Accueil bonnes copies d'eleves HLP « Histoire et violence » : La guerre est-elle toujours injustifiable ? (copie du bac blanc de Boéciane P. en 2H sur table)

HLP « Histoire et violence » : La guerre est-elle toujours injustifiable ? (copie du bac blanc de Boéciane P. en 2H sur table)

23 min lues
0
1
1,053

Bac Blanc HLP Philosophie

 

                 En lisant Si c’est un homme de Primo Levi qui raconte l’enfer qu’il a vécu dans les camps de concentration durant la seconde guerre mondiale, un profond dégoût de la guerre naît irrémédiablement en nous. Tout cette violence, toute cette haine, toute cette peine infligée à autrui. Mais la guerre est-elle toujours injustifiable ? Dans quels cas pourrait-elle ne pas l’être ? Le terme « injustifiable » peut trouver deux sens. Tout d’abord un sens moral, la guerre est-elle toujours moralement inacceptable ? Existe-il une guerre qui ne ferait naître aucune honte en l’être humain car on la considérerait comme parfaitement justifiée ? Et ensuite, nous pouvons entendre la notion de justification au sens plus juridique du terme. Peut-on justifier juridiquement la guerre ? Dans ce cas, il n’est plus question de savoir si les morts induites par le conflit sont bonnes ou mauvaises, sources de culpabilité ou non. La seule question réside dans le fait que le droit autorise ou nous, qu’il justifie ou qu’il ne justifie pas la guerre. Nous tenterons donc de répondre à la question de la guerre juste au fur et à mesure de notre raisonnement. Dans un premier temps, nous nous demanderons dans ne optique pacifiste si la guerre est toujours injustifiable. Nous étudierons cette interrogation dans une logique de justification morale de la guerre puis nous nous pencherons sur son aspect juridique. Et dans une seconde partie, nous chercherons à trouver de quelle manière la guerre peut se justifier dans certains cas. Pour ce faire, nous nous aiderons de la vision d’une guerre juste de Thomas d’Aquin avant d’observer dans quelle situation il deviendrait moralement injustifiable, moralement injuste de ne pas faire la guerre.

               « La morale condamne absolument la violence et fait de l’état de paix un devoir immédiat » disait Kant dans son traité de la paix universelle. En effet, il semble difficile de concevoir de quelle manière provoquer délibérément la mort de quelqu’un puisse être moralement justifiable. Il suffit de se renseigner sur le stress post-traumatique dont écopent une large partie des soldats au retour du front pour comprendre que l’être humain ne peut, hormis dans le cadre de maladies psychiatriques, provoquer la mort sans en tirer aucune séquelle. Nous sommes des êtres sociaux, nous vivons en communauté, tuer ses semblables ne peut être moralement acceptable. Nous retrouvons d’ailleurs l’interdiction de tuer : « tu ne tueras point » dans la Bible, texte écrit il y a fort longtemps. Or, dans le cadre de la guerre, il ne s’agit pas d’un seul et unique meurtre, mais d’enlever la vie à des dizaines d’être-humains, parfois innocents. Nous pouvons par exemple citer l’exemple édifiant de la seconde guerre mondiale. La moitié des Hommes morts lors de cette guerre sont des civils innocents. Quand les États-Unis décident de lancer une bombe atomique sur Nagasaki et Hiroshima en 1945. Nous ne pouvons tolérer un tel acte de barbarie, cela est parfaitement injustifiable. Il en est de même pour les viols, passage qui semble incontournable en situations de conflit. Qu’est ce qui justifierait que le corps des femmes soit traité, maltraité comme si il n’était qu’un vulgaire jouet ? Qu’est-ce qui justifierait que l’on détruise la vie de celles qui ne sont pas sur le front, de celles qui ont pour unique faute, le pays dans lequel elles sont nées ? Rien. Absolument rien. La violence en elle-même est déjà difficilement justifiable mais lorsqu’elle est tournée vers ceux qui n’ont pas leur part de responsabilité dans le conflit, il paraît impossible de trouver un quelconque moyen pour le justifier, en tout cas pour ce qui est de la morale. Mais que dit la justice ?

               Nous pourrions imaginer un droit qui autoriserait la guerre si elle est « justifiée », si elle a lieu pour une raison. Seulement, toutes les guerres sont justifiées par celui qui la déclenche. Et a plupart du temps, il ne s’agit que d’un vernis idéologique cachant une volonté impérialiste, un désir de domination. Les croisades, malgré la proscription du meurtre dans les livres sacrées et le nombre incommensurable de morts qu’elles faisaient étaient justifiées par l’extrême et impérieuse nécessité de récupérer leur terre sainte. Hitler avait justifié son antisémitisme en désignant les juifs comme la cause de la situation économique calamiteuse de l’Allemagne. Les États-Unis avaient justifié leur guerre préventive en Irak en les accusant de détenir des armes et en arguant de vouloir protéger la nations. Nous pourrions continuer des heures et des heures à lister toutes ces justifications factices servies par divers États pour justifier une guerre qui en réalité n’avait pas lieu d’être. Ainsi, il semble difficile de mettre en place un droit désignant la guerre justifiée comme justifiable. Parce que dans ce cas, toutes les guerres seraient justifiables ce qui est loin d’être le cas. Le problème se situe ici dans l’impossibilité de savoir si la justification de l’État déclarant la guerre est réelle ou factice. Pour y remédier, une institution supra-étatique est nécessaire. C’est plus ou moins ce que représente l’ONU et c’est ce que Kant avait théorisé à son époque dans l’optique d’obtenir une guerre juste. Seulement, l’ONU est un regroupement de plusieurs États qui défendent chacun leurs intérêts personnels. L’impartialité recherchée, si importante dans la justice n’est donc pas au rendez-vous puisque les États sont ici juges et partis. Or, aucun État ne prendra de décision qui lui serait délétère et donc, il semble parfaitement impossible de justifier une guerre juridiquement. En effet, les États façonnent la justice de manière à ce qu’elle justifie leur violence. C’est d’ailleurs ce que dénonce Blaise Pascal dans cette citation : « Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on fit que ce qui est fort fût juste ». À première vue, la guerre paraît donc injustifiable à la fois moralement et juridiquement mais tentons de nuancer un peu nos propos et d’aller voir au-delà de ce qui est apparent.

            Lorsque nous pensons à la guerre, notre esprit fait immédiatement le lien vers une violence abominable et, comme nous l’avons vu précédemment, il est, de prime abord, inconcevable de justifier une telle horreur. Seulement, St Thomas d’Aquin est parvenu à théoriser ce que serait une guerre juste selon quatre critères sur lesquels nous allons nous pencher. Le premier critère d’une guerre juste réside dans une cause juste. Mais qu’est-ce qu’une cause juste ? Selon notre homme, la seule situation permettant de considérer une cause comme juste est la légitime défense. Ainsi, si un pays est attaqué par un autre, il est parfaitement légitime et justifié de répliquer. À contrario, une décision de guerre unilatérale ne peut en aucun cas s’avérer justifiable, qu’elle qu’en soit la cause. Cependant, il ne suffit pas d’être en situation de légitime défense pour rendre la guerre justifiable. Il faut aussi, et voilà le second critère, que le conflit armé soit la seule et unique solution possible. Si il est possible de dialoguer avec son agresseur ou de trouver un quelconque autre moyen d’apaiser la situation, celui-ci doit immédiatement être privilégié. Le paradoxe ici étant que le seul but justifiable d’une guerre doit être celui de rétablir la paix. Notre troisième critère concerne l’autorité détentrice de la prise de décision d’une guerre juste. Ce critère est malheureusement impossible à remplir dans l’État actuel des choses car il nécessiterait une instance impartiale au dessus des États qui demeure pour le moment inexistante. Passons donc à notre quatrième et dernier critère : les moyens utilisés doivent être proportionnels. Nous sommes ici bien loin de Jean Paul Sartre qui faisait dire à travers ses héros dans ses œuvres que « tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces ». Au contraire, pour faire qu’une guerre soit justifiable, elle doit utiliser des moyens d’action, donc des armes, proportionnelles au conflit. Autrement dit, si nous reprenons notre exemple de la bombe nucléaire du Hiroshima, ceci est le parfait exemple d’une guerre injuste dans ses moyens. Les civils ne devraient pas pâtir de la guerre alors qu’ils n’y sont pour rien. Cette logique voudrait que les seules personnes qu’il serait possible de tuer seraient des soldats, avec des armes équitables aux leurs, dans une situation de légitime défense où il n’y aurait pas d’autre choix d’action. Ainsi, l’existence d’une guerre justifiable semble possible mais tout de même extrêmement compliqué à statufier car nous ne disposons pas de l’organisation nécessaire pour acter cette guerre comme justifiable. Mais n’est-il pas parfois moralement injuste de ne pas faire la guerre ?

          Nous avons évoqué à plusieurs reprises la seconde guerre mondiale, reprenons donc cet exemple connu de tous. Cette guerre est célèbre pour avoir perpétré un génocide contre la population juive. Dans cette situation où un État extermine une part de sa population, n’est-il pas nécessaire et grandement justifié de déclarer la guerre au dit pays pour tenter de sauver sa population ? Là encore, se pose la question de l’institution décidant qui est légitime de guerroyer contre un pays pour venir décider à sa place comment agir avec sa propre population. Cependant, il est ici question de vie ou de mort. Il est ici question d’épargner à des êtres-humains une souffrance innommable. Le risque est probablement dans ce genre de situation d’imaginer une souffrance là où elle n’existe pas. Il ne s’agit pas ici d’agir tel un côlon persuadé que sa culture est meilleure que celle de l’autre. Il n’est pas non plus question d’envahir un pays ni de le soumettre. Seulement, si un pays trouve à sa tête, un dangereux tyran, il est question de venir en aide à sa population en souffrance et de quitter les lieux une fois la population hors de danger. Ainsi, il semble tout de même qu’une guerre puisse s’avérer justifiable sous certaines conditions.

 

En conclusion, nous pourrions dire que la guerre n’est pas toujours injustifiable. Certes, nous avons vu qu’il était immoral de tuer et de violenter des civils, innocents dans ce conflit à main armé. Nous avons aussi constaté que toutes les guerres étaient justifiées par une excuse quelconque ce qui ne les rendait pas pour autant justifiables car souvent, cette justification n’était qu’un verni idéologique avec pour seul objectif de trouver une cause entendable par le reste du monde à la soif de pouvoir. Puis, nous avons étudié le rôle d’une organisation telle que l’ONU pour établir ce qui est juste ou non dans une guerre. Seulement, nous nous sommes heurtés au manque d’impartialité de cette organisation à cause de sa constitution qui est celle d’un groupement de plusieurs pays dont chacun a pour but de défendre ses intérêts propres. Nous nous sommes ensuite intéressés à la théorie de la guerre juste de St Thomas d’Aquin qui contient quatre critères. Une guerre juste serait donc une guerre de légitime défense qui constituerait une solution de dernier recours et menée avec des moyens proportionnels. Notre problème persiste au niveau juridique cependant (quatrième et dernier critère), nous l’avons constaté. Nous sommes incapables d’obtenir cette organisation supra-étatique qui semble si nécessaire pour réguler et justifier la guerre. Nous avons cependant établi la possibilité d’une guerre fondamentalement juste malgré ce manque lorsqu’il s’agit d’une guerre ayant pour but de délivrer une population oppressée. Clausewitz disait : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Alors peut être que la solution d’une guerre juste, se situe dans une politique juste, reste encore à déterminer ce qu’est une politique juste.

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par chevet
Charger d'autres écrits dans bonnes copies d'eleves

Laisser un commentaire

Consulter aussi

La technique

                                  LA  TECHNIQUE.   Plan :I Technique, histoire et société.…