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LA THEORIE KANTIENNE DE L’IMPERATIF CATEGORIQUE

Posté par chevet le 24 décembre 2010

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Emmanuel Kant, 1724 -1804.

Il est difficile de résumer la doctrine éthique de Kant exposée notamment dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) ou la Critique de la raison pratique (1788). Pour l’essentiel, Kant pose la question de savoir à quelles conditions une action humaine peut-elle être considérée comme morale. Il ne s’agit pas de définir « une morale », c’est-à-dire de définir les devoirs qui s’imposeraient à nous (de proposer une liste de vertus à suivre, de dire que l’homme doit plutôt se conduire de telle ou telle façon), mais il s’agit de s’interroger philosophiquement sur les conditions de possibilité de l’action morale (quand pouvons nous dire que nous agissons moralement ?). Il n’y a donc pas vraiment en ce sens une « morale kantienne »,  car pour Kant, les principes moraux fondamentaux existent déjà et n’ont pas besoin d’être réinventés (ils sont pour l’essentiel formulés par l’Evangile) mais il existe une analyse kantienne de la moralité. (une philosophie qui s’ interroge sur la possibilité humaine de l’action morale). Le problème de Kant, en effet, est de savoir à quel type de principe je dois obéir pour que mon action soit morale. L’idée de Kant consiste alors à s’intéresser non pas simplement aux actes que nous accomplissons en eux-mêmes mais aux motivations qui nous conduisent à agir de telle ou telle manière. Par exemple, si un ami dont j’attends qu’il me rende un service, vient chez moi et qu’il y laisse par oubli son portefeuille remplit de billets, et que je m’empresse de le lui rendre le lendemain, la question que nous pouvons poser est de savoir pour quelle raison j’ai décidé de lui rendre son portefeuille et quelles sont mes intentions intimes  qui me motivent. J’aurais pu me dire par exemple que j’avais intérêt à le faire (pour lui montrer que je suis honnête dans l’optique de rendre plus facile la demande de service que j’ai à lui faire) mais cela n’est pas un geste moral en soi car ce n’est pas par vertu que j’ai agis mais par calcul d’intérêts. Mon acte est bien en un sens « conforme au devoir moral », puisque mon geste à l’apparence de l’honnêteté, mais il n’est pas moral en soi car pour être moral, un acte doit être accompli uniquement par devoir, c’est-à-dire, au sens de Kant, par pur respect de la loi morale (le devoir dit Kant dans Le fondement de la métaphysique des moeurs,  est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi ») : autrement dit je dois rendre ce porte monnaie parce qu’il n’est pas à moi et que par principe je dois le rendre même si j’avais envie de le garder pour moi. Kant distingue donc deux types d’actions, celles accomplies par intérêt (en suivant son désir par exemple, ses inclinations, sa sensibilité), celles accomplies par devoir. On peut agir par intérêt de plusieurs manières, en recherchant l’agréable (hédonisme) ou le bonheur (eudémonisme). Dans ce cas, la volonté se focalise sur les moyens de parvenir à satisfaire un désir (si tu veux ceci, fait cela). Kant parle alors « d’impératif hypothétique » dans cette hypothèse (si je veux m’attirer le bienveillance de mon ami alors je dois lui rendre son portefeuille). Au contraire de ce type d’actions qui restent « intéressées », une action ne devient véritablement morale selon Kant, que si elle est faite par pur sentiment du devoir (la volonté y est alors désintéressée) au sens où nous n’agissons que par respect pour la loi morale et non par intérêt (la finalité n’est plus l’agréable ou le bonheur mais le bien et la morale ne peut donc se fonder selon Kant sur la recherche du bonheur ou du plaisir ou sur tout autre dimension empirique ou affective). Agir moralement c’est agir par obéissance à la loi morale en tant que telle, indépendamment de tout calcul (par pur principe) ou de toute inclination (sentiment). L’action morale est donc celle qui n’est pas un calcul mais celle qui obéit à une injonction, un commandement, un impératif que nous impose notre raison pratique (notre conscience morale), celle qui consiste à suivre une règle morale pour elle-même parce qu’elle vaut, inconditionnellement, pour tout être raisonnable capable de saisir cette loi. Agir moralement c’est agir en fonction d’une règle même si l’on a pas envie d’agir selon cette règle, même si cela est contraire à nos désirs ou même si cela doit nous rendre plus malheureux… Ce qui confère ainsi la valeur morale à une action c’est donc l’intention que nous avons d’agir par devoir (en fonction du simple souci de bien faire, ce que Kant nomme « la bonne volonté »). L’action morale ne demande pas en ce sens de science particulière ou de philosophie compliquée : la morale existe déjà dans l’intelligence commune de l’humanité, et il suffit de savoir agir selon ces principes et de se donner à soi-même librement la possibilité d’agir selon ces normes (le devoir en ce sens indique la liberté au lieu d’en être la négation, car seul un être libre peut se donner une loi morale,  et est en même temps un projet du sujet). Mais le rôle du philosophe est d’avoir à mettre en formule exactes ces principes au fondement de la moralité à titre pédagogique : encore une fois Kant ne prétend pas inventer une morale mais simplement reformuler philosophiquement ses principes essentiels donnés par notre raison.

                     Nous ne devons donc pas agir sous l’emprise de nos passions et de nos désirs, pour agir moralement, mais en conformité avec une règle que la volonté se donne à elle-même, ce qui suppose donc l’autonomie de la volonté c’est-à-dire, pour Kant, la liberté (et c’est là ce qui fonde notre dignité humaine, notre « personnalité en langage kantien). Il ne s’agit pas de nier le désir ou de les refuser tous, (Kant n’est pas un philosophe ascétique) mais il faut donner priorité aux principes moraux sur toute autre considération: nous devons donc renoncer à nos désirs à partir du moment où ils nous conduiraient à enfreindre certaines lois morales et l’expérience du mal pourrait donc consister à privilégier nos désirs qui pourtant vont à l’encontre de la loi morale. Il n’y a donc pas de différence entre l’expérience de la liberté et l’expérience de la moralité : il s’agit toujours au fond d’agir selon une loi que la volonté se donne à elle-même (que l’individu s’efforce de suivre par volonté). Mais en même temps, l’action morale ne peut pas être déduite de n’importe quelle loi (une maxime subjective doit être évaluée par la raison pratique): pour qu’une loi soit morale, et donc  pour que notre action qui suit cette loi soit elle aussi morale, elle doit  être obéir à certains critères et être conforme à ce que Kant nomme « l’impératif catégorique ». Cet impératif peut se formuler de cette façon : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne un loi universelle » (Fondement de la métaphysique des moeurs). Cela veut dire  qu’une règle d’action n’est morale que si elle est universalisable, applicable non seulement par moi, mais aussi par tous : un principe d’action n’est moral que s’il peut devenir universel. Quand j’agis je dois me poser la question de savoir ce qui se passerait si tout le monde faisait comme moi (la morale implique toujours en ce sens la réflexion et non pas seulement l’action). Voilà pourquoi le mensonge ou le vol sont pour Kant moralement injustifiables parce qu’il s’agit de maximes qui ne sont pas universalisables : Que se passerait-il, par exemple, si tout le monde mentait ? La notion même de vérité n’aurait plus aucun sens. Que se passerait-il si tout le monde volait la propriété des autres ? Il n’y aurait plus de propriété. Si l’on veut donc conserver la notion même de propriété, il est donc contradictoire d’autoriser le vol. Donc le vol n’est pas moral au sens où il n’est pas universalisable.

Il y a selon Kant plusieurs façons de formuler cet impératif catégorique (on peut en proposer trois formules différentes selon Kant). La seconde formulation de l’impératif catégorique est plus la célèbre : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen ». Cette formulation se fonde directement sur la conception kantienne de la dignité de la personne humaine : respecter l’autre c’est ne pas le considérer seulement comme un instrument, une chose, un moyen, un objet mais nous devons l’envisager aussi comme une fin en soi (par exemple on ne peut, en médecine, moralement utiliser une personne qu’avec son consentement et respecter en elle sa personne humaine).  En somme, il y a des principes à respecter de manière inconditionnelle que chacun peut découvrir et la morale consiste essentiellement à respecter ces principes et à agir par respect pour eux et non simplement en conformité à eux. La morale kantienne est donc « déontologique » c’est-à-dire qu’elle pense la morale en termes de respect des principes moraux indépendamment des conséquences que peuvent avoir nos actes (ce n’est pas un « conséquentialisme »). La conséquence d’une telle philosophie est donc que nous ne pouvons jamais savoir si les hommes agissent moralement car la moralité se joue dans le secret des motivations de chacun. Nous pouvons simplement voir de l’extérieur si les hommes se conduisent conformément à la morale mais nous ne pourrons jamais savoir s’ils sont véritablement moraux.

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