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Ne pas travailler, est-ce perdre son temps? (Jérémy Maucours Tes -2010- en devoir de 4 h)

Posté par chevet le 20 novembre 2011

Les évènements des mois de septembre et d’octobre en France ont encore une fois démontré que la valeur du travail ne fait pas l’unanimité au sein des populations. En contestant une réforme qui visait à repousser l’âge légal de la retraite, une certaine partie des français a exprimé son désaccord : ils ne veulent pas travailler plus longtemps. Sont-ils pour autant des « fainéants » ? Un tel évènement est l’occasion de se demander si le travail est une des finalités les plus importantes pour l’être humain. Depuis le 19ème siècle, le travail semble être une valeur essentielle, voire la valeur suprême des sociétés industrielles. Paradoxalement, si dans certains pays les conditions de travail se sont améliorées et si le temps de travail a diminué, cette valeur reste néanmoins contestée. Le travail a en apparence permis de créer un certain bien-être, une société de consommation et d’abondance. On le dit être un facteur de lien social, une occupation qui remplace la vacance d’activités chez l’homme. Autrement dit, travailler rend possible un certain épanouissement. En décidant de ne pas travailler, l’homme perdrait-il donc son temps ? Par perdre son temps, nous entendons ici le temps qui n’est pas consacré à la recherche du bonheur, ou à la recherche de sa propre identité. Le travail serait-il la voie nécessaire par laquelle l’homme peut pleinement s’épanouir et par la même occasion se créer ?

Dans un premier temps nous allons étudier ces « apologistes du travail » qui voient cette activité comme un moyen nécessaire d’émancipation et un moyen de nous procurer de la richesse. L’homme est né dans une position inférieure par rapport aux autres êtres vivants : il ne possède, contrairement aux animaux, ni griffes, ni fourrure, ni bec, ni autres avantages naturels qui lui permettraient de s’adapter spontanément à sa vie naturelle. Dans cette optique il doit apprendre par lui-même à trouver des moyens utiles à sa propre survie. Ainsi le mythe de Prométhée (de la mythologie grecque) décrit le moment où le demi-dieu octroie le feu aux hommes, ce qui, par la suite, lui donne la possibilité, par son propre travail, de maîtriser la nature et de favoriser sa propre survie. L’homme se distingue donc des autres animaux par sa capacité à maîtriser d’une certaine manière son environnement. Qui plus est, par le travail, il prend conscience de lui-même, de ses capacités, de ses potentialités. Le travail est donc une nécessité : l’homme ne peut répondre à ses propres besoins que par le travail. Selon cette vision émancipatrice, de nombreux auteurs au 18ème et 19ème siècle, valorisent le travail comme condition de la prospérité et du progrès. Marx par exemple y voit la condition de l’indépendance, de l’épanouissement humain. L’homme en effet est pour Marx un « animal laborans » qui se construit collectivement par le travail. Ses bienfaits résident dans le fait qu’il permet à l’être humain de se construire, de « s’objectiver », de se développer. Il fait appel à son intelligence ainsi qu’à ses capacités physiques ou mentales. L’homme apprend à se connaître en modifiant la matière et ne peut y parvenir autrement.

De plus, Adam Smith, au 18ème , voit dans le travail la condition de la prospérité économique et ce sans quoi il n’est pas possible d’améliorer son bien-être matériel et la richesse d’une société. Ces deux visions renvoient donc à une valorisation du travail qui par la recherche du profit (pour Smith) permet la croissance économique, et (pour Marx) un développement intrinsèque de l’humain. En théorie, le travail est donc la meilleure utilisation possible du temps. Au-delà du travail c’est l’individu lui-même qui est mis en avant ainsi qu’une certaine conception du bonheur. Selon Smith, la richesse se définit par la quantité de biens matériels qu’il est possible de produire. Il n’est donc pas étonnant que l’individu soit le facteur de cette création de richesse car si chacun pense à son propre bonheur, par l’acquisition croissante de biens, alors la richesse globale ne pourra qu’augmenter. Cette exacerbation de l’individualisme prôné au siècle des Lumières, permet la prospérité, l’abondance matérielle. Mais, si l’individualisme est, dans une certains mesure, la condition du développement de l’être humain et de sa propre connaissance, il est aussi facteur d’inégalités et d’iniquités. Est-ce là toujours gagner son temps ? Travailler à la recherche de son propre bonheur, est-ce vraiment gagner son temps si cela se fait en même temps au détriment des autres ?

Cette question de l’individualisme est abordée par Nietzsche dans son ouvrage Aurore, et notamment au paragraphe consacré aux « apologistes du travail ». C’est ainsi que nous en arrivons à la critique du travail et de ses conséquences sur l’homme : aliénation et individualisme. Dans sa critique, l’auteur allemand prône quant à lui l’individualisme non pas au sens d’un égocentrisme développé et d’une négation des autres, mais celui qui permet le développement de la raison, des sentiments, de la personnalité humaine. Tout ce qui justement est empêché par le travail lorsqu’il est glorifié et donc excessif. La glorification du travail, culte qui place le travail au rang de valeur essentielle de la vie, provoque alors un carcan, un asservissement de l’être humain et cette idéologie conduit à l’enfermement des individus dans l’unique horizon d’une recherche de la sécurité. Cette aliénation fut dénoncée par de nombreux auteurs, dont Marx, qui au 19ème siècle condamnait la soumission de l’homme à des activités répétitives, abrutissantes et futiles, ou l’enfermement des hommes qui n’ont plus que pour seul horizon la recherche de la richesse matérielle. Dès lors comment l’homme peut-il s’épanouir, se créer puisqu’il soumis à la seule logique du travail? Glorifier le travail est donc tout autant dangereux que n’importe quel culte qui conditionne l’homme et le ferme à d’autres possibilités. Travailler est alors inhibiteur des valeurs humaines. L’homme ne peut pas se développer et reste totalement dépendant. Dans ce cas, si l’être humain se soumet à une telle logique, l’expression « dictature du travail » est justifiée. Au final, quel est le but d’une telle soumission ? Quel sens a le travail humain ? Si cela mène à la richesse matérielle, l’homme reste dépendant : il n’est que ce qu’il possède. Le culte de l’argent, puisque la finalité reste bien d’obtenir par le travail toujours plus de possessions, a soumis les hommes est s’est avéré être la seule définition du bonheur. Or, gagner son temps c’est effectivement accéder à une certaine richesse mais celle-ci ne doit pas être aussi abstraite que la monnaie, en l’occurrence des chiffres qui définissent notre niveau de vie. Pour cela, le travail ne mène pas au développement de soi-même.

Mais ne pas travailler signifie-t-il pour autant ne rien faire ? Il est nécessaire de travailler pour vivre mais ne vivons nous que pour travailler ? Le travail n’est autre que souffrance : étymologiquement d’ailleurs l’origine du mot travail est « tripalium », terme qui désignait un instrument de torture. Certes, l’homme a besoin d’un minimum de souffrance pour se développer. Cependant, devons nous travailler si cela ne nous apporte que souffrance ? Cela paraît absurde et pourtant, aujourd’hui, le monde est totalement soumis à cette logique. Travailler est donc une perte de temps : cela nous éloigne de beaucoup trop de belles choses qui forment entre elles la beauté de la vie. Travailler signifie survivre car nous devons satisfaire nos besoins élémentaires. Ne pas travailler est alors synonyme de vie. Profiter de la vie, s’émanciper, être capable de penser par soi-même, toutes ces lapalissades devraient être les occupations principales de la vie. Des choses beaucoup plus importantes que le travail exigent du temps et ce temps est annihilé par le travail. Faisons ce que nous aimons et ne nous abaissons pas aux abstractions telles que l’argent, le besoin constant de travailler. « Celui qui aime son travail ne travaillera jamais de sa vie ». Confucius offrait cette vision du travail comparée à une souffrance qui est une activité qui n’est pas aimée. Le temps est aléatoire. La mort arrive tôt ou tard et pouvons nous nous retourner à l’aube de l’échéance en remarquant que notre vie s’est résumée à cette soumission ? Le temps doit être utilisé de manière à ce que chacun puisse s’épanouir. Il faut aussi le savourer et ne pas se l’imposer comme limite. La glorification du travail de plus monopolise ce temps. Tout est prévu, tout est cadré. Le temps s’évalue également en chiffres. Selon cette logique, oui, le temps qui n’est pas consacré au travail est une perte de temps. Or, ne pas travailler, ou plus exactement « ne rien faire » économiquement, juste penser, discuter avec autrui, lire, œuvrer, tout cela demande du temps, cela demande même une vie. Dans son ouvrage, « Montaillou village Occitan », E. Leroy Ladurie décrit le voyage d’un inquisiteur dans un petit village. Là-bas, il n’est pas seulement question de travail ou d’argent. Les villageois prennent le temps de discuter et de vivre. D’ailleurs la notion de temps n’existe pas vraiment. En effet, ce n’est qu’une limite supplémentaire. Vivre c’est vivre sans trop de limites.

Le travail et le temps nous emprisonnent, dressent des frontières et dirigent nos vies. Le travail est alors une certaine remise en question. Il nous détourne d’activités épanouissantes comme l’art, la musique, la pensée, qui nous permettent de nous créer. Ses composantes, la concurrence, la recherche du profit, nous ont pervertis. Au lieu de regarder son voisin en ayant envie de discuter, l’homme contemporain, obsédé par le travail le regardera afin de s’autoévaluer. Dans « le droit à la paresse », Paul Lafargue plaide en faveur de ce qui est perçu comme un vice. Mais par paresse, il entend d’abord le fait de pouvoir prendre son temps. Le travail fut un but donné à la vie. Il s’est accompagné d’un véritable culte, dogme, qui a fait en sorte de résumer la vie au travail. Le temps, doit au contraire être utilisé pour se connaître, pour réfléchir, pour s’ouvrir. Le loisir permit par le travail n’est qu’une illusion : tout est fait pour que l’individu croit que le travail n’est pas une souffrance mais un moyen de s’approprier le bonheur. Cette illusion est une perte de temps. Elle nous détourne de l’épanouissement individuel et collectif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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