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Réplique sur France culture : Les valeurs de l’homme contemporain ( Finkielkraut – Michéa- Bruckner).

Posté par chevet le 6 septembre 2015

Une discussion sur le narcissisme contemporain et le « devoir de bonheur »…

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« L’homme est la mesure de toutes choses » Protagoras.

Posté par chevet le 2 septembre 2015

         Pour comprendre cette citation, sa formulation, sa signification, il faut la replacer dans son contexte d’origine. Il s’agit d’une formule du sophiste Protagoras extraite de son ouvrage De la vérité, évoquée par Platon notamment dans le Théétète  et selon laquelle « l’homme est la mesure de toutes choses ; pour celles qui sont, mesure de leur être ; pour celles qui ne sont pas, mesure de leur non être » (formule également évoquée dans le Protagoras de Platon). Il faut donc clarifier le sens de cette proposition : que veut dire l’idée selon laquelle l’homme serait « la mesure de toutes choses » ? Quelle est donc le sens de cette théorie de « l’homme mesure » ? Que signifie l’idée de mesure ici ?

         Cette formule peut s’entendre de plusieurs façons : on peut tout d’abord y voir l’affirmation d’un simple empirisme ou sensationisme (théorie de la connaissance selon laquelle le savoir de l’homme ne peut se constituer que là où il y a pour l’homme quelque chose à percevoir). Il s’agirait donc d’une interrogation sur le fondement de la science et sur ce qui est nécessaire à l’obtention de la vérité.  Pour comprendre ce problème, reprenons donc le dialogue entre Socrate et Théétète qui évoque justement la formule de Protagoras. Théétète, interrogé par Socrate, avance l’idée que le savoir se construit sur notre sensibilité : « science n’est autre chose que sensation » dit Théétète, ce qui revient à dire la même chose que la formule de Protagoras remarque Socrate…

         A priori, cette thèse a évidemment un sens et une pertinence: le réel, selon cette philosophie, ne peut être connu que par l’intermédiaire de nos sens et nous ne pouvons connaître une chose que dans la mesure où nous sommes capables de la percevoir (« mesurer » ici pourrait donc être un synonyme de percevoir). Le réel n’existe (à nos yeux) qu’en tant qu’il est perceptible et perçu effectivement, qu’il est l’objet d’une sensation et donc qu’il est « mesuré » (connu) par l’homme. On pourrait donc voir dans cette formule un simple rappel empiriste : le savoir exige d’être fondé sur une expérience sensible (et ne peut reposer sur une simple croyance purement théorique). La connaissance devrait donc se construire sur un donné de l’expérience garantissant une forme d’objectivité (cette thèse sera d’ailleurs celle de Kant : l’expérience est ce à partir de quoi il est possible de constituer un savoir : sans cette base, il n’est pas de science possible).

         Mais pour Platon, qui n’est pas un philosophe empiriste, l’expérience sensible (la sensation), ne permet justement pas de construire un savoir véritable et objectif, et la thèse empiriste ne peut conduire à terme, qu’à un relativisme : de là une seconde interprétation du sens de la formule de Protagoras, plus radicale et « platonicienne ». Si la science se fonde sur la sensation ( ou s’il n’y a de science que de ce qui est l’objet d’une perception), alors toute connaissance est toujours particulière et relative à un sujet qui perçoit. On ne peut donc atteindre de vérité au sens d’un savoir absolu car les choses ne sont pour moi que ce qu’elles me semblent être de mon point de vue. La sensation individuelle ne produit qu’une diversité changeante de regards sur le monde, qu’une multiplicité mobile de type héraclitéenne où tout se modifie sans cesse, ce qui interdit par principe l’accès à une vérité universelle. Il n’y a plus de vrai en soi (une vérité extra-humaine dirions-nous), mais seulement des représentations pour chacun de ce qui lui semble être vrai (des phénomènes).  Dire que l’homme est la mesure de toute chose revient donc à dire que chacun affirme l’existence des choses à partir de sa propre expérience, et cela conduit alors à nier l’existence d’un absolu, d’un universel possible en tant que savoir : il n’y a pas la justice en soi, mais seulement des opinions différentes de ce que peut être la justice ; l’homme affirme (mesure à sa façon) que telle ou telle chose est belle, vraie, bonne, etc… mais cela n’a de sens que pour lui, par rapport à ses expériences et croyances personnelles qui sont variables d’un individu à l’autre. Ainsi, il n’y a pas de vérité en soi mais seulement des opinions et la vérité se confond avec ce qui paraît vrai à chacun. A terme, il n’y a plus de vérité du tout mais seulement des expériences subjectives que ce que l’on croit être la vérité.

         Ainsi, si toute connaissance provient de notre sensation ( et se limite à elle), alors il n’y a plus de vérité objective et l’homme est la mesure de toute chose (hypothèse relativiste donc). Pour Platon l’hypothèse sensualiste produit un « mobilisme » qui poussé à l’extrême nous conduit à penser que tout dans le réel se métamorphose sans cesse, que le monde n’a rien de permanent ni de fixe, que tout est changeant. Dès lors, dans ce monde de multiplicité pure sans unité, il n’y aura plus de science. Si la formule de Protagoras correspond à un individualisme sensationniste, alors il conduit à un relativisme strict (à la destruction du concept même de vérité, comme révélation de l’Etre en soi) qui rend impossible l’affirmation d’un monde objectif commun. Encore une fois, si « l’homme est la mesure de toutes choses », cela veut dire que chacun voit le monde à sa façon, que chaque homme est enfermé dans sa perception particulière des choses (car pour Platon, la sensation ne peut faire science). Dans un tel univers subjectif, il n’est plus possible de faire la différence entre l’apparence et la réalité, entre ce qui est perçu subjectivement et l’objectivité. Si l’homme est la mesure de toute chose alors il devient impossible d’affirmer l’existence d’une réalité qui soit non corrélative à ma sensation et que je puisse connaître l’existence d’un objet indépendamment du fait que je le perçois. Mais dans ce cas, la science – au sens d’une connaissance du réel en soi- est impossible : la connaissance objective présupposerait au contraire que l’homme n’est pas la mesure de tout mais plutôt que les choses sont la mesure de ce que l’homme pourrait penser de ce qui objectivement est vrai ou faux ( la vérité pouvant se définir comme la connaissance de ce qui est). La « théorie de l’homme mesure » conduit donc, selon Platon, à l’impossibilité d’un accès à l’absolu, à la chose en soi (le monde des Idées dans le langage platonicien). Privé de l’universel, l’homme en reste au monde des opinions singulières. A chacun ses croyances, voilà le relativisme. Vision héraclitéenne encore une fois : il n’est pas possible de saisir l’Etre mais nous ne pouvons y accéder que relativement à la manière dont nous le percevons (empirisme subjectif). Si tout se meut, comment fonder, par la sensation, une connaissance ? N’est vrai pour le sujet que ce qui lui paraît être vrai sur le moment et le sensationnisme protagorasien conduit (selon Platon toujours) à nier la distinction entre croyance subjective et vérité. Si on ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve, comment dégager de l’invariant pour fonder une connaissance stable ? Il s’agit donc pour Platon d’essayer de démontrer que la sensation ne peut fournir une connaissance stable (et une connaissance de type mathématique par exemple suppose l’accès à un autre mode de savoir, tout comme la connaissance des Idées). A cette connaissance impossible par la sensation, Platon voudra donc opposer la connaissance métaphysique des essences (voir le mythe de la caverne sur ce point et plus généralement la doctrine des Formes chez Platon dans la République notamment).   

         On peut donc avoir une lecture « kantienne » de la formule de Protagoras : cette formule peut d’abord signifier que la connaissance de l’absolu en soi n’est pas possible, et qu’au lieu de se placer du point de vue de dieu (sub specie aeterni), et de prétendre connaitre l’Etre en tant qu’Etre, le réel en soi, l’homme ne peut saisir le monde qu’à travers ses propres catégories mentales. Il s’agit donc ici de souligner la relativité (au sens de la limite) de la connaissance humaine. Si l’homme est la mesure de toutes choses, cela veut dire qu’il ne peut savoir quelque chose qu’à partir de soi, de ce qu’il est en tant que sujet et qu’il ne peut donc prétendre naïvement saisir directement l’objet ( ce qui d’ailleurs ne veut pas forcément dire que la science est impossible: ce sera là tout le problème abordé par Kant dans la Critique de la raison pure).

         En un sens platonicien par ailleurs, on peut aussi interpréter cette formule d’une façon plus radicale en disant qu’il est impossible de fonder la science sur la sensation. On ne peut obtenir par la sensation qu’une connaissance purement relative et, contrairement à ce que soutenait Théétète (qui affirmait justement que la science se fondait sur la sensation), il faut démontrer (selon Platon bien entendu!) que c’est le divin seul qui est la mesure de toutes choses : « dieu seul est la vraie mesure de toutes choses » disait Platon dans Les Lois.

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SUJET DU BAC DE PHILOSOPHIE 2015

Posté par chevet le 1 septembre 2015

Les sujets du bac S

- « Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ? »

- « La politique échappe-t-elle à une exigence de vérité ? »

- Texte de Cicéron :

« Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout indice qui explique qu’il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont annoncées avec beaucoup d’années d’anticipation par ceux qui étudient à l’aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l’opposé du soleil, entre dans l’ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu’elle s’obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s’intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.

Ceux qui prédisent la découverte d’un trésor ou l’arrivée d’un héritage, sur quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l’événement dont il faudra admettre qu’il arrive par accident ou par pur hasard ? En effet, rien n’est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s’il le sait, l’événement arrivera certainement ; mais s’il se produit certainement, il n’y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n’y a pas de prévision d’événements fortuits. »

Cicéron, De la divination, Ier siècle avant J.-C.

Les sujets du bac ES

- « La conscience de l’individu n’est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ? »

- « L’artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ? »

Le commentaire de texte porte sur un extrait de Spinoza :

« Dans un Etat démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n’est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’appétit et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix. Ôté ce fondement, tout l’édifice s’écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d’y pourvoir ; aux sujets, il appartient d’exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit. Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n’est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison. »

Baruch Spinoza, Traité théologico-politique (1670).

Les sujets du bac L

- « Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ? »

- « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? »

Le commentaire de texte porte sur un extrait d’Alexis de Tocqueville :

« Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.
Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites.
Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables. »

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840).

La série technologique :

1er sujet de dissertation : La culture fait-elle l’homme?

2ème sujet de dissertation : Peut-on être heureux sans être libre?

Expliquez le texte suivant:

« La règle par où nous nous conduisons communément en nos raisonnements, est que les objets dont nous n’avons pas l’expérience ressemblent à ceux dont nous l’avons ; que ce que nous avons vu être le plus ordinaire est toujours le plus probable ; et que, lorsqu’il y a opposition des arguments, nous devons donner la préférence à ceux qui se fondent sur le plus grand nombre d’observations passées. Mais quoique, en procédant selon cette règle, nous rejetions promptement tout fait insolite et incroyable à un degré ordinaire, pourtant, en avançant davantage, l’esprit n’observe pas toujours la même règle : lorsque quelque chose est affirmé de suprêmement absurde et miraculeux, il admet d’autant plus promptement un tel fait, en raison de la circonstance même qui devrait en détruire l’autorité. La passion de surprise et d’émerveillement qui produit des miracles, étant une agréable émotion, produit une tendance sensible à croire aux événements d’où elle dérive ».

HUME, Enquête sur l’entendement humain (1748)

 

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