KARL POPPER ET LA CRITIQUE DE L’HISTORICISME.

Posté par chevet le 11 mai 2014

L’effort de guerre de Karl Popper.

« Misère de l’historicisme et La société ouverte constituèrent mon effort de guerre. Je pensais que, peut-être un jour la liberté redeviendrait un problème essentiel, aussi ces livres ont-ils été conçus comme une défense contre les idées totalitaires et autoritaires et comme mise en garde contre les dangers des superstitions historicistes ».  Karl Popper [1].

              Si l’on reprend l’œuvre de K. Popper consacrée à la pensée de l’histoire, on constate que, selon lui, il convient d’aborder la réflexion sur les philosophies de l’histoire en prenant soin de distinguer deux de leurs principaux aspects par lesquels on pourra ouvrir la discussion critique. Tout d’abord, les philosophies de l’histoire, dans leurs versions historicistes [2], sont, pour Popper,  des théories de l’évolution sociale, des visions dynamiques, dont les fondements intellectuels souffrent de faiblesses et dont les constructions, la méthode et les bases épistémologiques permettent la critique. C’est en 1945 que sont publiés à ce sujet, pour la première fois dans la revue Economica, toute une série de conférences de Popper ayant pour objectif de critiquer toute croyance en des lois inexorables de l’histoire. Rassemblées en un seul volume et publiées en France sous le titre Misère de l’historicisme, ces articles cherchent à opérer une sorte de critique de la raison historique et à rejeter la possibilité d’une histoire théorique, d’une « physique sociale qui soit l’équivalent de la physique théorique » puisqu’il ne peut exister selon Popper une théorie du développement historique sur laquelle puisse se fonder la prédiction. Il s’agit donc d’approcher une certaine forme de philosophie de l’histoire dans ses insuffisances internes en soulignant leur faillite théorique : la pensée de Popper trouve ici sa substance dans le refus d’une science sociale de l’histoire qui prétendrait construire une théorie du développement historique permettant des prédictions. « Popper, écrit Raymond Aron, écarte les philosophies apocalyptiques de l’histoire, nous propose une conception de la connaissance historique relativement classique, invite les sciences humaines à servir aux ingénieurs sociaux et presse les philosophes à renoncer à l’ambition surréaliste de saisir la totalité du devenir comme si ce dernier pouvait être embrassé par l’esprit humain, comme si l’avenir pouvait être connu par ceux qui ne le vivront pas » [3]

Mais encore, il est possible d’aborder le problème des philosophies de l’histoire non plus par la question de leur principe théorique et de leur validité intellectuelle, mais relativement à la question de leur influence persistante sur la réalité sociale et politique. En un second temps, ce sont les effets dans l’histoire de certaines pensées de l’histoire qui doivent être examinées et nous permettre de montrer ce qu’elles ont de néfastes. Ici, K. Popper, comme Raymond Aron ou Hannah Arendt, appartient à une génération intellectuelle d’inspiration libérale durablement traumatisée par le totalitarisme et qui a cherché à analyser les mécanismes intellectuels qui l’avaient enfanté. Ce sera l’objet de La Société ouverte et ses ennemis que d’analyser ce point à travers l’évocation de certains systèmes philosophiques dont ceux de Hegel et de Marx notamment. Pour l’instant, nous nous proposons d’aborder uniquement la critique épistémologique de l’historicisme telle qu’elle est envisagée par Popper. 

a) Prophétie et obstétrique sociale. 

K. Popper procède en deux temps : il commence tout d’abord par l’exposé des principes méthodologiques de la pensée historiciste pour ensuite montrer leur insuffisance. Si l’on retient l’examen auquel il se livre des thèses pronaturalistes de l’historicisme [4], qui souhaitent s’inspirer de la réussite des sciences de la nature pour construire les sciences sociales, il s’agit avant tout, pour Popper, de réfuter l’idée que l’on puisse, par l’intermédiaire d’une histoire théorique, élaborer des prédictions sociales à long terme. En effet, l’historicisme se propose de « démêler ce fourré de tendances et de forces en conflit, et de pénétrer jusqu’aux racines, aux forces et aux lois des changements sociaux qui agissent universellement. De cette façon on pourrait édifier une science théorique sur laquelle soient fondées des prévisions sur une grande échelle dont la confirmation à travers l’histoire signifierait la réussite » [5]. L’historicisme prétend donc, selon Popper, mettre à jour des lois de l’évolution historique et réaliser des prophéties par la connaissance des mécanismes du changement social, à l’exemple de Marx, dont le but ultime selon Popper est de dévoiler la loi économique du mouvement de la société. Un tel projet ne nous conduit d’ailleurs pas nécessairement au strict fatalisme car il existe une version activiste de l’historicisme [6], mais va tendre à réduire considérablement l’initiative politique [7]. La conception historiciste de l’évolution sociale n’implique pas toujours le fatalisme complet et la plupart des historicismes ont des tendances marquées à l’invitation et à l’encouragement à l’action : L’interprétation de l’histoire doit devenir la tâche centrale de la pensée pour qu’elle puisse nous dire dans quelle direction doivent s’engager nos efforts pour coïncider avec les changements.  Mais il faut préciser que seuls les plans qui s’adaptent au courant principal de l’histoire peuvent réussir, seules sont raisonnables les activités qui s’adaptent aux changements imminents et les aident : dans ce cadre, « l’obstétrique sociale est la seule activité raisonnable qui nous soit ouverte » précise alors Popper [8]. En fait on dénie à la raison le pouvoir de construire politiquement un monde différent et plus raisonnable. Lorsque Marx annonce la venue d’un royaume de liberté dans lequel les affaires humaines pourraient être planifiées, il affirme aussi que c’est seulement en vertu d’une nécessité, par les lois aveugles de l’évolution historique auxquelles nous devons nous soumettre, que cela se fera. L’activisme n’est donc plus qu’une forme particulière d’assentiment aux changements sociaux imminents [9]. Ainsi, la méthode historiciste implique une théorie sociologique selon laquelle la société évoluera nécessairement mais selon une direction déterminée à l’avance ». Pour illustrer cette interprétation, on peut, comme le fait Popper, citer Marx lui-même : « Lors même qu’une société est arrivée à découvrir la pente de la loi naturelle qui préside à son mouvement, [...] elle ne peut ni dépasser d’un saut ni abolir par des décrets les phases de son développement naturel. Mais elle peut abréger la période de gestation, et adoucir les maux de leur enfantement ».[10] Nous sommes donc en présence d’une doctrine qui n’est ni un pur fatalisme, ni un activisme intégral : le marxisme invite à la transformation sociale mais enseigne aussi la vanité de toute tentative pour modifier certains mouvements de l’histoire. Il y a donc une contradiction inhérente au marxisme car l’exhortation activiste  de la onzième Thèse sur Feuerbach n’est pour Popper qu’une illusion car « les historicistes ne peuvent qu’interpréter le monde et l’aider de diverses manières : leur thèse, cependant est que personne ne peut la modifier » [11].

b) Lois et tendances de l’évolution historique. 

Une loi de l’évolution historique est-elle alors concevable ? Un processus permanent de l’évolution en sociologie peut-il être dégagé ? Le processus historique de la société humaine est d’abord un processus unique, singulier. « Or, écrit Popper, les lois universelles formulent des assertions relatives à un certain ordre invariant et relatives à tous les processus d’un certain genre, et bien qu’il n’y ait pas de raison pour que l’observation d’un seul cas unique ne doive pas nous inciter à formuler une loi universelle, il est clair que toute loi doit être testée sur d’autres cas avant de pouvoir être prise en considération par la science. Nous ne pouvons espérer tester une hypothèse universelle ni découvrir une loi naturelle acceptable si nous sommes réduits à l’observation d’un seul processus qui ne peut nous permettre de prévoir l’évolution future ». Autrement dit, de la même façon que « l’observation du développement d’une unique chenille ne nous permettra pas de prédire sa métamorphose en papillon, l’histoire n’est qu’une émergence singulière à propos de laquelle il ne peut y avoir aucune généralisation » [12]. En règle générale, l’historicisme pense pouvoir examiner les civilisations dans leur mouvement dynamique pour en discerner la tendance et extrapoler, pour en voir la direction (la trajectoire et la vitesse) orientée par des forces sociales. Ces termes sont, pour Popper, transposés de la physique à la sociologie d’une façon qui est problématique parce qu’ils induisent une certaine représentation métaphorique de la société qui la rend semblable à un corps physique homogène, à une totalité allant d’un point A à un point B. C’est donc la « méthode totaliste », inhérente aux philosophies de l’histoire historicistes, qui marque l’insuffisance de ces théories, une approche de la société, qu’elle soit philosophique ou scientifique, ne pouvant se faire qu’à partir d’une méthode individualiste. L’approche des phénomènes sociaux et historiques ne doit en effet s’effectuer qu’à partir de l’analyse de phénomènes simples et individuels et ne peut considérer les grands ensembles sociaux comme des réalités nettes et clairement déterminées [13]. Certes, il est possible selon Popper de dégager de l’observation des sociétés des tendances générales mais qui ne sont pas des lois[14]. La différence est essentielle à ses yeux : une tendance peut changer à tout moment et ne permet pas de prédiction ni l’affirmation de lois inexorables et, critiquer la philosophie de l’histoire, c’est d’abord critiquer celle qui confond lois et tendances de l’histoire. L’erreur de l’historicisme est en effet d’absolutiser des mouvements généraux, d’en faire des lois d’évolution non vérifiables, d’oublier qu’elles dépendent de conditions historiques initiales, modifiables, et d’établir sur leur base des prédictions [15]. Une bonne théorie du progrès dans cette optique, n’est pas une théorie du progrès automatique et inexorable, mais une théorie qui commencerait pas préciser quelles sont les conditions dans lesquelles le progrès s’arrêterait,  privé de ses conditions initiales (toute la difficulté à ce sujet est de savoir si les historicismes dont parle Popper peuvent être interprétés comme affirmant véritablement des lois, des prophéties sociales, ou s’ils ne se bornent pas à affirmer des tendances [16]). Ce que Popper veut donc résolument combattre c’est avant toute chose, la croyance en un avenir préfixé, le culte de l’histoire, le dogme du déterminisme historique, l’affirmation de trajectoires immuables qui ne reflètent rien d’autre qu’une certaine peur du changement, la peur de l’imprévisibilité qu’implique toute histoire humaine. Derrière la foi en ces lois qui font échapper l’avenir à l’indétermination, se cache le rêve d’un monde conforme à nos souhaits, clairement planifié par notre raison, en fait, paradoxalement, le rêve d’une absence de changement qui à terme engendre le totalitarisme.

Ainsi, Popper réaffirme la distinction classique entre les sciences théoriques et les sciences historiques, les premières pouvant prétendre à la recherche de lois universelles, les secondes se caractérisant par leur intérêt pour les événements réels et particuliers, plutôt que pour les lois [17]. L’histoire reste une science empirique capable de produire des énoncés singuliers et, au lieu de référer avec idéalisme aux mouvements d’un esprit collectif qui enflerait comme une marée portant les individus, Popper, pour aborder la science sociale, préfère parler de logique de situation et d’individualisme méthodologique comme mode d’analyse des institutions sociales : à un modèle « collectiviste nationaliste », il oppose un modèle « individualiste démocratique » d’approche des entités collectives [18]. L’histoire doit se construire en fonction d’un certain point de vue sélectif (si elle ne veut pas être étouffée sous une masse de matériaux). Mais ces points de vue ne sont pas des théories testables. Il s’agit plutôt d’une interprétation historique. L’erreur de certaines philosophies de l’histoire est en fait de prendre des théories pour des réalités objectives. Le problème de l’approche de l’histoire serait donc de dissocier ce qui relève d’une véritable approche de la réalité de ce qui n’est qu’une reconstruction idéologique, une projection, une somme de fantasmes sur l’histoire.  Il faut donc dénoncer toute confusion, l’absence de distinction entre science et idéologie de l’histoire.


[1] Karl Popper, La Quête  inachevée, p. 165.

[2] « J’entends par historicisme, écrit Popper, une approche des sciences sociales qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui enseigne que ce but peut être atteint si l’on découvre les « rythmes » ou les « modèles », les « lois » ou les « tendances générales qui sous-tendent les développements historiques ». Misère de l’historicisme, Coll. Agora,  Ed. Plon, 1988, p. 7. L’historicisme désigne donc toute doctrine qui tend à enfermer le mouvement de l’histoire dans une succession prévisible et inexorable d’étapes conduisant l’humanité à une sorte de terme de son évolution historique. Toutes les variantes de l’historicisme laissent apparaître que nous sommes emportés par l’histoire comme dans un mouvement irrésistible. La particularité de l’historicisme selon Popper est de reposer sur une vision prophétique qui assigne à l’humanité une fin qui devra être atteinte par des franchissements de stades. On ne peut que s’interroger sur le caractère relativement flou de ce concept et aux différents sens qu’il peut avoir dans la pensée de Popper.

[3] Raymond Aron, Leçons sur l’histoireop. cit., p. 323.

[4] Est pronaturaliste une école de pensée qui cherche à appliquer les méthodes et le vocabulaire des sciences de la nature (la physique notamment) à la science sociale et à la philosophie de l’histoire. Ces écoles sont aussi dites « scientistes » par F.A. von Hayek dans Scientisme et sciences sociales.

[5] K. Popper, Misère de l’historicisme, op. cit., p. 52.

[6] On peut en effet distinguer deux formes d’historicisme, les historicismes « souples » qui admettent, à la différence des historicismes « fatalistes », l’intervention des individus et des groupes et qui encourage une certaine ingénierie sociale. On ne sait pas trop d’ailleurs où se classe exactement le marxisme parfois présenté comme activiste et d’autres fois comme fataliste.

[7] Il est donc problématique de définir la notion d’historicisme. Selon Renée Bouveresse, l’historicisme c’est « la croyance en un destin de l’histoire humaine, qui la vouerait à atteindre un but à travers une série d’étapes nécessaires » in Karl Popper, Vrin, 1986, p. 165. Cette définition très large permet de rassembler sous cette appellation des pensées très différentes : « Dans l’antiquité, il prit la forme religieuse du mythe du peuple élu, la forme pseudo-rationnelle de l’orientation de l’histoire dans le sens d’une décadence, que ‘on trouve chez Platon, A l’époque moderne, il prend l’aspect d’une théorie des cycles de la civilisation (de Vico à Spengler et à Toynbee) mais surtout la forme moderne de l’historicisme est celle qui considère que l’histoire humaine a un sens et que ce sens est le progrès ».  R. Bouveresse,  ibid.,  p. 165. Une définition aussi générale de cette notion semble faire perdre de sa précision

[8] K. Popper, Misère de l’historicisme, op. cit., p. 63. La référence ici est faite au Marxisme qui, selon Popper, accorde des buts finalement modestes à l’action politique qui n’est pas utopique mais qui ne peut au fond qu’abréger une période de gestation d’une société meilleure et réduire les douleurs de son enfantement : l’action des hommes consiste au fond à accompagner les mouvements de la société et ses violences de classe qui sont les véritables accoucheuses de la nouveauté historique.

[9] « A l’origine de cette conception finalement timorée de l’activité humaine, Popper distingue une incompréhension du Politique en tant qu’instance de régulation de l’ordre social. La scène politique est toujours seconde par rapport à cette scène historique abstraite où sont censés se jouer les drames sociaux. Il échappe totalement à Marx, selon Popper, que l’Etat puisse être autre chose qu’un commis de la classe dominante, par exemple une instance régulatrice et correctrice ». Jean Baudoin, Karl Popper, Coll. Que Sais-je, p. 72. 1989.

[10] K. Marx, Préface du Capital, Paris, Ed. Sociales, 1953,  pp. 20-21.

[11] K. Popper, Misère de l’historicisme, op. cit., p. 66.

[12] C’est tout l’effort de F. von Hayek dans Scientisme et sciences sociales, et notamment au chapitre intitulé « L’historicisme scientiste » que de faire la démonstration de cette impossibilité : « La croyance que l’histoire humaine, qui résulte de l’interaction d’innombrables esprits humains, doive néanmoins être soumise à de simples lois est maintenant si largement acceptée que peu de gens remarquent l’étonnante prétention qu’elle implique en réalité. Au lieu de travailler patiemment à l’humble tâche de reconstruire à partir d’éléments connus des structures complexes et les changements de ces ensembles, les auteurs de ces pseudo-théories de l’histoire prétendent pouvoir par une sorte de raccourci mental, parvenir à pénétrer directement les lois de successions de ces ensembles. Quelque douteuse que soit leur valeur, ces théories ont réussi à frapper l’imagination publique. Les « philosophies » ou les « théories » de l’histoire (ou théorie historique) sont devenues en fait la caractéristique, le « péché mignon » du 19ème siècle. De Hegel à Comte et de Marx à Spengler, ces fausses théories en vinrent à être considérées comme des résultats représentatifs de la science sociale.[...] Elles y ont réussi parce qu’elles ressemblaient au genre de lois que fournissaient les sciences naturelles ; à une époque où ces sciences constituaient l’étalon auquel se mesurait toute entreprise intellectuelle, la prétention de ces théories de l’histoire de pouvoir prédire des développements futurs fut considérée comme la preuve de leur scientificité ». p. 116-117.

[13] Là encore l’analyse de Hayek rejoint celle de Popper puisqu’un chapitre de Scientisme et sciences sociales est consacré à la méthode totaliste (« Le totalisme scientiste »). Selon lui, le totalisme prétend pouvoir observer les sociétés et ses mouvements de l’extérieur, d’un point de vue macroscopique, comme des ensembles, pour y saisir des régularités. Cette démarche est victime d’un réalisme conceptuel qui confond les concepts qu’il utilise avec les réalités qu’il observe et tombe dans l’erreur qui consiste à considérer comme des faits donnés (la classe, la Nation, le capitalisme, l’économie…) des ensembles construits par l’esprit à partir d’une sélection d’éléments individuels. C’est une sorte d’anthropomorphisme dont était victime Auguste Comte lorsqu’il comparait l’humanité à un être unique, une sorte de « grand être », mais aussi Hegel lorsqu’il parle de L’Esprit universel. Ces théories macrodynamiques considérant des êtres collectifs comme des entités individuelles tombent alors dans l’erreur qui consiste à observer les réalités sociales seulement comme des phénomènes de masse et d’un point de vue purement externe, statistique et quantitatif.

[14] « A défaut de loi, on peut écrire dans l’histoire des tendances. Mais énoncer une tendance c’est faire une assertion particulière et non formuler une loi universelle. On ne peut donc pas prendre des tendances pour base de prédictions. D’autre part, les tendances ne peuvent être déduites de lois qu’en leur conjoignant des conditions particulières : elles ne sont pas absolues mais relatives. Les conditions qui les rendent possibles peuvent disparaître ». R. Bouveresse, K. Popperop. cit.,  p. 167.

[15] Ce qui conduit paradoxalement Popper à voir dans l’historiciste un penseur qui ne parvient pas vraiment à penser le changement puisqu’il « croit fermement en sa tendance favorite, et les conditions dans lesquelles elle pourrait disparaître lui semblent irréelles. La pauvreté de l’historicisme est une pauvreté d’imagination. L’historiciste attaque continuellement ceux qui ne peuvent imaginer un changement dans leurs petits mondes, mais il est lui-même dépourvu d’imagination puisqu’il ne peut imaginer un changement dans les conditions du changement ». Misère de l’historicisme, op. cit., p. 164.

[16] « S’il est vrai que l’historicisme comme interprétation du sens de l’évolution humaine, qu’on trouve au départ chez Marx, fait place à un historicisme d’apparence scientifique, rien n’interdit de traiter les analyses de Marx en termes de tendances ». R. Bouveresse, Karl Popper, op. cit., p. 171.

[17] Popper s’oppose donc ici à ceux qui pensent, comme Max Weber, que la distinction entre sciences théoriques et sciences historiques réside seulement dans le degré de généralité des lois qu’elles utilisent.

[18] Mais Popper rejoint Weber sur la question du relativisme historique. Ce dernier écrit : « Ce que nous cherchons à atteindre, c’est précisément la connaissance d’un phénomène historique, c’est-à-dire significatifs dans sa singularité. Le point décisif en tout cela est que l’idée d’une connaissance des phénomènes singuliers n’a en général de sens logique que si nous admettons la présupposition que seule une partie finie de la multitude infinie des phénomènes possède une signification. Même si nous possédions la connaissance la plus complète possible de la totalité des « lois » du devenir, nous resterions désemparés devant la question : comment une explication causale d’un fait singulier est possible étant donné que même la description du plus petit fragment de la réalité ne peut jamais être pensé de manière exhaustive ». Max Weber, Essais sur la théorie de la science, Plon, Paris, 1965.

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SUJETS DU BAC DE PHILOSOPHIE 2014 (PONDICHERY)

Posté par chevet le 2 mai 2014

Terminale S

  • Sujet 1      : Une oeuvre d’art peut-elle être immorale ?
  • Sujet 2      : Seul ce qui est démontré est-il prouvé ? 
  • Texte :      B. Russel, Science et religion

« Les gens qui croient au libre arbitre croient toujours en même temps, dans un autre compartiment de leur esprit, que les actes de volonté ont des causes. Ils pensent par exemple que la vertu peut être inculquée par une bonne éducation, et que l’instruction religieuse est très utile à la morale. Ils pensent que les sermons font du bien, et que les exhortations morales peuvent être salutaires. Or il est évident que, si les actes de volonté vertueux n’ont pas de causes, nous ne pouvons absolument rien faire pour les encourager. Dans la mesure où un homme croit qu’il est en son pouvoir, ou au pouvoir de quiconque, d’encourager un comportement souhaitable chez les autres, il croit à la motivation psychologique et non au libre arbitre. En pratique, tous nos rapports mutuels reposent sur l’hypothèse que les actions humaines résultent de circonstances antérieures. La propagande politique, le code pénal, la publication de livres préconisant telle ou telle ligne d’action, perdraient leur raison d’être s’ils n’avaient aucun effet sur ce que les gens font. Les partisans de la doctrine du libre arbitre ne se rendent pas compte de ses conséquences. Nous disons : « Pourquoi l’avez-vous fait ? » et nous nous attendons à voir mentionner en réponse des croyances et des désirs qui ont causé l’action. Si un homme ne sait pas lui-même pourquoi il a agi comme il l’a fait, nous chercherons peut-être une cause dans son inconscient, mais il ne nous viendra jamais à l’idée qu’il puisse n’y avoir aucune cause ».

B. RUSSELL, Science et religion. 1935.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Terminale ES .

1er sujet : La justice n’est-elle que pure convention ? 

2e sujet : La solitude est-elle sans valeur ? 

3e sujet : Expliquer le texte suivant

« Éveiller l’âme : tel est, dit-on, le but final de l’art, tel est l’effet qu’il doit chercher à obtenir. C’est de cela que nous avons à nous occuper en premier lieu. En envisageant le but final de l’art sous ce dernier aspect, en nous demandant notamment quelle est l’action qu’il doit exercer, qu’il peut exercer et qu’il exerce effectivement, nous constatons aussitôt que le contenu de l’art comprend tout le contenu de l’âme et de l’esprit, que son but consiste à révéler à l’âme tout ce qu’elle recèle d’essentiel, de grand, de sublime, de respectable et de vrai. Il nous procure, d’une part, l’expérience de la vie réelle, il nous transporte dans des situations que notre expérience personnelle ne nous fait pas et ne nous fera peut-être jamais connaître, dans les expériences des personnes qu’il représente et, grâce à la part que nous prenons à ce qui arrive à ces personnes, nous devenons capables de ressentir plus profondément ce qui se passe en nous-mêmes. D’une façon générale, le but de l’art consiste à rendre accessible à l’intuition ce qui existe dans l’esprit humain, la vérité que l’homme abrite dans son esprit, ce qui remue la poitrine humaine et agite l’esprit humain ».

HEGEL, Esthétique, 1835.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Terminale L

  • Sujet 1      : Le désir éloigne-t-il d’autrui 
  • Sujet 2      : L’Etat est-il au-dessus des lois ? 
  • Texte :      Augustin, Du mensonge

Expliquez le texte suivant :

« Quiconque énonce une chose qu’il croit ou s’imagine être vraie, bien qu’elle soit fausse, ne  ment pas. En effet, il a une telle confiance dans son énoncé qu’il ne veut exprimer que ce qu’il  a dans l’esprit et qu’il exprime en effet. Mais bien qu’il ne mente pas, il n’est cependant pas  irréprochable, s’il croit ce qu’il ne faut pas croi re, ou s’il pense savoir une chose qu’il ignore,  quand même elle est vraie, car il tient pour connue une chose inconnue. Ainsi donc mentir,  c’est avoir une chose dans l’esprit, et en énoncer  une autre soit en paroles, soit en signes  quelconques. C’est pourquoi, on dit du menteur qu’i l a le cœur double, c’est-à-dire une double  pensée : la pensée de la chose qu’il sait vraie et  qu’il n’exprime point, et celle de la chose qu’il  lui substitue, bien qu’il la sache ou la croie fausse. D’où il résulte qu’on peut, sans mentir, dire une chose fausse, quand on la croit telle qu’on la  dit, bien qu’elle ne soit pas telle réellement, et  qu’on peut mentir en disant la vérité, quand on croit qu’une chose est fausse, et qu’on l’énonce  comme vraie, quoiqu’elle soit réellement telle qu’on l’énonce, car c’est d’après la disposition de  l’âme, et non d’après la vérité ou la fausseté des choses mêmes qu’on doit juger que l’homme  ment ou ne ment pas. On peut donc dire que celui qui énonce une chose fausse comme vraie,  mais qui la croit vraie, se trompe ou est imprudent, mais on ne peut l’appeler menteur, parce  qu’il n’a pas le cœur double quand il parle, qu’il  n’a pas l’intention de tromper, mais que  seulement il se trompe ». 

AUGUSTIN, Du mensonge, début du Vème siècle.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Bac techno 

  • Sujet 1      : Un objet technique peut-il être une oeuvre d’art
  • Sujet 2      : Etre libre, est-ce faire ce qui nous plaît ?
  • Texte :      Descartes, Règles pour la direction de l’esprit

 

 

 

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