« RASHOMON » FILM DE AKIRA KUROSAWA

Posté par chevet le 27 septembre 2017

 

Rashōmon est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa en 1950, d’après la nouvelle de Ryunosuke Akutagawa

                                             rashomon

            Le film porte tout d’abord sur la question de la recherche de la vérité. L’idée principale du film est de souligner qu’il est impossible de la trouver parce que l’homme ne voit la réalité qu’à travers un point de vue qui lui est propre, qu’à travers une perspective qui lui est personnelle. L’homme n’a donc pas accès au réel mais seulement à la façon dont il le voit (relativisme ou « perspectivisme »: à chacun sa perspective…). Mais le film porte aussi sur le mécanisme de l’illusion et plus exactement sur la possibilité du mensonge fait à soi-même : lorsqu’une vérité est difficile à supporter et à admettre, on peut être tenté de se la cacher et de se raconter une histoire qui nous arrange et à travers laquelle on se donne un meilleur rôle…

            Dans le film , la vérité semble introuvable. L’histoire est policière et à propos d’une scène de crime, il y a  plusieurs témoignages et autant de récits différents : le bûcheron, le bonze, le policier, le bandit, la femme, le mort, autant de versions différentes d’un même évènement. Il y a une succession des points de vue et des versions, des témoins et des narrations : chacun raconte une histoire qui n’est pas compatible avec celles des autres et, au final, aucune version ne semble concluante ni pouvoir l’emporter en vérité sur celles des autres. On ne sait donc jamais où se trouve la vérité des témoignages. La thèse du film est donc que la vérité est introuvable car aucune version ne s’impose malgré l’apparente sincérité des aveux. Le bûcheron dit d’ailleurs à un moment : « je ne mens pas, c’est la vérité ! ». Malheureusement, un menteur ne dit pas autre chose… et malgré les confessions et les secrets apparemment révélés, les propos sont en fait contradictoires. On comprend que la logique de l’aveu n’est donc pas celle de la vérité, que la logique du mensonge semble l’emporter sur celle de la sincérité. Tout le monde semble mentir dans ce film… A un moment le bûcheron dit alors : « Les hommes ne peuvent pas dire la vérité, ils se la refusent à eux-mêmes »… Film alors désespérant puisqu’il semble que l’on ne puisse se fier à personne, que le mensonge est universel ou l’illusion permanente. « Si on ne peut plus croire en personne, dit alors le bonze, alors la vie est un enfer »…  

            La seule note optimiste du film se découvre à la fin quand l’enfant est recueilli par le Bûcheron qui fait alors preuve d’humanité, comme si la compassion et la charité pouvaient compenser quelque peu le mensonge permanent des hommes. L’enfer n’est donc pas global : il est possible de faire confiance à quelqu’un… La vérité n’est alors peut-être pas tant dans les discours que dans les actes et si des actions morales sont possibles alors le cynisme se voit dépassé par la confiance : la vie n’est pas qu’un enfer permanent.

            Il y a là pourtant un paradoxe : si tout le monde ment, tout le monde sait aussi que tout le monde ment (même le mort qui témoigne lui aussi dans le film). Personne ne semble dupe de ce jeu impossible. Mais le menteur se ment-il aussi à lui-même ? S’agit-il seulement de mensonge ou bien plus fondamentalement d’illusion ? C’est que dans le film chacun s’accuse d’être le meurtrier, comme si tous les personnages voulaient se donner une place centrale, comme si chacun voulait occuper le premier rôle, être le héros de l’histoire, la thèse étant alors que nous avons tous tendance à vouloir embellir les choses, à vouloir les déformer à notre avantage, en exagérant nos actions, en bien comme en mal. Chacun fantasme son histoire, se fait un film et un scenario qui lui convient et se ment aussi à lui-même autant qu’aux autres. Le brigand héroïse son personnage de guerrier sauvage ; la femme en rajoute dans l’émotion et le pathos ; comme victime souffrante,  elle dramatise son récit. Le témoignage du mort est théâtral…, etc.

            Dans « Le Petit soldat » de J.L. Godard, un personnage dit : « La photographie c’est la vérité. Le cinéma c’est la vérité 24 fois par seconde ».      Mais ici on renonce à l’idée d’une vérité objective pour une perspective subjective : la réalité ne se donne pas à voir, elle est toujours perçue à travers le prisme de nos désirs, de nos fantasmes, de nos peurs. Le mensonge a au moins ceci de révélateur, c’est qu’il dévoile ce prisme de l’intimité, la vie psychologique de chacun, à travers lequel nous percevons le monde. Ce film fait évidemment penser aux célèbres phrases de Pascal dans les Pensées :

            « Ainsi la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, quoiqu’il en parle alors sincèrement et sans passion.

            L’homme n’est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l’égard des autres. Il ne veut donc pas qu’on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son cœur ».

 

 

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