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Explication d’un texte de Sartre, extrait de l’Etre et le Néant, sur la liberté, par Cyndie Deffin, TS1 (2012).

Posté par chevet le 3 février 2012

Texte:

« L’argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance… Loin que nous puissions modifier notre situation, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous-mêmes. Je ne suis libre ni d’échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d’édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, tuberculeux… etc. Bien plus qu’il ne paraît « se faire »,  l’homme semble « être fait » par le climat et la terre, la race et la classe, la langue, l’histoire de la collectivité dont il fait partie, l’hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les     grands et les petits événements de sa vie…

Cet argument n’a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine: Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu’il faut « tâcher de nous vaincre plutôt que la fortune ». C’est qu’il convient de faire des distinctions: beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses, en particulier, ne  saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est-à-dire par la position préalable d’une fin que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le  déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader  pour contempler le paysage… Ainsi, bien que les choses brutes paraissent limiter notre liberté d’action, c’est notre liberté elle-même qui constitue le cadre, la technique et les fins par rapport auxquelles elles se manifesteront comme des limites. C’est notre liberté elle-même qui constitue les limites qu’elle rencontrera par la suite. En sorte que les résistances que la liberté dévoile dans l’existant, loin d’être un danger pour la liberté, ne font que lui permettre de surgir comme liberté. Il ne peut y avoir de sujet libre que comme engagé dans un monde résistant. En dehors de cet engagement, les notions de liberté ou de nécessité perdent jusqu’à leur sens ».

 J.P. Sartre.  L’Etre et le Néant.                                                                                                                           

Copie de l’explication de texte (Cydie Deffin, TS1)

« Dans cet extrait tiré de L’Etre et le Néant, l’œuvre philosophique fondamentale de Jean-Paul Sartre, le philosophe et écrivain nous invite à nous questionner sur la liberté. Couramment définie comme la capacité d’agir, de penser et de s’exprimer selon ses propres choix, elle pose cependant un problème qui fait débat dans les courants philosophiques : la liberté de l’homme est-elle réelle ou bien n’est-ce qu’une illusion de la conscience ? L’homme est-il libre d’agir par lui-même ou est-il déterminé ? A cette question, l’auteur défend la thèse selon laquelle la liberté existe et est absolue. Il expose tout d’abord dans le premier paragraphe la thèse déterministe qui stipule que l’homme est le jouet de circonstances dont il n’est pas maître, son argument principal contre la liberté étant « notre impuissance » à nous changer, à modifier notre situation. Puis dans un second temps, Sartre réfute cette thèse en s’appuyant sur l’un des partisans de la liberté humaine, Descartes, puis en critiquant l’argument de l’adversité utilisé par les déterministes. Nous examinerons donc premièrement la thèse déterministe, puis la thèse opposée, soutenue par Sartre, pour finalement réfléchir sur les arguments et les contre-sens de l’une et l’autre.

 Dans les dix premières lignes, Sartre évoque la thèse déterministe qui nie la liberté humaine. Cette thèse est attribuée au « bon sens » c’est-à-dire qu’elle constitue l’image que la plupart des gens se font de la condition humaine. Cette conception s’appuie sur l’argument réputé décisif de l’impuissance, c’est-à-dire l’incapacité à faire quelque chose. L’homme est impuissant car il n’a pas le choix de sa vie, il ne peut pas échapper à sa condition, à sa classe, à sa famille car c’est la nature qui décide et qui lui impose ces normes. En effet, nous ne choisissons pas notre date de naissance, nos parents, notre lieu de vie, pas plus que notre milieu social. Ainsi dès la naissance, nous sommes dans une situation qu’on ne peut modifier, on ne peut guère se changer pour devenir ce que l’on voudrait être : « je nais ouvrier, Français, tuberculeux… etc. ». De même nous sommes déterminés par notre programme génétique hérité de nos parents (hérédité), par nos besoins vitaux comme nos appétits : nous ne choisissons pas d’avoir ce physique et d’être conditionné par des lois naturelles qui nous imposent certaines actions comme manger, boire, dormir.

D’autre part, le milieu dans lequel nous vivons comporte des règles, des normes à respecter, et le fait que nous soyons inclus dans ce milieu nous pousse à agir en conséquence. D’une certaine façon il détermine ce que l’on va devenir car on intègre ses aspects comme normaux et par habitude nous les suivons. La langue, la culture et l’Histoire de notre collectivité ne peuvent être occultées car elles ont bâties ce que nous sommes aujourd’hui, c’est pourquoi nous respectons ces principes et alignons notre vision sur ce milieu. Nos opinions déclinent de ces principes, elles sont réglementées par notre environnement et par la pensée de notre entourage, c’est pourquoi notre milieu de vie détermine notre conception du monde. Prenons pour exemple le milieu social. C’est un facteur essentiel qui joue sur l’avenir professionnel d’un enfant : si les parents sont ouvriers, ils n’ont pas les mêmes moyens d’offrir des études à leurs enfants que des parents cadres. Ainsi, notre réussite est conditionnée par ce milieu et je ne peux « édifier ma puissance ou ma fortune ». Et même si nous voulions nous en libérer, nos actions ne nous renverraient qu’à ce milieu qui nous rattraperait constamment.

Ainsi, notre avenir semble déjà tout tracé. Ce qui se produit devait se produire et ne pouvait être différent car c’était écrit. Tout ce qui arrive dans l’univers suit la nécessité. La contingence est un faux-semblant, une illusion due à l’ignorance humaine ; en réalité, la suite des choses dans la Nature est strictement déterminée. Ainsi Sartre écrit « l’homme semble être fait » car tout est déterminé pour lui, et il ne peut changer le cours des choses, il ne peut donc pas « se faire » c’est-à-dire se construire, décider par lui-même de son avenir par des choix libres, indépendants. L’homme semble donc être condamné à accepter un destin qu’il n’a pas choisi sans que sa volonté puisse changer quoi que ce soit.

 La thèse déterministe soutient que toutes les actions des humains sont déterminées par leurs états antérieurs en vertu du principe de causalité. Ils ne possèdent donc pas le pouvoir d’interférer sur ces facteurs comme les lois naturelles, l’hérédité, leur milieu, ils sont impuissants. L’homme ne se forme pas mais est formé, le cours des choses apparaît comme inexorable et ne peut être modifié. Mais ne peut-on pas réfuter certains aspects de cette thèse ? Le libre-arbitre n’est-il qu’une illusion ?

 L’auteur défend dans son texte la thèse opposée soutenue par les partisans de la liberté. Il s’appuie tout d’abord sur le mathématicien, physicien et philosophe Descartes qui affirmait que « la volonté est infinie », c’est-à dire que l’homme n’a pas de limites à vouloir et à penser certaines choses, il peut imaginer et choisir ce qu’il veut. En effet, sa liberté de volonté et son autonomie sont infinies. Mais d’autre part la formule selon laquelle il faut « tâcher de nous vaincre plutôt que la fortune », reformulation de la célèbre citation de Descartes « Il faut apprendre à changer ses désirs, plutôt que l’ordre du monde », nous invite à relativiser et à penser que, malgré notre liberté de choix infinie, il vaut mieux s’adapter au monde plutôt que le changer selon nos propres désirs.

Par la suite, Sartre explique que l’adversité, utilisée par les déterministes comme argument contre la liberté, n’a pas lieu d’être. En effet c’est l’homme qui fait surgir cette adversité par la position qu’il occupe par rapport à la chose. L’exemple du rocher l’illustre parfaitement : « Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage » écrit Sartre. On pourrait croire qu’un gros rocher nous fait obstacle, qu’il limite notre champ d’action par sa grandeur, et il est vrai qu’on ne peut pas le déplacer. Mais si nous l’examinons de plus près, nous pouvons changer notre perception en nous servant du rocher comme aide et non en le percevant comme barrière. C’est le concept de situation : nous ne pouvons pas faire des choses extraordinaires (le déplacer miraculeusement par exemple), mais essayer de comprendre le milieu dans lequel nous sommes, pourra nous permettre de l’utiliser auxiliairement et non pas de le concevoir comme un obstacle. Tout dépend en fait de notre perception du milieu.

Finalement comme le dit Sartre « c’est notre liberté elle-même qui constitue le cadre, la technique et les fins par rapport auxquelles elles se manifesteront comme des limites ». Car que serait la liberté s’il n’y avait pas de limites à franchir ou à faire reculer ? Sans obstacles et résistances pour s’imposer à nous, la liberté elle-même n’a pas de sens, c’est bien le sens de la phrase « les résistances que la liberté dévoile dans l’existant, loin d’être un danger pour la liberté, ne font que lui permettre de surgir comme liberté ». Ainsi les difficultés qui se dressent devant nous lorsque nous voulons agir ne sont en rien un danger puisque c’est en les surmontant, en les surpassant, que nous parviendrons à exprimer notre réelle liberté. Pour l’auteur, la liberté est absolue, dans la mesure où c’est elle qui décide du sens à donner aux contraintes. Avant que l’homme n’ait un projet, qu’il ait décidé de faire une action, les limites et les contraintes n’existent pas. C’est la manière de se projeter vers une chose qui va la constituer comme un obstacle ou une aide. Autrement dit ce n’est pas notre milieu et ce qui nous entoure qui limite notre liberté d’action et qui nous contraint, mais ce sont nos actions qui font surgir ce qui va nous permettre de réaliser nos projets. C’est donc bien en agissant que nous posons les obstacles, et non pas au contraire les obstacles qui déterminent notre champ d’action. Sans la liberté, il n’y a pas d’obstacles, et sans obstacles il n’y a pas de liberté à expérimenter.

Ainsi, Sartre ne nie pas que l’homme doive s’insérer dans le monde qui existe avant lui, mais sa liberté existe bel et bien par l’infinité de sa volonté. Le milieu quant à lui n’est qu’une situation, il ne constitue pas un obstacle à notre action, cependant il faut savoir retourner les obstacles à notre profit pour pouvoir jouir pleinement de notre champ d’activités. Passons maintenant à la discussion de ces deux thèses.

 Bien que la théorie déterministe ressemble quelque peu à la théorie fataliste (tout est déterminé) et celle stoïcienne (la liberté est une acceptation de la nécessité : « Tout ce qui arrive, écrit Marc-Aurèle dans ses Pensées, arrive justement »), cette thèse pose néanmoins un problème majeur pour les hommes. Si l’on devait rejoindre cette vision comme quoi nous n’avons aucun pouvoir sur l’avenir, pourquoi agirait-on lorsqu’on sait  que, quelque soient les actions que nous entreprendrons, nous ne pourrons pas changer notre destin ? Il devient en effet absurde de faire et d’agir alors que le futur est déjà prévu à l’avance. Cette théorie du destin conduit ainsi l’homme à la résignation, elle lui enlève toute forme de responsabilités à l’égard du cours des choses : elle le rend passif. Cette philosophie nous déresponsabilise et nous pousse à l’inaction.

            D’autre part, si tout ce qui se passe est logique puisque c’est le destin, peut-on considérer les guerres, les crimes, les famines, les assassinats, les attentats et tous les malheurs du monde comme normaux ? Cette thèse du destin va au delà du bien et du mal, et qui plus est : elle justifie le mal et le pire. Si tout est déterminé dans la nature humaine, tout devient excusable puisque les individus ne peuvent aller à l’encontre de leurs actions. Les prisons et les punitions devraient donc être supprimées. Si nous ne sommes pas libres, quel sens pour la loi morale ? Ainsi si l’homme est déterminé, il n’a donc pas plus de responsabilités que de moralité, ce qui paraît inconcevable.

Il est bien sûr vrai que je ne choisis pas ma condition initiale (ma famille, ma classe, mon milieu…) mais on ne peut pas dire que l’hérédité par exemple ait une quelconque incidence sur nos comportements car elle ne conditionne que notre physique et non pas nos attitudes. Doit-on quand même penser que toute conséquence a une cause ? Que mes états antérieurs conditionnent mon avenir sans que je ne puisse rien changer ? Bien que mon éducation, mes apprentissages et mes expériences (« les habitudes acquises, les grands et les petits évènements de sa vie » écrit Sartre) constituent des influences qu’on ne peut nier, ne puis-je pas interférer et aller à leur encontre ? L’homme possède une conscience : il pense, il doute, il peut avoir des remords, des regrets, se remettre en question. Cette conscience lui permet d’agir, d’être actif. Ainsi il possède un certain libre-arbitre qui lui permet de choisir comme bon lui semble. Un individu peut donc toujours aller à l’encontre de son milieu d’origine, il peut choisir une autre voie que celle qui lui était assignée. Cependant on peut tout de même considérer que ce revirement face à ce milieu était prédit et qu’il y a eu des causes qui nous ont poussées à changer. La thèse déterministe n’est donc pas totalement absurde dans cette situation.

 Peut-on être libre sans déterminisme ? Car pour être libre, il faut savoir que nos actions vont à l’encontre de cet état de fait, il faut sentir cette frontière en se disant qu’on est capable d’agir comme nous voulons, sans raison c’est-à-dire commettre des actes gratuits selon notre libre-arbitre (capacité de choisir A plutôt que B, imprévision). Descartes l’appelle aussi la liberté d’indifférence puisqu’elle se révèle dans l’absurdité de nos actes. Mais à supposer que la gratuité existe (Freud pense qu’un acte n’est jamais gratuit), ces actes ne sont-ils pas au fond insignifiants et déficients ? Cette liberté d’indifférence est sans doute la forme la plus inférieure de notre liberté puisqu’agir sans raison révèle notre ignorance, et l’ignorance est l’inverse de la liberté. En effet l’homme est d’autant plus libre qu’il se connaît et connaît le monde, or l’homme ne peut pas tout savoir.

Pour être libre, l’homme doit-il être engagé dans le monde qui l’entoure ? D’après Sartre, oui car le monde qui nous résiste en nous imposant des barrières témoigne de notre liberté. Et sans ces obstacles dus à notre engagement, la liberté n’a pas de sens car elle ne peut s’expérimenter. Ainsi la liberté a certes besoin d’être testée par notre capacité à pouvoir surmonter les obstacles et les influences, mais ces difficultés limitant parfois nos actions (exemple du rocher) peuvent nous inciter à modifier notre projet au profit d’un autre, ce qui ne satisfait pas pleinement notre liberté puisqu’il est parfois impossible de réaliser certaines choses. C’est pour cela que Descartes a raison en disant qu’il ne sert à rien de vouloir plier le monde à nos désirs, qu’il vaut mieux les changer. Par ces deux aspects, la liberté n’est donc pas absolue.

 Pour conclure, Sartre nous fait dans son texte la réfutation de la thèse déterministe par l’affirmation que la liberté humaine existe. Ne niant pas que certains déterminismes soient présents en l’homme, il prétend cependant affirmer que c’est par sa volonté infinie et sa capacité à surmonter les obstacles (dus à sa décision d’agir) lorsqu’ils se présentent à lui, que l’homme expérimente cette liberté. L’individu doit pour cela être engagé et apprendre à connaître son monde sinon « les notions de liberté ou de nécessité perdent jusqu’à leur sens ».

 

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