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L’art nous éloigne-t-il de la réalité? (par Mélisande Urcun- TS- travail effectué en 2 h sur table).

Posté par chevet le 26 octobre 2010

 

 

Le terme « art » du latin « ars » et du grec « techne » a longtemps désigné les savoir-faire artisanaux, les modes de production et ne faisait pas la différence entre l’activité des artistes et celle des artisans. Les premières traces d’art ont datées de la préhistoire. Celui ci a évidemment évolué à travers le temps et il serait complexe de trouver une unicité de fonction et de but à l’art. Cependant, des écrits qui remontent à l’antiquité nous montrent que déjà,  les hommes s’intéressaient au rapport entre art et philosophie puis au rapport entre art et vérité. En effet, une des grandes problématiques qui s’impose est de savoir si l’art nous éloigne du monde, de la réalité. Nous montrerons donc d’abord comment l’art peut nous bercer d’illusions, puis comment au contraire, il est peut-être possible de considérer qu’il nous rapproche de la réalité.

 

Pour Platon l’art est une activité mensongère puisqu’il consiste à produire des faux-semblants. L’art est une illusion et nous ramène au monde sensible, alors que la vérité selon la métaphysique platonicienne, existe dans le monde intelligible. La vérité ne se perçoit,pas, elle ne peut que se penser et cette thèse qui est exposée dans La République. L’art n’est en effet qu’une « mimésis » (imitation) qui se donne pour but de copier la beauté naturelle mais il est trompeur. L’artiste n’est qu’un illusionniste qui n’a pas vraiment sa place dans la cité idéale. Platon insiste en écrivant dans le Phèdre que l’artiste est médiateur d’une force extérieure, inspirée par une force divine. Enfin, dans le Ion, qui est également une critique de l’art, Platon dénonce le fait que le but de l’artiste es de susciter des émotions qui éloignent l’homme d’une maîtrise de soi et d’une lucidité permettant la réflexion.  L’art n’est pas pour Platon, un mode d’accès à la vérité intelligible.

 

On peut donc penser que l’art est une copie du réel mais sans jamais vraiment pouvoir réussir à le restituer, ne nous donne que des apparences et nous éloigne en cela du réel. Essayer de reproduire la beauté ne donne qu’une illusion de cette beauté, une vision erronée du réel. Ainsi Flaubert dans Madame Bovary, reprochait aux romantiques de nourrir leur littérature de clichés, de poncifs destinés à faire s’évader leurs lecteurs vers des contrées lointaines et imaginaires, des aventures amoureuses passionnelles mais fictives. Il dénonçait alors les conséquences de l’application des acquis de ces lectures dans le réel. Il en résulte l’insatisfaction perpétuelle d’Emma Bovary. Dans cette mesure, l’art peut nous éloigner du réel et nuire.
Mais bien que l’art fabrique de la fiction, n’est-il pas aussi une manière dont l’homme peut exprimer certaines vérités ? L’art ne peut-il pas en effet être considéré comme une forme de révélation ?

 

Pour Aristote, l’activité artistique exprime au contraire un authentique effort de connaissance. Dans La Poétique, il dit que « la poésie est plus philosophique et plus noble que l’histoire » ; plus qu’une description simple de la réalité. L’art permet d’atteindre une vérité plus générale qu’une vérité immédiate. La finalité de l’art peut alors rejoindre celle de la philosophie. Bergson rejoint en partie cette thèse en écrivant que le but de l’art est de nous faire voir ce que l’on ne voit pas habituellement. L’artiste a pour rôle de faire surgir l’invisible dans le domaine du visible, il nous apprend à changer notre vision du monde et notre conscience ordinaire et appauvrie. Il nous en donne une vision plus intense en nous faisant ressentir des émotions nouvelles, nous conduit vers une vérité. Le dévoilement de la vérité est le même que le dévoilement d’une peinture au public : une découverte dont le médiateur est l’artiste. Hegel disait : « dans l’art nous n’avons pas simplement affaire à un jeu agréable mais nous assistons au dévoilement de la vérité ». Avec ses procédés particuliers, l’artiste nous rapproche de la réalité.
Les réalistes se donnaient pour credo non pas d’écrire la vie telle qu’elle était, d’abord parce qu’il faudrait des volumes énorme de papier et du temps à n’en plus finir, et parfois parce que le vrai n’est pas le vraisemblable, mais de la transformer en ajoutant un fil conducteur, en donnant de l’importance à certains détails pour rendre leur œuvre encore plus vraie comme l’expliquait Maupassant. Proust partageait cette idée : « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ». La littérature, comme tout art, nous aide à mieux voir la réalité.

 

L’art utilise souvent la fiction pour mieux faire percevoir la vérité, la rendre plus accessible. C’est le cas par exemple de nombreux films. Ainsi « Star Wars » connu de tous n’est pas seulement une film de l’espace peuplé de créatures peu ordinaires, mais il peut être vu comme une volonté de l’artiste de faire comprendre la guerre froide. On symbolise donc l’URSS par les guerres au sabre laser rouge (couleur du communisme) et malgré les apparences d’une fiction purement distrayante, il s’agit en fait d’une réalité dévoilée d’une manière particulière. La fiction a également été un moyen pour de nombreux auteurs de dénoncer des réalités comme l’injustice, l’arbitraire, la guerre et l’esclavage. Dans Candide de Voltaire ou de nombreuse utopies comme celle de Fénelon, ou l’Ile aux esclaves de Marivaux. L’art ne nous éloigne donc pas du réel mais nous en fait prendre conscience par des moyens détournés.
Si l’art a été contrôlé durant certains périodes de l’histoire, c’est qu’il permettait aux artistes d’exprimer une réalité, une réalité qui dérangerait les dirigeants des dictatures par exemple. S’il n’avait été qu’illusion, les autorités n’auraient pas pris peur des artistes qui avaient en quelque sorte le pouvoir de dévoiler certaines réalités, certains dysfonctionnements bien réels. Ainsi, avant la chute du mur de Berlin, La stasi surveillait constamment les artistes de l’Allemagne de l’est.
Enfin les œuvres d’art sont les témoins historiques des préoccupations d’une société à une époque donnée. On ne regarde pas Guernica de Picasso sans savoir qu’une réalité historique est exprimée à travers ce tableau et Molière à travers toutes ses comédie met en scène les réalités de son époque. Même dans le surréalisme, la dadaïsme une vision du monde absurde est dévoilée. Alors qu’on pourrait penser que la musique  de Frank Zappa n’est qu’un enchevêtrement de sons destinés à nous transporter vers un autre monde, il cherche en fait à nous faire part de sa critique des Etats-Unis contemporaine. Ainsi la dimension historique qui se cache dans toute œuvre d’art (même dans celle de Marcel Duchamp : on peut trouver dans l’interrogation à propos de l’ontologie de l’œuvre d’art et dans la question de savoir si tout peut devenir de l’art, une réflexion de notre époque) ancre celle ci dans la réalité.

 

Ainsi dire que l’art n’est qu’une illusion et nous éloigne de la réalité serait une vision trop réductrice de celui-ci. Il permet en fait une expression plus aboutie, différente et révélatrice du monde, nous invitant à découvrir une vérité plus profonde et bel et bien ancrée dans le réel.

 

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Nietzsche et la doctrine du libre arbitre (explication de texte extrait du Crépuscule des idoles)).

Posté par chevet le 23 octobre 2010

 nietzsche.jpeg  Friedrich Nietzsche, 1844-1900.

« Il ne nous reste plus aujourd’hui aucune espèce de compassion avec l’idée de « libre-arbitre »: nous savons trop bien ce que c’est, le tour de force le plus mal famé qu’il y ait pour rendre l’humanité responsable à la façon des théologiens, ce qui veut dire rendre l’humanité dépendante des théologiens. Je ne fais que donner ici la psychologie de cette tendance à vouloir rendre responsable. Partout où l’on cherche des responsabilités, c’est généralement l’instinct de punir et de juger qui est à l’oeuvre. On a dégagé le devenir de son innocence lorsque l’on ramène un état de fait quelconque à la volonté, à des intentions, à des actes de responsabilité. Toute l’ancienne psychologie, la psychologie de la volonté, n’existe que par le fait que ses inventeurs, les prêtres, les chefs de communautés anciennes, voulurent se créer le droit d’infliger une peine ou plutôt voulurent créer ce droit pour Dieu. La doctrine de la volonté a été principalement inventé afin de punir, c’est à dire afin de trouver coupable. Les hommes ont été considérés comme libres pour pouvoir être jugés et punis, pour pouvoir être coupables, par conséquent toute action devait être regardée comme voulue et l’origine de toute action comme se trouvant dans la conscience ». 

                                                                                              W. F. Nietzsche.  Le Crépuscule des idoles.

INTRODUCTION. 

A la doctrine du libre-arbitre, Nietzsche oppose la question: quel type d’hommes a donc éprouvé le besoin de forger une semblable « mythologie »? Refusant l’idée d’une volonté libre de choisir selon l’idée d’une causalité intellectuelle fonctionnant de manière autonome, Nietzsche entend donc subordonner la conscience au dynamisme des instincts et remettre alors en question la philosophie traditionnelle de la volonté. Ainsi, selon ce principe d’un refus de la liberté de choix, et dans le texte qui nous est ici proposé, l’auteur ne cherche pas à se placer directement dans le débat traditionnel de la métaphysique pour essayer de savoir si l’homme est vraiment libre, s’il existe une preuve de la liberté ou si au contraire, comme le pensait Descartes la liberté peut faire l’objet d’un savoir sans preuve. Il s’agit plutôt semble-t-il d’un angle d’analyse qui est psychologique : « Je ne fais que donner ici la psychologie de cette tendance à vouloir rendre responsable » nous dit-il. En ce sens, il s’agit plutôt de déceler ce que cache l’affirmation même du libre vouloir, d’en comprendre l’origine, de comprendre ce qu’elle implique et présuppose. Nous verrons alors que paradoxalement, pour Nietzsche, et d’un point de vue généalogique, si l’on a cherché à considérer les hommes comme libres, ce n’était que pour mieux les dominer ensuite en inventant l’idée de faute: « les hommes ont été considérés comme libres pour pouvoir être punis et jugés ». Cette idée tend à montrer que l’affirmation de la liberté n’a pour seule finalité que la recherche d’une culpabilité et que la perte de l’innocence de l’homme. Cet angle d’analyse nous permettra de comprendre la philosophie des valeurs qui sous-tend la philosophie de Nietzsche et nous permettra de comprendre que, pour lui, la conscience morale s’enracine dans la cruauté: là où les philosophes classiques cherchaient la source de la morale dans la raison, Nietzsche la trouve dans la vie de l’instinct et montre en cela la confusion historique qui s’est opéré entre morale et religion. 

I LA CRITIQUE DU LIBRE-ARBITRE. 

Selon l’auteur, « la liberté de choix est absente des petites comme des grandes choses » (Volonté de puissance , I, 297). Plus proche de Spinoza en cela que des philosophes de la volonté, qui affirment l’autonomie du sujet conscient, l’auteur dans ce texte se présente comme le philosophe qui refuse l’idée même de libre-arbitre: « Il ne nous reste plus aucune espèce de compassion à l’idée de libre-arbitre ». Pour comprendre le refus Nietzschéen de ce principe métaphysique, il faut redéfinir ce qu’il signifie. Qu’est-ce que la liberté du « libre-arbitre »? Il s’agit de considérer; comme le fait par exemple Descartes, que l’action de l’homme trouve son origine dans la volonté capable d’arbitrer, c’est  à dire de choisir, de se décider sur des raisons fournies par l’entendement. Autrement dit, selon ce point de vue, la conscience est le fondement de l’action volontaire. Le libre arbitre implique un pouvoir de choix et de responsabilité, implique un pouvoir positif de détermination par la conscience. On retrouve cette idée chez Sartre qui parle de « la contingence absolue d’un libre-arbitre créateur », ou bien encore chez Kant lorsqu’il pense que l’homme a la capacité de se donner à lui-même par la raison les principes de son action. 

La philosophie de Nietzsche refuse cette idée: la volonté n’est pas l’expérience d’une autonomie du sujet mais le triomphe d’une force vitale qui s’est frayée un chemin à notre insu et l’illusion consiste à prendre ce sentiment de liberté pour une causalité libre. Le libre arbitre n’est rien d’autre que l’ignorance des causes qui nous font agir et ne veut rien dire d’autre que de ne pas sentir ses propres chaînes, comme le disait déjà Spinoza. Dès lors, il n’existe de volonté libre mais uniquement des volontés fortes et des volontés faibles. 

Ainsi, le texte proposé s’inscrit dans le cadre de la critique du libre arbitre et des philosophies qui font de la conscience le fondement de l’action. Mais la perspective de l’auteur dans ce passage est cependant plus particulière encore: il ne s’agit pas seulement d’affirmer que la liberté est une illusion, encore faut-il essayer de comprendre l’origine et la provenance historique de cette illusion. On quitte alors le débat métaphysique pour rentrer dans la perspective généalogique propre à Nietzsche, pour s’engager dans une psychologie des valeurs qui mettra en cause directement la religion. 

II ORIGINE DE L’IDEE DE LIBRE ARBITRE. 

Un des aspects de la philosophie morale de Nietzsche est d’examiner l’origine historique d’une valeur et d’en apprécier la signification, donc de se demander quelle est la valeur d’une valeur. Une valeur apparaît-elle spontanément ou ne dissimule-t-elle pas une origine historique qui l’expliquerait? Dans ce texte, l’auteur semble nous indiquer quelle est la provenance de l’idée de liberté de choix: il s’agit « du tour de force le plus mal famé qu’il y ait pour rendre l’humanité responsable à la façon des théologiens ». Bien que la religion ne soit pas uniquement visée ici par cette remarque, car ce ne sont pas nécessairement les théologiens qui réussissent ce « tour de force », mais d’autres qui agissent « à leur façon » (sans doute s’agit-il aussi des philosophes moralistes), il n’en reste pas moins que la religion semble ici directement désignée comme l’origine possible de l’affirmation de l’idée de libre arbitre car la conséquence directe est de rendre « l’humanité dépendante des théologiens ». 

Pour comprendre cette idée, il faut revenir à la philosophie de Nietzche à propos de la mauvaise conscience (le sentiment de culpabilité) et à la notion de pêché (y compris originel). 

L’esprit pour Nietzsche n’a pas d’origine transcendante: il ne vient que du corps et il se constitue par la vie de l’instinct. L’instinct, qui est pulsion, peut vivre de deux manières: soit il s’extériorise pour se défouler, soit il s’intériorise lorsque la société l’y contraint. Ainsi, les instincts de cruauté, de violence, d’hostilité qui existent au coeur de tout homme, peuvent se retourner contre lui: ce « refoulement » pour reprendre un terme freudien, engendre alors un sentiment de culpabilité que Nietzsche nomme « mauvaise conscience », étonnante maladie au coeur de l’homme qui rend l’homme malade de lui-même. Or, cette mauvaise conscience peut encore se dégrader en conscience pécheresse par l’influence de la religion et de la caste des prêtres qui installent la culpabilité au coeur de l’homme, qui se mêlent d’intervenir dans ce processus d’intériorisation des instincts afin de capter l’homme et de l’utiliser à son avantage. La notion de « pêché », cette invention religieuse, est destinée alors en réalité à satisfaire un instinct de domination, celle du prêtre: comme Nietzsche le souligne dans la Généalogie de la Morale dans un texte très semblable à celui qui est ici proposé: « le pêché est resté jusqu’à présent l’évènement capital dans l’histoire de l’homme malade. Il représente pour nous le tour de force le plus néfaste de l’interprétation religieuse ». 

On comprend mieux dès lors le texte lui-même. Le prêtre qui introduit au coeur de l’homme la notion de culpabilité par l’affirmation théologique du pêché originel, sanction divine contre l’homme déchu, a tout à gagner à cela: la culpabilité, conséquence de la responsabilité, c’est à dire conséquence de la liberté de choix, devient l’épreuve d’une angoisse que seul le prêtre peut soulager puisqu’il est le seul qualifié pour délivrer l’homme du pêché par la drogue douce de la religion. Ainsi, la caste sacerdotale établit durablement son pouvoir sur l’humanité en l’obligeant à se rendre au confessionnal. L’affirmation de la liberté par la religion est une stratégie de domination des faibles pour dominer l’humanité par le mécanisme de la mauvaise conscience. 

Cette analyse généalogique par laquelle Nietzsche nous livre une psychologie des valeurs met directement en cause la caste des prêtres considérés comme les inventeurs de la doctrine de la volonté (avec les chefs de communautés anciennes) qui au mon de Dieu satisfont inconsciemment leur désir de domination et de punition. Il s’agit donc là d’une analyse psychologique des instincts qui montre que le concept de responsabilité n’a que pour seul but de trouver des coupables, pour seule finalité d’infliger une peine, de punir et du juger comme le précise Nietzsche dans ce texte. C’est le principe même du dualisme des valeurs et le principe de la morale que Nietzsche remet en question en plus de l’idée de liberté de choix. Le paradoxe est donc frappant: c’est l’affirmation même de la liberté qui repose sur un désir de domination instinctif, comme la morale est le signe d’une décadence qui vise la domestication de l’homme. Dès lors, la critique de la religion devient évidente: c’est la caste sacerdotale qui, avec son attirail psychologique, avec son idéologie du pêché, s’est chargé de cette domestication humaine. 

III L’INNOCENCE DU DEVENIR: vers une autre idée de la liberté. 

La conséquence des critiques de Nietzsche contre l’idée de liberté et de moralité, dont le fondement est lui-même immoral, puisqu’il repose en réalité sur la cruauté, est qu’il faut anéantir la morale pour délivrer la vie, c’est à dire aussi pour redonner à l’homme sa pleine innocence. C’est en cela que Nietzsche est une philosophe immoraliste: il s’agit de supprimer toute obligation et donner à l’homme le moyen de retrouver sa naïveté et sa vraie liberté, qui n’est plus celle du libre arbitre, mais celle d’une affirmation de sa volonté de puissance. Là où toujours dominent l’indignation et la recherche des coupables, là où l’on cherche des responsabilités, « la vie est dépouillée de son innocence » (Volonté de puissance, 198). En retrouvant son innocence, nous n’avons plus besoin de céder à notre instinct de vengeance, de nous décharger sur un bouc-émissaire: nous pouvons avoir le regard purement affirmatif.  En ceci, comme le précise Karl Jaspers dans son Introduction à la philosophie de Nietzsche, « Nietzsche cherche la conscience de l’innocence » en retrouvant le sentiment de la totale irresponsabilité. C’est en effet lorsque l’on a plus honte de soi que l’on commence à atteindre la vérité, c’est lorsque l’on ne ramène plus un état de fait quelconque à la volonté et donc à la responsabilité humaine, c’est seulement lorsque l’on est parvenu au savoir de l’innocence, que s’ouvrent les possibilités: « C’est seulement l’innocence du devenir qui nous donne le courage le plus grand et la liberté la plus grande » (Volonté de puissance 222). 

 Il est à noter enfin que l’idée de l’innocence chez Nietzsche débouche donc sur une autre conception de l’idée de liberté. On pourra voir sur ce point l’article de Jaspers sur l’idée de liberté chez Nietzsche: « La création comme liberté sans transcendance » qui montre quelle est cette nouvelle idée d’une liberté qui affirme que « c’est seulement dans la création qu’il y a liberté ». 

CONCLUSION 

Nietzsche nous informe donc par ce texte d’une nouvelle surprenante en nous montrant  quelle est, selon lui, l’origine cachée de l’idée de liberté et en nous montrant comment discerner dans les principes de la morale et de la métaphysique la présence de la morale chrétienne et surtout en nous montrant que la conscience morale s’enracine dans un instinct de cruauté. Le fondement de la morale est donc immoral! Ce texte est sans doute un exemple de tentative pour dénoncer la confusion entre  morale et religion en soulignant leur ressemblance et en dévoilant l’enracinement réel de la moralité. Là où Kant cherchait le fondement de la métaphysique des moeurs au coeur de la raison humaine, Nietzsche opère un décentrement en considérant que ce fondement est l’instinct lui-même, instinct immoral qui nie la vie en tant qu’il cherche à culpabiliser l’homme et à le priver de sa liberté réelle qui est innocence. 

                                                                                           

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Quelques citations…

Posté par chevet le 17 octobre 2010

-          « L’angoisse est le possible de la liberté ». Kierkegaard.

-          « Trop d’histoire tue l’homme ». Nietzsche.

-          « La divinité, c’est la société transfigurée et pensée symboliquement » Durhkeim.

 -          « L’homme n’est pas un empire dans un empire » Spinoza. 

-          « L’existence précède l’essence ». J. P Sartre. 

-          « La religion est l’opium du peuple » Marx. 

-          « L’artiste est spectateur de son œuvre en train de naître ». Alain 

-          « On ne naît pas femme, on le devient ». Simone de Beauvoir 

-          « La science ne pense  pas ». Heidegger. 

-          « S’il n’y avait point de luxe, il n’y aurait point de pauvres ». Rousseau. 

-          « L’enfer c’est les autres » Sartre. 

-          « La vie n’est pas belle mais les images de la vie sont belles » Schopenhaueur. 

-          « L’art est la belle représentation d’une chose et non la représentation d’une belle chose ». Kant 

-          « l’homme est la mesure de toute chose ». Protagoras. 

-          « Malheur à qui n’a plus rien à désirer! Il perd ainsi tout ce qu’il possède ». Rousseau 

-          « Le rêve est la voie royale qui mène à l’inconscient ». Freud. 

-          « Le moi n’est pas le maître dans sa propre maison ». Freud. 

-          « Autrui  est le médiateur indispensable entre moi et moi-même » Sartre. 

-          « La mort n’est rien pour nous » Epicure. 

-          « Une volonté libre et une volonté soumise à la loi morale sont une seule et même chose ». Kant. 

-          « Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordures ». Pascal 

-          « Le moi est haïssable » Pascal. 

-          « Qui accroît sa science accroît aussi sa douleur » La Bible. 

-          « Toute conscience est malheureuse » Hegel. 

-           « Ce n’est qu’à travers la guerre qu’on peut abolir la guerre. Si tu veux qu’il n’y ait plus de fusils, prends donc ton fusil. » Mao Zedong.

 -          « Des malheurs évités le bonheur se compose ». Schopenhauer 

-          « L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux ce qui est bon pour l’espèce ; elle veut la discorde » Kant. 

-          « La justice est ce doute sur le droit qui sauve le droit » Alain. 

-          « La vraie morale se moque de la morale ». Pascal. 

-          « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger». Térence. 

-          « Chaque homme porte  la forme entière de l’humaine condition » Montaigne. 

-          « Le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile » Pierre-George Cabanis. 

-          « On ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu’apprendre à philosopher ». Kant 

-          « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe c’est de le transformer ». Marx. 

-          « Etre une conscience, c’est s’éclater vers le monde » Sartre. 

-          « La vérité est fille de la discussion » Gaston Bachelard. 

-          « Si Dieu n’existe pas tout est permis » Dostoeivsky. 

-          « Mort, où est ta victoire » ? St Paul. 

-          « L’art ne reproduit pas la visible, il rend visible » Paul Klee. 

-          « Toute histoire est contemporaine » Benedetto Croce. 

-          « Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude ». Nietzsche. 

-          « L’histoire avance par ses mauvais côtés » Marx. 

-          « L’art est un mensonge qui nous faire comprendre la vérité » Orson Welles 

-          « Esse est percipi » Berkeley. 

-          « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » (Rousseau)  -          « Nul n’est méchant volontairement » (Platon) 

-          « Aime et fais ce que tu veux » (Saint Augustin) 

-          « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » (Pascal) 

-          « La nature est un livre écrit en langage mathématique » (Galilée) 

-          « La foule, c’est le mensonge » (Kierkegaard) 

-          « Je pense, donc je suis » (Descartes) 

-          « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison » (Freud) 

-          « Connais-toi toi-même » (Socrate-Platon) 

-          « Le seul crime réel de l’homme serait de troubler l’ordre de la nature » (Sade) 

-          « Et ne cesse de sculpter toi-même ta propre statue » (Plotin) 

-           « Le conflit est père de toutes choses » (Héraclite) 

-          « Il faut qu’en aimant les lois on sache les juger » (Condorcet) 

-          « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse) 

-          « Rien de grand ne s’est fait dans le monde sans passion » (Hegel) 

-          « Je est un autre » Rimbaud 

-          « L’homme est un loup pour l’homme » (Hobbes) 

-          « La mort n’est rien pour nous » (Épicure) 

-          « Deviens ce que tu es » (Nietzsche) 

-          « La vraie vie est absente » (Rimbaud) 

-          « La beauté n’est que la promesse du bonheur » (Stendhal) 

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Robert Badinter : Intervention au Sénat sur le projet de loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

Posté par chevet le 16 octobre 2010

 

01864292 Projet de loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public : Intervention de Robert Badinter au Sénat (séance du 14 septembre 2010)

 

« Madame la présidente, madame la ministre d’État, mes chers collègues,

 

toutes les convictions qui se sont exprimées au cours de ce débat sont honorables, et je conçois parfaitement qu’une diversité d’approches se manifeste, notamment sur le plan juridique, dès l’instant où, unanimement, nous condamnons le port de la burqa ou du niqab.

 

Je commencerai par deux observations d’ordre juridique.

 

Je souhaite d’abord adresser une recommandation à Mme la présidente, en ce qu’elle représente le président du Sénat. Quel que soit le texte voté, il faut que le président du Sénat, comme celui de l’Assemblée nationale, le défère au Conseil constitutionnel. Je rappelle que le Premier ministre a demandé l’avis du Conseil d’État, mais qu’il ne l’a pas suivi, en tout cas pas complètement, et que, sur cette question, l’Assemblée nationale a adopté une position différente. Par conséquent, le risque existe. Je n’aurai garde de prendre part à la discussion sur l’étendue de ce risque. Il revient maintenant au Conseil constitutionnel de se prononcer pour savoir si ce texte est constitutionnel ou non. Il doit être saisi immédiatement pour éviter que ne perdure une sorte d’indécision juridique, toujours préjudiciable quand il s’agit d’une question de cette importance, et que l’on soit contraint d’attendre l’inévitable question prioritaire de constitutionnalité. Je souhaite que cela soit fait. Je ne suis pas absolument convaincu que ce ne soit pas déjà l’opinion du président du Sénat et de celui de l’Assemblée nationale.

 

Sur la conventionnalité, ensuite, je formulerai deux remarques. Dans un arrêt du 13 février 2003, la Cour européenne des droits de l’homme a adopté une position très claire sur les mesures d’interdiction de tous ordres prises par le gouvernement turc, soulignant qu’elles étaient parfaitement compatibles avec la Convention européenne des droits de l’homme. En 2010, une nouvelle décision est intervenue, dont il a été fait état au cours de ce débat : il s’agissait d’hommes portant des tenues montrant leur adhésion à une fraction religieuse extrême. Je le précise pour une raison simple : la Cour européenne des droits de l’homme a souligné que le problème était d’ordre religieux. Or la question dont nous débattons aujourd’hui n’est pas celle de l’atteinte à la laïcité. C’est celle de l’égalité des femmes et des hommes, de l’égalité de droits, de condition, de la dignité et de la liberté des femmes, toutes choses qui n’étaient pas soumises à la Cour européenne des droits de l’homme dans son arrêt du 23 février 2010. Il n’est pas indifférent de le rappeler.

 

J’en viens à mon propos essentiel : pourquoi vais-je voter ce projet de loi ?

 

N’étant pas naïf, je sais très bien quelles étaient les motivations politiciennes à l’origine de ce besoin soudain de légiférer dans ce domaine. Je laisse toutefois cela de côté… Certains se rendent dans les pays du Golfe et y constatent les progrès accomplis en matière de condition des femmes. D’autres, comme moi, s’intéressent à la vie des instances des Nations unies, en particulier du Conseil des droits de l’homme à Genève.

 

J’ai eu l’occasion de le dire aussi bien à la commission des affaires européennes qu’à la commission des affaires étrangères, nous ne devons pas nous aveugler : nous sommes en présence de deux visions des droits de l’homme et nous vivons l’un des affrontements idéologiques les plus durs que nous ayons connus depuis les années de la guerre froide. Ce conflit n’est pas, en effet, sans rappeler le temps où les communistes considéraient que s’opposaient deux visions des droits de l’homme, l’une bourgeoise, l’autre socialiste. Aujourd’hui, toutefois, il s’agit d’autre chose.

 

Au sein de ces instances, nous avons constamment face à face, d’un côté, tous les États démocratiques, qui soutiennent le principe de l’universalité des droits de l’homme, et, de l’autre, les États qui répondent que les droits de l’homme sont un cadeau fait par Dieu à l’homme pour le rendre plus heureux sur cette terre, mais qu’ils doivent être interprétés à la lumière de la charia.

 

Je pourrais citer un nombre important de textes qui reprennent cette position. Il n’est qu’à lire la dernière résolution proposée et votée sur l’initiative de la République islamique d’Iran lors de la 35e session du conseil des ministres des affaires étrangères de l’Organisation de la conférence islamique, qui réaffirme cette doctrine. Nous sommes bien là en présence d’un conflit majeur, en particulier pour les laïcs que nous sommes.

 

Lorsqu’interviennent des questions essentielles, telles que la peine de mort ou la résolution adoptée par le même conseil des ministres des affaires étrangères de l’Organisation de la conférence islamique en 2004, à la suite d’une protestation de l’Union européenne, sur la lapidation des femmes, cela prend tout son sens. La réponse fut : cela ne vous regarde pas, l’Union européenne n’a pas, au nom de sa conception des droits de l’homme, à nous donner de leçons sur ce que doit être la loi islamique.

 

Or il est des principes avec lesquels nous ne pouvons transiger, notamment celui qui nous occupe aujourd’hui, à savoir le principe fondamental, presque primordial, de l’égalité entre hommes et femmes. Nous ne cessons d’œuvrer pour le faire entrer plus avant dans nos sociétés.

 

Or, ce principe est défié. Et ceux qui le défient le font, croyez-moi, en connaissance de cause, pour tester nos facultés de résistance.

 

On ne peut pas transiger avec ce principe, s’accommoder d’un signe, d’un signal, d’une tenue. Car le voile est porté où, et par qui ? Ce sont les talibans qui contraignent les femmes à porter la burqa. Dès que les talibans prennent ou reprennent le pouvoir, la burqa devient obligatoire et, parallèlement, les filles sont retirées des écoles. C’est à ce moment-là que le port de la burqa prend toute sa signification. Au-delà même du port du voile intégral dans la rue, il faut voir le symbole qui est transmis, exprimé, inscrit dans cette tenue. Nous devons donc réagir. Il s’agit, je le répète, d’un principe avec lequel nous ne pouvons pas transiger, que nous ne pouvons pas abandonner.

 

Je rappelle simplement, mais c’est essentiel, que le droit à la liberté d’opinion figure dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. À l’époque, on avait précisé, ce qui était singulier, « même religieuse » ! Alors, la liberté d’opinion religieuse ? Oui ! La liberté de pratiquer sa religion ? Oui ! La laïcité les garantit à chacun.

 

Mes chers collègues, en interdisant le port du voile intégral dans l’espace public, vous n’empêchez personne de pratiquer sa religion. Ce n’est pas une dragonnade ou une inquisition ! Nous favorisons au contraire, comme je le souhaite, par la construction de mosquées et par l’expression constante de notre sympathie, de notre amitié, la garantie à tous ceux qui le veulent d’exercer leur croyance et leur foi.

 

En interdisant le port du voile dans l’espace public, vous n’empêchez pas celles qui le veulent de pratiquer leur religion, mais vous ne tolérez pas que les éléments les plus intégristes et les plus fanatiques affichent et proclament leur vision, que nous ne pouvons pas accepter, d’une société où les femmes disparaissent de l’espace public et ne sont plus que des fantômes. Cela, non !

 

Et c’est la raison pour laquelle je voterai ce projet de loi ».

 

 (Applaudissements sur l’ensemble des travées.)

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