophie, le manuel, collection ellipses- Edition 2013.

-          Des magazines ou revues : Philosophie magazine est un mensuel ou la revue Sciences humaines (avec des Grands dossiers Hors série sur les grandes questions philosophiques).

-          Des livres d’histoire de la philosophie qui vous expliquent la pensée de certains auteurs, de leur œuvres (je ne conseille qu’avec réticence « La philosophie pour les nuls » de Christian Godin : on peut préférer aussi des ouvrages plus spécialisés sur des auteurs ou des périodes de l’histoire, par ex. Pierre Hadot, Qu’est-ce que philosophie antique ? ou bien des histoires intégrale de la philosophie (De platon jusqu’à Wittgenstein –par ex : histoire de la philosophie par Emile Bréhier, ou celle de François Chatelet sont accessibles en poche).  Si un sujet vous intéresse plus spécialement, je peux vous donner des conseils de lecture.

-          Vous pouvez aussi consulter les encyclopédies (par ex. l’Encyclopédie Universalis est une mine incroyable d’informations sur les grandes notions du programme) ou des dictionnaires (Le dictionnaire Lalande en philosophie est une référence : disponible au CDI).

-          Vous pouvez utiliser toute la littérature dite « parascolaire » : œuvres expliquées aux lycéens, recueils de textes, ouvrages sur des notions du programme (comme les « corpus » qui abordent toutes les notions du programme -disponibles au CDI).

-          Vous pouvez aussi essayer de lire directement les auteurs (certains sont parfois plus accessibles comme Freud, Epicure, Descartes) mais d’autres sont plus compliqués (Kant, Hegel, Spinoza), donc me consulter sur ce point à propos des thèmes ou des périodes de l’histoire qui attirent votre attention pour savoir quel ouvrage aborder.

-          Internet, enfin, est une source importante d’informations (on y trouve tout y compris des livres entiers accessibles par bibliothèque virtuelle) mais il y a du bon et du très mauvais donc il faut savoir sélectionner quelques sites de philosophie plus intéressants que d’autres (vous avez quelques liens sur mon blog). A noter que la philosophie est aussi présente à la radio et il y a quelques bonnes émissions sur France culture (par exemple, « Les nouveaux chemins de la connaissance ») et sur Arte (Raphael Enthoven). Les liens sont visibles sur mon site.

-          Il serait utile de vous fabriquer pendant l’année un petit lexique philosophique : parfois la philosophie utilise des termes ésotériques (comme théodicée, eudémonisme, empirisme, transcendantal, …) : il faut pouvoir connaître les principaux termes avec leur sens et définitions. Il y a des dictionnaires philosophiques au CDI qui sont de bons outils de travail.

-          Nous devrons étudier des œuvres philosophiques dans l’année (une en S-ES et deux en série L) : cela sert pour préparer l’écrit mais surtout l’oral du bac : si vous passez la philo à l’oral, vous serez interrogés sur les œuvres étudiées dans l’année).

-          N’hésitez pas à consulter régulièrement mon blog sur internet : vous y trouverez les corrigés, les plans des cours, les textes étudiés en classe, ect…

-          D’une manière générale il serait utile de connaître quelques pages les plus classiques de la philosophie et d’aller voir d’un peu plus près ces textes essentiels (voir la liste « textes classiques : conseils de lecture » sur mon blog). Vous trouverez d’ailleurs sur mon blog des explications de textes assez divers.

-    Chaque élève de la classe fera un exposé à l’oral sur une question philosophique (travail à faire seul ou à deux). Pour préparer ces exposés n’hésitez pas à vous mettre en relation avec la documentaliste et consulter le catalogue du CDI (à présenter en fin de premier trimestre). Vous trouverez des références d’ouvrages, de sites et d’articles par thèmes et mots clés. Vous avez quelques exemples d’exposés d’élèves sur mon blog.

-    Enfin, s’agissant des évaluations : vous serez notés sur vos devoirs (dissertation ou explication de texte), sur la connaissance que vous avez des cours (à l’oral parfois ou par écrit avec des questionnaires de révisions) et je pense proposer une note relative à la participation en classe. Pour finir: nous pouvons lire le texte 2 de Bertrand Russell (philosophe anglais du 20ème s) et faire un premier travail d’analyse de texte.

 

Bon courage à tous pour cette rentrée (merci de remplir la fiche de rentrée distribuée).

 

Textes :

« La philosophie n’est vraiment qu’une occupation pour l’adulte, il n’est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsque l’on veut la conformer à l’aptitude moins exercée de la jeunesse. L’étudiant qui sort de l’enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu’il va apprendre la Philosophie, ce qui est impossible car il doit apprendre à philosopher. Je vais m’expliquer plus clairement : toutes les sciences qu’on peut apprendre au sens propre peuvent être ramenées à deux genres : les sciences historiques et les sciences mathématiques. Aux premières appartiennent, en dehors de l’histoire proprement dite, la description de la nature, la philologie, le droit positif, etc. Or dans tout ce qui est historique l’expérience personnelle ou le témoignage étranger, – et dans ce qui mathématique, l’évidence des concepts et la nécessité de la démonstration, constituent quelque chose de donné en fait et qui par conséquent est une possession et n’a pour ainsi dire qu’à être assimilé : il est donc possible dans l’un et l’autre cas d’apprendre, c’est à dire soit d’imprimer dans sa mémoire, soit dans l’entendement, ce qui peut nous être exposé comme une discipline déjà achevée. Ainsi pour pouvoir apprendre aussi la philosophie, il faudrait qu’il en exista réellement une. On devrait pouvoir présenter un livre et dire : «Voyez, voici de la science et des connaissances assurées ; apprenez à le comprendre et à le retenir, bâtissez ensuite là-dessus et vous serez philosophes » : jusqu’à qu’on me montre un tel livre de Philosophie, sur lequel je puisse m’appuyer à peu près comme sur Polybe pour exposer un événement de l’histoire, ou sur Euclide pour expliquer une proposition de Géométrie, qu’il me soit permis de dire qu’on abuse de la confiance du public lorsque, au lieu d’étendre l’aptitude intellectuelle de la jeunesse qui nous est confiée, et de la former en vue d’une connaissance personnelle future, dans sa maturité, on la dupe avec une Philosophie prétendument déjà achevée, qui a été imaginée pour elle par d’autres, et dont découle une illusion de science, qui ne vaut comme bon argent qu’en un certain lieu et parmi certaines gens, mais est partout ailleurs démonétisée. La méthode spécifique de l’enseignement en Philosophie est zététique[1], comme la nommaient quelques Anciens, c’est-à-dire qu’elle est une méthode de recherche. Et ce ne peut être que dans une raison déjà exercée qu’elle devient, en certains domaines, dogmatique, c’est-à-dire dérisoire.

KANT, (1724-1804) Annonce du programme des leçons de M. E. Kant durant le semestre d’hiver 1765-1766, tr. fr. M. Fichant, Vrin, pp. 68-69.

 

« La valeur de la philosophie doit être cherchée pour une bonne part dans son incertitude même. Celui qui n’ a aucune de philosophie traverse l’existence, emprisonné dans les préjugés qui lui viennent du sens commun, des croyances habituelles à son temps et à son pays, et des convictions qui se sont développées en lui sans la coopération ni le consentement de sa raison. Pour un tel individu, le monde est sujet à paraître précis, fini, évident; les objets habituels ne lui posent aucune question et les possibilités non familières sont dédaigneusement rejetées. Dès que nous commençons à philosopher, au contraire, nous trouverons que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne conduisent à des problèmes auxquels nous ne pouvons donner que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous dire avec certitude qu’elle est la vraie réponse aux doutes qu’elle élève, peut néanmoins suggérer diverses possibilités qui élargissent le champ de nos pensées et les délivrent de la tyrannie de la coutume. Tout en diminuant notre certitude à l’égard de ce que sont les choses, elle augmente beaucoup notre connaissance à l’égard de ce qu’elles peuvent être; elle repousse le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais pénétré dans la région du doute libérateur et garde vivace notre sens de l’étonnement en nous montrant les choses familières sous un aspect non familier ».

 

 Bertrand Russell, (1872-1970) in Problems of philosophy. 1912. Oxford.

 


[1] Ce terme peut signifier « l’art du doute ».

Publié dans Conseils pour commencer l'année | Pas de Commentaire »

 

Le site de la ville chauvin |
Le p'tit coin des Cheveux G... |
De l'opinion à la vérité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | boumboumjames1
| CHIHUAHUA-PASSION
| PEPITO mon dragon d'eau