L’art nous éloigne-t-il de la réalité? (par Mélisande Urcun- TS- travail effectué en 2 h sur table).

Posté par chevet le 26 octobre 2010

 

 

Le terme « art » du latin « ars » et du grec « techne » a longtemps désigné les savoir-faire artisanaux, les modes de production et ne faisait pas la différence entre l’activité des artistes et celle des artisans. Les premières traces d’art ont datées de la préhistoire. Celui ci a évidemment évolué à travers le temps et il serait complexe de trouver une unicité de fonction et de but à l’art. Cependant, des écrits qui remontent à l’antiquité nous montrent que déjà,  les hommes s’intéressaient au rapport entre art et philosophie puis au rapport entre art et vérité. En effet, une des grandes problématiques qui s’impose est de savoir si l’art nous éloigne du monde, de la réalité. Nous montrerons donc d’abord comment l’art peut nous bercer d’illusions, puis comment au contraire, il est peut-être possible de considérer qu’il nous rapproche de la réalité.

 

Pour Platon l’art est une activité mensongère puisqu’il consiste à produire des faux-semblants. L’art est une illusion et nous ramène au monde sensible, alors que la vérité selon la métaphysique platonicienne, existe dans le monde intelligible. La vérité ne se perçoit,pas, elle ne peut que se penser et cette thèse qui est exposée dans La République. L’art n’est en effet qu’une « mimésis » (imitation) qui se donne pour but de copier la beauté naturelle mais il est trompeur. L’artiste n’est qu’un illusionniste qui n’a pas vraiment sa place dans la cité idéale. Platon insiste en écrivant dans le Phèdre que l’artiste est médiateur d’une force extérieure, inspirée par une force divine. Enfin, dans le Ion, qui est également une critique de l’art, Platon dénonce le fait que le but de l’artiste es de susciter des émotions qui éloignent l’homme d’une maîtrise de soi et d’une lucidité permettant la réflexion.  L’art n’est pas pour Platon, un mode d’accès à la vérité intelligible.

 

On peut donc penser que l’art est une copie du réel mais sans jamais vraiment pouvoir réussir à le restituer, ne nous donne que des apparences et nous éloigne en cela du réel. Essayer de reproduire la beauté ne donne qu’une illusion de cette beauté, une vision erronée du réel. Ainsi Flaubert dans Madame Bovary, reprochait aux romantiques de nourrir leur littérature de clichés, de poncifs destinés à faire s’évader leurs lecteurs vers des contrées lointaines et imaginaires, des aventures amoureuses passionnelles mais fictives. Il dénonçait alors les conséquences de l’application des acquis de ces lectures dans le réel. Il en résulte l’insatisfaction perpétuelle d’Emma Bovary. Dans cette mesure, l’art peut nous éloigner du réel et nuire.
Mais bien que l’art fabrique de la fiction, n’est-il pas aussi une manière dont l’homme peut exprimer certaines vérités ? L’art ne peut-il pas en effet être considéré comme une forme de révélation ?

 

Pour Aristote, l’activité artistique exprime au contraire un authentique effort de connaissance. Dans La Poétique, il dit que « la poésie est plus philosophique et plus noble que l’histoire » ; plus qu’une description simple de la réalité. L’art permet d’atteindre une vérité plus générale qu’une vérité immédiate. La finalité de l’art peut alors rejoindre celle de la philosophie. Bergson rejoint en partie cette thèse en écrivant que le but de l’art est de nous faire voir ce que l’on ne voit pas habituellement. L’artiste a pour rôle de faire surgir l’invisible dans le domaine du visible, il nous apprend à changer notre vision du monde et notre conscience ordinaire et appauvrie. Il nous en donne une vision plus intense en nous faisant ressentir des émotions nouvelles, nous conduit vers une vérité. Le dévoilement de la vérité est le même que le dévoilement d’une peinture au public : une découverte dont le médiateur est l’artiste. Hegel disait : « dans l’art nous n’avons pas simplement affaire à un jeu agréable mais nous assistons au dévoilement de la vérité ». Avec ses procédés particuliers, l’artiste nous rapproche de la réalité.
Les réalistes se donnaient pour credo non pas d’écrire la vie telle qu’elle était, d’abord parce qu’il faudrait des volumes énorme de papier et du temps à n’en plus finir, et parfois parce que le vrai n’est pas le vraisemblable, mais de la transformer en ajoutant un fil conducteur, en donnant de l’importance à certains détails pour rendre leur œuvre encore plus vraie comme l’expliquait Maupassant. Proust partageait cette idée : « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ». La littérature, comme tout art, nous aide à mieux voir la réalité.

 

L’art utilise souvent la fiction pour mieux faire percevoir la vérité, la rendre plus accessible. C’est le cas par exemple de nombreux films. Ainsi « Star Wars » connu de tous n’est pas seulement une film de l’espace peuplé de créatures peu ordinaires, mais il peut être vu comme une volonté de l’artiste de faire comprendre la guerre froide. On symbolise donc l’URSS par les guerres au sabre laser rouge (couleur du communisme) et malgré les apparences d’une fiction purement distrayante, il s’agit en fait d’une réalité dévoilée d’une manière particulière. La fiction a également été un moyen pour de nombreux auteurs de dénoncer des réalités comme l’injustice, l’arbitraire, la guerre et l’esclavage. Dans Candide de Voltaire ou de nombreuse utopies comme celle de Fénelon, ou l’Ile aux esclaves de Marivaux. L’art ne nous éloigne donc pas du réel mais nous en fait prendre conscience par des moyens détournés.
Si l’art a été contrôlé durant certains périodes de l’histoire, c’est qu’il permettait aux artistes d’exprimer une réalité, une réalité qui dérangerait les dirigeants des dictatures par exemple. S’il n’avait été qu’illusion, les autorités n’auraient pas pris peur des artistes qui avaient en quelque sorte le pouvoir de dévoiler certaines réalités, certains dysfonctionnements bien réels. Ainsi, avant la chute du mur de Berlin, La stasi surveillait constamment les artistes de l’Allemagne de l’est.
Enfin les œuvres d’art sont les témoins historiques des préoccupations d’une société à une époque donnée. On ne regarde pas Guernica de Picasso sans savoir qu’une réalité historique est exprimée à travers ce tableau et Molière à travers toutes ses comédie met en scène les réalités de son époque. Même dans le surréalisme, la dadaïsme une vision du monde absurde est dévoilée. Alors qu’on pourrait penser que la musique  de Frank Zappa n’est qu’un enchevêtrement de sons destinés à nous transporter vers un autre monde, il cherche en fait à nous faire part de sa critique des Etats-Unis contemporaine. Ainsi la dimension historique qui se cache dans toute œuvre d’art (même dans celle de Marcel Duchamp : on peut trouver dans l’interrogation à propos de l’ontologie de l’œuvre d’art et dans la question de savoir si tout peut devenir de l’art, une réflexion de notre époque) ancre celle ci dans la réalité.

 

Ainsi dire que l’art n’est qu’une illusion et nous éloigne de la réalité serait une vision trop réductrice de celui-ci. Il permet en fait une expression plus aboutie, différente et révélatrice du monde, nous invitant à découvrir une vérité plus profonde et bel et bien ancrée dans le réel.

 

2 Réponses à “L’art nous éloigne-t-il de la réalité? (par Mélisande Urcun- TS- travail effectué en 2 h sur table).”

  1. KANSOLE Thérèse dit :

    que deviendrait une société sans artiste

  2. Michel J. Cuny dit :

    Bonjour,

    L’intérêt que vous portez au « Candide » de Voltaire m’incite à vous indiquer ceci :

    Il y a deux ans une lecture attentive de la Correspondance de ce dernier (treize volumes à la Pléiade) m’a conduit à publier un livre dont le contenu ne cesse de me surprendre, dans la mesure où la mise en relation de 1300 extraits environ de cette même Correspondance et des événements historiques sous-jacents ne paraît pas pouvoir laisser place au moindre doute sur le caractère délibérément faussé de l’image qui nous a été donnée de ce personnage.
    Je souhaiterais vivement que vous puissiez partager mon extrême surprise en consultant, si vous le voulez bien, le blog :
    http://voltairecriminel.canalblog.com

    Cette façon quelque peu abrupte de venir vers vous ne fait sans doute que rendre compte de mon propre désarroi, car, si je ne me trompe pas, un énorme travail de réinterprétation reste à faire, et non sans conséquences diverses…

    Très cordialement à vous,

    Michel J. Cuny

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