sujets de philosophie du bac général 2010

Posté par chevet le 18 juin 2010

BACCALAURÉAT GÉNÉRAL SESSION 2010

PHILOSOPHIE

Série L

Durée de l’épreuve : 4 heures – coefficient : 7

Vous traiterez l’un des trois sujets suivants :

1er sujet

 

La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée ?

2e sujet

Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?

3e sujet

Expliquez le texte suivant :

Parce que les actes humains pour lesquels on établit des lois consistent en des cas singuliers et contingents, variables à l’infini, il a toujours été impossible d’instituer une règle légale qui ne serait jamais en défaut. Mais les législateurs, attentifs à ce qui se produit le plus souvent, ont établi des lois en ce sens. Cependant, en certains cas, les observer va contre l’égalité de la justice, et contre le bien commun, visés par la loi. Ainsi, la loi statue que les dépôts doivent être rendus, parce que cela est juste dans la plupart des cas. Il arrive pourtant parfois que ce soit dangereux, par exemple si un fou a mis une épée en dépôt et la réclame pendant une crise, ou encore si quelqu’un réclame une somme qui lui permettra de combattre sa patrie. En ces cas et d’autres semblables, le mal serait de suivre la loi établie ; le bien est, en négligeant la lettre de la loi, d’obéir aux exigences de la justice et du bien public. C’est à cela que sert l’équité. Aussi est-il clair que l’équité est une vertu. L’équité ne se détourne pas purement et simplement de ce qui est juste, mais de la justice déterminée par la loi. Et même, quand il le faut, elle ne s’oppose pas à la sévérité qui est fidèle à l’exigence de la loi ; ce qui est condamnable, c’est de suivre la loi à la lettre quand il ne le faut pas. Aussi est-il dit dans le Code (1) : « II n’y a pas de doute qu’on pèche contre la loi si, en s’attachant à sa lettre, on contredit la volonté du législateur ». II juge de la loi celui qui dit qu’elle est mal faite. Mais celui qui dit que dans tel cas il ne faut pas suivre la loi à la lettre, ne juge pas de la loi, mais d’un cas déterminé qui se présente.

 

Thomas d’Aquin, Somme théologique

1 Il s’agit du Code publié par Justinien en 529 : il contient la plus grande somme connue de droit romain antique.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

 

BACCALAURÉAT GÉNÉRAL SESSION 2010 PHILOSOPHIE
SÉRIE ES
Durée de l’épreuve : 4 heures

 

Coefficient : 4

 

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

 

1er SUJET

Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ?

2ème SUJET

Le rôle de l’historien est-il de juger ?

3ème SUJET

Expliquez le texte suivant :

La morale de notre temps est fixée dans ses lignes essentielles, au moment où nous naissons ; les changements qu’elle subit au cours d’une existence individuelle, ceux, par conséquent, auxquels chacun de nous peut participer sont infiniment restreints. Car les grandes transformations morales supposent toujours beaucoup de temps. De plus, nous ne sommes qu’une des innombrables unités qui y collaborent. Notre apport personnel n’est donc jamais qu’un facteur infime de la résultante complexe  dans laquelle il disparaît anonyme. Ainsi, on ne peut pas ne pas reconnaître que, si la règle morale est oeuvre collective, nous la recevons beaucoup plus que nous ne la faisons. Notre attitude est beaucoup plus passive qu’active. Nous sommes agis plus que nous n’agissons. Or, cette passivité est en contradiction avec une tendance actuelle, et qui devient tous les jours plus forte, de la conscience morale. En effet, un des axiomes fondamentaux de notre morale, on pourrait même dire l’axiome fondamental, c’est que la personne humaine est la chose sainte par excellence ; c’est qu’elle a droit au respect que le croyant de toutes les religions réserve à son dieu ; et c’est ce que nous exprimons nous-mêmes, quand nous faisons de l’idée  d’humanité la fin et la raison d’être de la patrie. En vertu de ce principe, toute espèce d’empiètement sur notre for intérieur nous apparaît comme immorale, puisque c’est une violence faite à notre autonomie personnelle. Tout le monde, aujourd’hui, reconnaît, au moins en théorie, que jamais, en aucun cas, une manière déterminée de penser ne doit nous être imposée obligatoirement, fût-ce au nom d’une autorité morale.

DURKHEIM, L’éducation morale

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

BACCALAURÉAT GÉNÉRAL Session 2010

PHILOSOPHIE

Série S

Durée : 4 heures Coefficient : 3

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants.

1er sujet :

L’art peut-il se passer de règles ?

2ème sujet :

Dépend-il de nous d’être heureux ?

3ème sujet :

Expliquer le texte suivant :

L’ignorance des causes et de la constitution originaire du droit, de l’équité, de la loi et de la justice conduit les gens à faire de la coutume et de l’exemple la règle de leurs actions, de telle sorte qu’ils pensent qu’une chose est injuste quand elle est punie par la coutume, et qu’une chose est juste quand ils peuvent montrer par l’exemple qu’elle n’est pas punissable et qu’on l’approuve. […] Ils sont pareils aux petits enfants qui n’ont d’autre règle des bonnes et des mauvaises manières que la correction infligée par leurs parents et par leurs maîtres, à ceci près que les enfants se tiennent constamment à leur règle, ce que ne font pas les adultes parce que, devenus forts et obstinés, ils en appellent de la coutume à la  raison, et de la raison à la coutume, comme cela les sert, s’éloignant de la coutume quand leur intérêt le requiert et combattant la raison aussi souvent qu’elle va contre  eux. C’est pourquoi la doctrine du juste et de l’injuste est débattue en permanence, à la fois par la plume et par l’épée. Ce qui n’est pas le cas de la doctrine des lignes et des figures parce que la vérité en ce domaine n’intéresse pas les gens, attendu qu’elle ne s’oppose ni à leur ambition, ni à leur profit, ni à leur lubricité. En effet, en ce qui concerne la doctrine selon laquelle les trois angles d’un triangle sont égaux à deux angles d’un carré, si elle avait été contraire au droit de dominer de quelqu’un, ou à l’intérêt de ceux qui dominent, je ne doute pas qu’elle eût été, sinon débattue, en tout cas éliminée en brûlant tous les livres de géométrie, si cela eût été possible à celui qui y aurait eu intérêt.

HOBBES, Léviathan

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dontil est question.

 

Séries technologique, Bac 2010.

Sujet 1 :  L’art peut-il se passer d’une maîtrise technique?

Sujet 2 : Une vie heureuse est-elle une vie de plaisirs ?

Sujet 3 : Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit abordé dans son ensemble.

« La communauté politique la plus libre est celle dont les lois s’appuient sur la saine raison. Car, dans une organisation fondée de cette manière, chacun, s’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire s’appliquer de tout son cœur à vivre raisonnablement. De même, les enfants, bien qu’obligés d’obéir à tous les ordres de leurs parents, ne sont cependant pas des esclaves ; car les ordres des parents sont inspirés avant tout par l’intérêt des enfants. Il existe donc selon nous une grande différence entre un esclave, un fils, un sujet, et nous formulerons les définitions suivantes : l’esclave est obligé de se soumettre à des ordres fondés sur le seul intérêt de son maître ; le fils accomplit sur l’ordre de ses parents des actions qui sont dans son intérêt propre ; le sujet enfin accomplit sur l’ordre de la souveraine Puissance* des actions visant à l’intérêt général et qui sont par conséquent aussi dans son intérêt particulier. »

Spinoza.

* La souveraine Puissance : l’instance qui détient l’autorité politique.1) Dégagez la thèse de ce texte et montrez comment elle est établie.
A) Montrez en quoi l’obéissance de l’enfant et du sujet se distingue de l’esclave.
B) Pourquoi le sujet agit-il « aussi dans son intérêt particulier » lorsqu’il accompli des « actions visant à l’intérêt général »?
C) Quelle est la définition de la liberté sur laquelle s’appuie l’argumentation de Spinoza ? Expliquez l en vous servant des exemples du texte.

2) Est-on d’autant plus libre que les lois auxquelles on obéit s’appuient sur la raison ?

 

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Prépa IEP 2010 (Fougères) : Plan du cours sur les médias.

Posté par chevet le 11 juin 2010

PREPA IEP 2010

QUESTIONS CONTEMPORAINES

 

THEME : LES MEDIAS.

Plan du cours :

 

Introduction générale.

PREMIERE PARTIE : MEDIAS ET VERITE.

I) L’information marchandise.

- Les dérives de l’information.
- La rentabilité est l’ennemie de l’information.
- « Le temps de cerveau humain disponible ».

II) Abondance et vitesse médiatique.

- Médias et culture.
- Information et communication.
- Les effets pervers de l’abondance.
- La « malinformation ».

III) La « société du spectacle » (Guy Debord).

- Vérité et visibilité de la « vidéosphère ».
- Le mouvement situationiste.

IV) Guerre et médias.

- Le contrôle de l’information.
- NTIC et risque de manipulation.

V) Censure et concentration.

- Le mur de la censure en démocratie.
- Puissances d’argent et absence de pluralisme.

VI) Bourdieu et la critique de la télévision

- Résumé des idées de l’ouvrage.

VII) Les médias sont-ils le reflet de l’opinion publique ?

- Un exemple d’approche du sujet : la question des sondages.

 

SECONDE PARTIE :  MEDIAS ET LIBERTE.

I) La puissance des médias.

- Le « viol des foules » par la propagande.
- L’école de Francfort.
- La fabrique du consentement : les médias comme illusions nécessaires (Noam Chmosky).

II La limite du pouvoir médiatique.

- Passivité et activité des récepteurs.
- « Le message, c’est le médium » (Mc Luhan).

III) Médias et démocratie.

-      Démocratie et publicité des opinions
-      L’internaute : un citoyen éclairé ?
- Limites et dangers de la « démocratie électronique ».

Conclusion.

Documents annexes :

- Bibliographie.
- Recueil de textes.

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Quelques sites internet à consulter :

http://www.acrimed.org/

http://sciences-medias.ens-lsh.fr/

http://www.cem.ulaval.ca/concentration_medias/

http://www.observatoire-medias.info/

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DOCUMENTS ANNEXES. (Articles du Monde Diplomatique).

 

- « RÉINVENTER L’ISOLOIR »
Pour en finir avec les faux débats sur les sondages
(Juillet 1995)

 

La précision d’un sondage augmentant au fur et à mesure que se rapproche la date de l’élection, n’est-il pas paradoxal que, en France, on en interdise la publication à la veille d’une consultation ? Surtout quand, plusieurs mois avant le scrutin, on autorise la diffusion d’une débauche d’enquêtes dépourvues de tout statut scientifique ? Pourtant, avant même que les candidats se soient déclarés, alors que la campagne et le débat n’ont pas commencé, ce sont bien ces sondages-là qui alimentent le conditionnement de l’opinion publique.

 

Par Patrick Champagne

 

« Tout au long de la récente campagne électorale en France, on a pu constater à quel point les sondeurs ont été omniprésents et aussi fortement critiqués, certains accusés de manipulations politiques, et tous d’incompétence. Si le problème n’a pas encore trouvé sa solution, c’est parce que règne, en ce domaine, une confusion extrême qui conduit à mal penser un problème en définitive relativement simple.
En premier lieu, il convient de savoir de quel type d’enquêtes il s’agit. En période préélectorale, l’essentiel des sondages publiés ne visent pas l’opinion publique, mais les intentions de vote. Or la critique qui vaut pour les uns ne vaut pas pour les autres et les reproches habituellement faits aux sondages d’opinion proprement dits ne peuvent en l’occurrence être présentés.
Un sondage préélectoral n’est, dans son principe, guère critiquable, mais à deux conditions expresses. La première est qu’il soit réalisé de manière techniquement satisfaisante. Les sondeurs ont acquis en ce domaine, en France, un savoir-faire indiscutable. Seconde condition : il faut que le sondage préélectoral soit effectué dans les jours qui précèdent le scrutin. A ces deux conditions, et à ces conditions seulement, on peut parler de sondage préélectoral. Ces enquêtes sont assez fiables et donnent, à la veille d’un scrutin, une image souvent fidèle des intentions de vote.
Or il est paradoxal de constater que les critiques les plus virulentes portées, durant la dernière élection présidentielle en France, contre les sondeurs concernaient précisément ces sondages. Ils se seraient trompés en ne donnant pas, lors du premier tour de l’élection, les scores exacts des candidats et surtout le bon ordre d’arrivée. Cette réaction appelle deux remarques.
En premier lieu, on rappellera que, d’un point de vue technique qu’il serait trop long de développer ici, l’ »erreur » des sondeurs était peu importante (inversion de 3 points) et ne portait que sur deux des huit candidats en présence. Mais surtout, ce type de critique est assez illogique. D’une part, cela semble signifier que si les sondeurs « ne s’étaient pas trompés », ils auraient été irréprochables. D’autre part, une telle critique oublie que dès lors qu’un sondage préélectoral est publié et largement commenté dans les médias avant l’élection, il est pris en compte par un certain nombre d’électeurs qui vont l’intégrer comme variable dans leur choix final.
Si un sondage préélectoral ne devait surtout rien changer dans la décision des électeurs, on ne comprendrait pas que les politologues invoquent les grands principes (liberté d’expression, démocratie, etc.) pour exiger leur publication afin que les citoyens se décident en connaissance de cause. Il est donc normal que le vote final ne corresponde pas exactement aux chiffres donnés par les derniers sondages préélectoraux, ces derniers n’étant pas des pronostics, mais une simple information faisant partie de la campagne électorale.
Les sondeurs sont-ils alors irréprochables ? Non, bien sûr, mais pas pour les raisons que l’on croit. Les réactions virulentes des hommes politiques au sujet des sondages effectués et publiés en fin de campagne tendent à occulter le fait que les sondages les plus fantaisistes et surtout les plus structurants politiquement ne sont pas ceux-là, mais ceux réalisés en début et tout au long de la campagne électorale .
Les derniers en date ne font que livrer une ultime information aux électeurs sur l’état des rapports de forces politiques à la veille d’une consultation et donnent une idée de ce que seront les résultats probables de l’élection. En revanche, les enquêtes réalisées durant toute la campagne (parfois bien en amont de celle-ci) sont nombreuses, et pèsent lourdement sur le milieu politique, mais aussi sur la presse et, notamment, sur les grands médias nationaux (radio et télévision) qui invitent les candidats, organisent des débats et commentent la campagne électorale en fonction des résultats de ces enquêtes.

 

Or ces sondages sont peu fiables du fait qu’ils ne recueillent pas des opinions mobilisées, mais des déclarations en grande partie suscitées par l’enquête elle-même. Ils saisissent des intentions de vote souvent fictives, potentielles et non encore cristallisées. Ils ne peuvent, de ce fait, que pousser une large fraction de l’électorat ainsi consulté à donner, lorsqu’il en donne, des réponses provisoires, souvent sans lendemain parce que sans conséquences.
Qu’une même question (« pour qui pensez-vous voter? ») puisse susciter des réponses n’ayant pas la même valeur technique ni le même statut épistémologique (ceux-ci variant selon le moment où elle est posée), n’est pas aisément compréhensible par les commanditaires de ce type de sondage qui imposent, sans précaution, pour les lire, une grille de lecture politique. Et cela d’autant plus qu’il est impossible de fixer le moment, variable selon les élections, à partir duquel un sondage préélectoral devient plus fiable et permet de faire des prévisions raisonnables.

 

Le traitement des indécis

 

AUTRE erreur majeure : le traitement des indécis. Dans ces sondages « préélectoraux », le taux d’indécis et de non-réponses, généralement très élevé en début de campagne électorale (plus de 60 % lors de la récente campagne présidentielle), est l’information la plus importante, plus importante que la répartition des voix de ceux qui ont apparemment choisi leur camp ou leur candidat. Si, comme le répètent les responsables des instituts de sondage, ces enquêtes ne donnent pas des pronostics mais constituent seulement des « instantanés » de l’état des intentions de vote, pourquoi n’en tirent-ils pas les conséquences logiques ? Pourquoi donnent-ils les résultats de ces enquêtes comme s’il s’agissait de votes effectifs ?
Sans doute les journalistes, à la suite des sondeurs, mentionnent-ils généralement ces taux dans leurs commentaires, mais c’est comme pour mieux s’en débarrasser aussitôt et proposer des répartitions d’intentions de vote indécis et non-réponses exclus . Or procéder ainsi, c’est commettre une double faute professionnelle. D’une part, ce mode de présentation des résultats implique une hypothèse hautement fantaisiste, à savoir que les indécis et les non-réponses se répartiront dans les mêmes proportions que ceux qui se sont déjà exprimés fermement. D’autre part, ce mode de calcul fausse la présentation de la situation politique en surévaluant les intentions de vote déclarées.
Dire, comme ce fut le cas par exemple, que tel candidat est à « 30 % d’intentions de vote contre 18 % seulement pour son adversaire » , lorsque 50 % seulement des enquêtés ont répondu de façon ferme, c’est donner une représentation inexacte de la réalité ; les véritables scores n’étant en fait que de 15 % et 9 % respectivement.
Ce mode de présentation n’est pas justifié s’agissant de ces enquêtes qui, précisément, ne sont pas assimilables à des votes mais sont de simples dispositifs visant à saisir l’état, à un moment donné, de la mobilisation électorale.
Le problème des sondages a été mal pensé, y compris du point de vue du fonctionnement du jeu politique. Toutes les réglementations prises antérieurement et toutes les propositions qui sont régulièrement faites, le plus souvent dans l’urgence et dans l’indignation, restent inefficaces ou sont irréalistes parce qu’elles sont faites à partir des anciens modes de pensée politiques.
Imposer, comme l’a fait, en France, la loi de 1977 de publier pour tout sondage une fiche technique indiquant la date de réalisation de l’enquête ainsi que la taille et la structure de l’échantillon de la population interrogée est bien un minimum. Mais cette mesure, qui vise précisément à empêcher la manipulation et les sondages fictifs, ne touche pas à l’essentiel. Les effets majeurs des sondages en politique résident ailleurs, notamment dans la formulation des questions posées et surtout dans l’interprétation qui est faite des réponses.
Quant à l’interdiction de publier des chiffres la semaine qui précède un scrutin, elle repose sur une représentation fétichisée et sacrée du rite électoral symbolisé par l’isoloir. Cette mesure légale, qui rassure (bien à tort) les politiques, a l’avantage de ne guère gêner les instituts de sondage, qui ont tout le temps nécessaire, en dehors de cette courte période, pour faire leurs affaires et gérer leur publicité (1), ni le milieu journalistique qui trouve dans ces données chiffrées matière à articles, à manipulations plus subtiles et à des mises en scène faciles (notamment mise en suspense de la compétition) pour intéresser le grand public à la « politique ».
Or, ce qu’il faut protéger, ce n’est pas l’isoloir mais la logique ayant présidé à son invention (2). L’isoloir a été créé pour mettre les électeurs à l’abri des pressions jugées illégitimes qui pesaient alors sur l’acte électoral. Le secret du vote visait notamment à mettre un terme aux menaces ou aux tentatives de corruption dont les membres des classes populaires étaient l’objet de la part des notables qui essayaient de maintenir leur pouvoir en obligeant les gens (souvent « leurs gens »), à « bien voter ». Ce type de pression est devenu très marginal. L’isoloir a progressivement changé de fonction. Vestige d’un état ancien du système politique qui voulait instaurer dans de bonnes conditions le suffrage universel (masculin), il est devenu le symbole quasi philosophique de l’acte électoral, de « l’électeur citoyen » censé voter individuellement et en conscience. Les pressions illégitimes pesant aujourd’hui sur le vote ont changé. Encore faut-il les identifier, dans la mesure où elles sont devenues plus subtiles.
Etendre la période d’interdiction de publication des sondages préélectoraux, avant la date du scrutin, d’une semaine à quinze jours, voire à un mois, revient, en fait, à maintenir l’interdiction des sondages les plus fondés (ceux qui précèdent le scrutin) et à laisser publier et commenter les sondages les plus fictifs (ceux qui en sont très éloignés), qui, en revanche, contribuent à transformer le débat public en discussion entre spécialistes de marketing politique. La solution préconisée par les politologues médiatiques qui consiste à lever toute interdiction de publication n’est pas plus satisfaisante, dans la mesure où cette disposition ne touche pas, elle non plus, aux sondages « préélectoraux » réalisés bien en amont du scrutin et tout au long de la campagne dont on sait pourtant à quels excès ils conduisent. Or les véritables pressions sur le vote, considérées aujourd’hui comme illégitimes aux yeux mêmes des acteurs politiques et médiatiques, viennent précisément de ces sondages « préélectoraux »-là.

 

Rumeurs et manipulations

 

DIRE, comme le font les politologues médiatiques qui se veulent les gardiens intransigeants des valeurs démocratiques, qu’un sondage préélectoral est une information légitime, indispensable aux citoyens, est un argument politique parfaitement recevable et mérite d’être pris en considération.
L’interdiction de publication, outre qu’elle engendre une inégalité en créant deux catégories de citoyens – la minorité qui a accès aux « confis » (les sondages confidentiels de dernière semaine), et les autres -, ne peut que favoriser la diffusion de rumeurs et les manipulations de dernière heure. Par ailleurs, il ne faut pas fétichiser une logique du choix électoral constituée à un moment donné de l’histoire de la démocratie, alors que les sondages n’existaient pas.
On ne voit pas au nom de quoi on pourrait interdire à l’électeur la possibilité, s’il le désire, de choisir son candidat ou son parti en « petit stratège amateur » comme le font ordinairement les professionnels de la politique.
Si l’on veut rester fidèle à la logique de l’isoloir et à la conception de la démocratie qu’elle implique, il faut autoriser la publication des sondages préélectoraux, mais à deux conditions expresses.
La première est que les résultats soient donnés d’une manière scientifiquement irréprochable, c’est-à-dire sans exclure les indécis et les « non-réponses » . La seconde : que cette publication ne soit autorisée que durant la seule semaine précédant l’élection . Les sondages sont alors les plus fiables et, surtout, ils sont proposés au bon moment, lorsque les électeurs doivent se prononcer.
En dehors de cette courte période, l’interdiction de toute publication de sondages « préélectoraux » ne peut être que bénéfique à la fois d’un point de vue scientifique (ils sont peu significatifs) et politique (ils encouragent trop dans les médias une vision « hippique » du débat politique). Le faux débat qui, une fois de plus, s’est instauré lors de la récente élection présidentielle en France a eu pour conséquence positive d’entraîner une crise de la croyance dans les sondages et les sondeurs. C’est une opportunité qu’il faut saisir au plus vite pour essayer enfin d’imposer une vraie solution à ce problème récurrent.
Il n’est pas question, bien entendu, d’interdire aux acteurs politiques le recours à la technologie des sondages. La véritable dérive réside dans le fait que, sous la pression des publicitaires politiques, des sondeurs et des journalistes, ce type de travail politique tend à tenir lieu de débat public au lieu de rester dans les arrière-boutiques des partis.  Cet aspect vénal de la politique devrait être seulement l’objet de revues spécialisées et non pas s’afficher dans les grands médias nationaux.
On ose à peine imaginer ce qu’aurait pu être la récente campagne électorale si les journalistes avaient dû renoncer à évoquer, sondages à l’appui, la lutte entre les deux dirigeants de la majorité (M. Chirac et M. Balladur) sans voir d’ailleurs que ceux qui s’affrontaient, au-delà des personnes, c’étaient en réalité deux états du champ politique.
L’un, ancien, s’appuyant principalement sur le travail de terrain et les organisations politiques ; l’autre, plus récent, reposant sur les taux de popularité et la manipulation à distance des électeurs par les médias.

 

Patrick Champagne (Sociologue; auteur de Faire l’opinion, le nouveau jeu politique, éditions de Minuit, Paris, 1990).

 

(1)  Ils en font également durant cette période, puisque l’interdiction ne porte que sur la publication. Ils réalisent donc des sondages « confidentiels » qu’ils peuvent d’ailleurs revendre à plusieurs clients.

 

(2)  cf. Alain Carignon, le Vote et la vertu , Presses de la FNSP, Paris, 1993.

 

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MYTHES ET DÉLIRES DES MÉDIAS
Télévision nécrophile (Mars 1990).
Par Ignacio Ramonet

 

LA Roumanie était une dictature, et Nicolae Ceausescu un autocrate. Partant de ces données vraies et indiscutables, la télévision s’est laissée aller une fois de plus, dans sa couverture des événements de Bucarest, à ses pires penchants morbides. La course au sensationnel l’a conduite jusqu’au mensonge et à l’imposture, entraînant dans une sorte d’hystérie collective l’ensemble des médias. Et même une partie de la classe politique. Les images du faux charnier de Timisoara, en particulier, ont bouleversé l’opinion, victime de grossières manipulations. Comment celles-ci sont-elles possibles dans une démocratie qui se définit aussi comme une « société de communication » ?

 

Le faux « scoop du siècle » diffusé par la télévision italienne le 5 février fera probablement date dans l’histoire des médias. Ce jour-là, Gianni Minoli présentateur à la RAI-2 du magazine « Mixer », un hebdomadaire d’informations, annonça la diffusion d’un « document majeur »  : la confession du juge Sansovino, qui avouait avoir truqué, avec l’accord des autres membres du tribunal électoral, les résultats du référendum de 1946 qui permit à l’Italie d’abolir la monarchie et de devenir une république. A la fin de la projection, et alors que le pays était sous le choc, Minoli dévoila la supercherie : le juge était un comédien, les « documents anciens », en noir et blanc, avaient été tournés en studio, avec des figurants ; bref, tout était faux, sauf l’émotion profonde ressentie par des millions de téléspectateurs. « Nous avons voulu montrer , disait en conclusion Gianni Minoli, comment on peut manipuler l’information télévisée. Il faut apprendre à se méfier de la télévision et des images qui nous sont présentées. »

 

Une telle leçon de morale devenait en effet nécessaire après la révélation fin janvier, que les images atroces du charnier de Timisoara, en Roumanie étaient le résultat d’une mise en scène (1) ; que les cadavres alignés sur des draps blancs n’étaient pas les victimes des massacres du 17 décembre, mais des morts déterrés du cimetière des pauvres et offerts complaisamment à la nécrophilie de la télévision.

 

Le faux charnier de Timisoara est sans doute la plus importante tromperie depuis l’invention de la télévision. Ces images ont eu un formidable impact sur les téléspectateurs qui suivaient depuis plusieurs jours avec passion les événements de la « révolution roumaine ». La « guerre des rues » se poursuivait alors à Bucarest, et le pays paraissait pouvoir retomber dans les mains des hommes de la Securitate quand ce « charnier » est venu soudain confirmer l’horreur de la répression.

 

Ces corps déformés s’ajoutaient dans notre esprit à ceux que nous avions déjà vus, gisant, entassés, dans les morgues des hôpitaux, et corroboraient le chiffre de « 4 000″ victimes des massacres de Timisoara. « 4 630″ précisait, par ailleurs, un « envoyé spécial » de Libération  ; et certains articles de la presse écrite intensifiaient le dramatisme : « On a parlé de bennes à ordures transportant d’innombrables cadavres vers des endroits secrets pour y être enterrés ou brûlés » , rapportait une journaliste du Nouvel Observateur (28 décembre 1989) ; « Comment savoir le nombre de morts ? Les chauffeurs de camions qui transportaient des mètres cubes de corps étaient abattus d’une balle dans la nuque par la police secrète pour éliminer tout témoin » , écrivait l’envoyé spécial de l’AFP ( Libération , 23 décembre 1989).

 

En voyant les cadavres de Timisoara sur le petit écran, on ne pouvait mettre en doute le chiffre de « 60 000 morts » , certains parlaient même de 70 000, qu’aurait provoqués en quelques jours l’insurrection roumaine (2). Les images de ce charnier donnaient du crédit aux affirmations les plus délirantes.

 

Diffusées le samedi 23 décembre à 20 heures, elles contrastaient avec l’atmosphère de la plupart des foyers où l’on préparait les fêtes de Noël. Comment ne pas être bouleversé par l’image de ce « témoin », en chemise à carreaux, tirant à l’aide d’un fil et soulevant par les chevilles les jambes d’une victime que l’on imaginait morte sous d’horribles tortures (3). D’autant que d’autres témoignages écrits le confirmaient, en ajoutant des détails épouvantables : « A Timisoara , racontait par exemple l’envoyé spécial d’ El Pais , l’armée a découvert des chambres de torture où, systématiquement, on défigurait à l’acide les visages des dissidents et des leaders ouvriers pour éviter que leurs cadavres ne soient identifiés  (4) . »

 

Devant cet alignement de corps nus suppliciés, devant certaines expressions lues – « des mètres cubes de corps » , « des bennes à ordures transportant des cadavres » … – d’autres images venaient inévitablement à la mémoire : celles des documentaires sur les horreurs des camps nazis. C’était insoutenable et nous regardions tout de même comme par devoir, en pensant à la phrase de Robert Capa, le grand photographe de guerre : « Ces morts auraient péri en vain si les vivants refusent de les voir. »

 

Les téléspectateurs éprouvaient une profonde compassion pour ces morts : « Beaucoup ont pleuré en voyant les images du charnier de Timisoara » , constate un journaliste (5). D’autres ont senti naître en eux un irrésistible sentiment de révolte et de solidarité : « J’ai vu toutes ces horreurs à la télé , raconte un témoin, alors que je préparais le réveillon ; j’étais pratiquement obligé de faire quelque chose  (6) . » « Electrisé par la Cinq et France-Info, avoue un journaliste, j’enrageais ; allions-nous abandonner un peuple entier aux bouchers de la Securitate ?  (7) . »
Les esprits s’enflammaient ; Gérard Carreyrou, après avoir vu de telles images, lançait sur TF 1 un véritable appel à la formation de brigades internationales pour partir « mourir à Bucarest » . Jean Daniel, constatant « le divorce entre l’intensité dramatique des faits rapportés par la télévision et le ton des gouvernants » , se demandait « si, nos gouvernants n’auraient pas intérêt de temps à autre à puiser leur inspiration dans la rue  (8) . » Et M. Roland Dumas, ministre des affaires étrangères, semblait lui donner raison en déclarant : « On ne peut assister en spectateur à un tel massacre. »

 

Le Panama moins palpitant que la Roumanie

 

AINSI, à partir d’images dont personne n’avait songé à vérifier l’authenticité, on en était arrivé à envisager une action guerrière, on parlait de droit d’ingérence et certains réclamaient même une intervention militaire soviétique pour écraser les partisans de Ceausescu…
On avait oublié qu’aujourd’hui l’information télévisée est essentiellement un divertissement, un spectacle. Qu’elle se nourrit fondamentalement de sang, de violence et de mort. En outre, la concurrence effrénée que se livrent les chaînes incite le journaliste à rechercher le sensationnel à tout prix, à vouloir être le premier sur le terrain et à envoyer sur le champ des images fortes, même s’il est matériellement impossible de vérifier que l’on n’est pas victime d’une manipulation ; et sans avoir le temps d’analyser sérieusement la situation (cela avait été le cas lors des événements de Pékin au printemps 1989). Ce rythme frénétique, insensé, la télévision l’impose aussi à la presse écrite, contrainte de renchérir sur le sensationnel au risque de s’engager dans les mêmes travers (9).

 

Les pouvoirs politiques, en revanche, n’ignorent pas cette perversion nécrophilique de la télévision, ni ses redoutables effets sur les spectateurs. En cas de conflit armé, on le sait, ils contrôlent strictement le parcours des caméras et ne laissent pas filmer librement. Un exemple récent : l’invasion américaine du Panama, contemporaine des événements de Bucarest. Alors que le nombre de morts y a été deux fois supérieur (environ 2 000, civils pour la plupart), personne n’a parlé de « génocide panaméen », ni de « charniers ». Parce que l’armée américaine n’a pas permis aux journalistes de filmer les scènes de guerre. Et une guerre « invisible » n’impressionne pas, ne révolte pas l’opinion publique. « Pas d’images de combats , constate un critique de télévision, déçu par les reportages sur le Panama, si ce n’est quelques plans confus de soldats braquant leurs armes vers une poignée de résistants dans le hall d’un immeuble  (10)  » .
Le Panama était infiniment moins palpitant que la Roumanie, devenue, comme l’ensemble des pays de l’Est depuis quelques mois, une sorte de territoire sauvage où n’existe aucune réglementation en matière de tournage. Tout y est filmable. C’est pourquoi les caméras, bridées par de multiples interdits à l’Ouest (11), s’enivraient soudain de liberté et s’abandonnaient à leurs pires penchants, à leur fascination morbide pour le scabreux, le sordide, le nauséeux.
La Roumanie était un pays fermé et secret. Peu de spécialistes en connaissaient les réalités. Et voilà que, à la faveur des événements, des centaines de journalistes (12) se retrouvaient au coeur d’une situation confuse, et devaient, en quelques heures, sans le secours des habituels attachés de presse, expliquer ce qui se passait à des millions de téléspectateurs. L’analyse montre qu’ils se sont bornés le plus souvent à reprendre des rumeurs insistantes, qu’ils ont reproduit, inconsciemment, de vieux mythes politiques ; et ont, paresseusement, raisonné par simple analogie.
Dans cette affaire roumaine, un mythe domine : celui de la conspiration. Et une analogie : celle qui assimile le communisme au nazisme. Ce mythe et cette analogie structurent presque tout le discours des médias sur la « révolution roumaine ». La conspiration est celle des « hommes de la Securitate », décrits comme innombrables, invisibles, insaisissables ; surgissant la nuit, à l’improviste, de souterrains labyrinthiques et ténébreux, ou de toits inaccessibles ; des hommes surpuissants, surarmés, principalement étrangers (arabes, surtout, palestiniens, syriens, libyens) ou nouveaux janissaires, orphelins élevés et éduqués pour servir aveuglément leur maître ; capables de la plus totale cruauté, d’entrer dans les hôpitaux, par exemple, et de tirer sur tous les malades, d’achever les mourants, d’éventrer les femmes enceintes, d’empoisonner l’eau des villes…
Tous ces aspects horribles que la télévision confirmait sont – on le sait aujourd’hui – faux. Ni souterrains, ni Arabes, ni empoisonnement, ni enfants enlevés à leurs mères… Tout cela était pure invention, rumeur. En revanche, chacun des termes de ces récits – « D’un bunker mystérieux , racontait par exemple une journaliste, Ceausescu et sa femme commandaient la contre-révolution, ces bataillons noirs, chevaliers de la mort, courant, invisibles, dans les souterrains…  (13)  » correspond exactement au fantasme de la conspiration, un mythe politique classique ayant servi à accuser, en d’autres temps, les jésuites, les juifs et les francs-maçons. « Le souterrain , explique le professeur Raoul Girardet, joue dans le légendaire symbolique de la conspiration un rôle toujours essentiel (…). Jamais ne cesse d’être sentie la présence d’une certaine angoisse, celle des trappes brusquement ouvertes, des labyrinthes sans espoir, des corridors infiniment allongés (…). La victime voit chacun de ses actes surveillé et épié par mille regards clandestins (…). Hommes de l’ombre, les hommes du complot échappent par définition aux règles les plus élémentaires de la normalité sociale (…). Surgis d’autre part ou de nulle part, les séides de la conspiration incarnent l’étranger au sens plein du terme  (14) . »

 

Ce mythe de la conspiration est complété par celui du « monstre ». Au pays de Dracula, il était facile de faire de Ceausescu (qui était incontestablement un dictateur et un autocrate) un vampire, un ogre, un satanique prince des ténèbres. Il incarne dans le récit mythique proposé par les médias le mal absolu, « celui qui s’empare des enfants dans la nuit, qui porte en lui le poison et la corruption  (15)  » . Seul moyen de le combattre : l’exorcisme, ou son équivalent, le procès (en sorcellerie), car alors « expulsé du mystère, exposé en pleine lumière et au regard de tous, il peut enfin être dénoncé, affronté, défié  (16)  » . Telle fut la fonction, mythique, cathartique (et non politique), du procès du couple Ceausescu qui, jadis, aurait sans doute péri sur un bûcher.

 

L’autre grande figure du discours sur la Roumanie est l’analogie. Analogie du communisme et du nazisme.

 

Les événements de Bucarest se sont produits après que tous les autres pays de l’Est – à l’exception de l’Albanie eurent connu une « révolution démocratique ». Certains journalistes ont senti comme un risque que le communisme, « autre barbarie du vingtième siècle » avec le nazisme, achève son parcours historique sans que sa fin puisse être associée à des images fortes, symboliques de sa « cruelle nature » .

 

Il fallait donc des images tragiques. Tout au long du dernier trimestre de 1989, l’effondrement du communisme s’était fait dans la joie (images festives de Berlin, images joyeuses des Tchèques place Venceslas…). Ce qui avait été une « tragédie » pour des millions d’hommes ne pouvait s’achever sur des images euphoriques. « Il était trop terriblement absurde , écrit par exemple un éditorialiste, que le communisme se dissolve sans bruit et sans éclat dans le seul reniement de ses acteurs. Le communisme, ce rêve immense de l’humanité, pouvait-il s’écrouler sans un fracas rappelant sa monstrueuse puissance  (17) ? » C’est cette logique qui, par avance, fait accepter les images du charnier de Timisoara. Ce charnier venait enfin confirmer l’analogie que beaucoup avaient à l’esprit. « J’aurai donc vu cela , s’exclame une journaliste devant les images du charnier, la fin du nazisme et aujourd’hui la Fin du communisme  (18) . »
Images nécessaires en quelque sorte. Aucun scepticisme, aucun sens critique ne pouvait les récuser, elles tombaient juste et arrivaient à point. Elles clôturaient la guerre froide et condamnaient à jamais le communisme dans l’esprit des hommes, comme les images des camps d’extermination avaient, en 1945, définitivement condamné le nazisme.
Mensongères, ces images étaient vraiment logiques. Et venaient ratifier la fonction de la télévision dans un monde où l’on tend à remplacer la réalité par sa mise en scène.

 

Ignacio Ramonet

 

(1)  Le Figaro , 30 janvier 1990.
(2)  On sait, aujourd’hui, que le nombre des morts – y compris les partisans de Ceausescu – ne dépasse pas 700 ; et qu’à Timisoara, il est inférieur à 100 ( le Monde , 14 février 1990).
(3)  Il s’agissait, en fait, du cadavre d’un inconnu retrouvé coincé dans un égout et que les pompiers avaient dû attacher par les pieds pour pouvoir le retirer.
(4)  El Pais , Madrid, 29 décembre 1989.
(5)  Le Nouvel Observateur , 28 décembre >89.
(6)  Libération , 27 décembre 1989.
(7)  Le Nouvel Observateur , 11 janvier 1990.
(8)  Ibid.
(9)  Lire à ce propos, Colette Braeckman, « Je n’ai rien vu à Timisoara », le Soir , Bruxelles, 27 janvier l990.
(10)  Cahiers du cinéma , février 1990.
(11)  Ces interdits sont tellement nombreux que les journaux télévisés, aux Etats-Unis, envisagent désormais de « reconstituer » les événements qu’ils ne peuvent filmer.
(12)  Le Journal des médias , 5 février 1990.
(13)  Le Nouvel Observateur , 28 décembre 1990.
(14)  Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques , Seuil, Paris, 1986.
(15)  Ibid.
(16)  Ibid.
(17)  Le Nouvel Observateur , 28 décembre 1990.
(18)  Ibid.

 

INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

 

Les ouvrages qui m’ont été le plus utiles pour construire ce cours :

 

Jean-Pierre Gérard, « Médias, mensonges et démocratie », (sous la direction de), PUR, 2005.
Noam Chomsky, « Propagande, Médias et démocratie », Edition Ecosociété, 2004.
Dominique Wolton, « Informer n’est pas communiquer »  cnrs Editions, 2009.
Erik Neveu, Une société de communication ?, Ed. Montchrestien 2006.
Bourdieu Pierre, Sur la télévision,  Raisons d’agir, 1996.

 

Bibliographie généraliste sur les médias :

 

- Balle Françis, « Médias et société », 2003. Et « Les médias », PUF, Que sais-je ? 2007.
- Grégory Derville, « Le pouvoir des médias, mythes et réalités », PUG 2005.
- Rémi Reiffel, « Sociologie des médias », Ed. Ellipses, 2005.
- « Les grandes questions des médias », in Les guides de l’étudiant, 2005.
- Nathalie. Sonnac, Jean J. Gabszewicz, « L’industrie des médias », La découverte, 2006.
- L. Chatel, P. Merlant, « Médias, la faillite d’un contre pouvoir », Fayard 2009.
- Charon J.M. « Les médias en France », La découverte, 2003.
- R. Rieffel, « Que sont les médias ? Pratiques, identités, influences », Folio-actuel, Gallimard, 2005.
- Marie Benilde, « On achète bien les cerveaux. Médias et publicité », Ed. Raisons d’Agir, 2006.
- P. Sergent, « La trahison des médias ». Ed. Bourrin, 2007.
- J.N. Jeannemey, « Une histoire des médias », coll. Point histoire, 2003.
- P. Chabaud, « Médias, pouvoir et société », Ed. Ellipses, 2002.
- Thibault, « Comprendre les médias », Ed. Ellipses, 2005.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

 

Kant, « Qu’est-ce que les Lumières ? » (1784), Edition Classiques et Cie, 2007.
Benjamin Constant, « Principes de politique » (1806), Chapitre 16, « De la liberté de la presse », Ecrits politiques, Folio-Essais, 1997.
Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1835-1840), Livre II, Deuxième partie, Chapitre 6 : « Du rapport des associations et des journaux », Ed. Folio-Histoire, 1961.
Georges Gusdorf « La communication » in La parole, P.U.F. 2008.
Michel Foucault, L’ordre du discours, Gallimard, 1971.
Jürgen Habermas, Morale et communication (1983), Champs Flammarion, 1999.
Géraldine Muhlmann, Du journalisme en démocratie, Editions Payot et Rivages, 2004.
Marshall Mc Luhan, Pour comprendre les médias, Editions « Points », 1968.
Guy Debord, La société du spectacle (1967), Ed Livre de Poche, 2008.
Régis Debray, Cours de médiologie générale, Gallimard, 1991.
Manifestes médiologiques, Gallimard 1994.
Vie et mort de l’image. Une histoire du regard, en Occident 1992.
Le lynchage médiatique, dossier dirigé par Guy Coq et Charles Conte, Revue Panoramiques, 1998.
Dominique Wolton, 1) Eloge du grand public. Une théorie critique de la télévision, Ed. Champs-Flammarion, 1990. 2) Internet et après. Une théorie critique des nouveaux médias, Ed. Champs-Flammarion, 2000.

 

U. Eco et J.C. Carrière, N’espérez pas vous débarrasser des livres, Grasset, 2009 (aussi ici : « Le livre, cet objet parfait », le Point : http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/2009-10-22/umberto-eco-le-livre-cet-objet-parfait/989/0/388290).

 

Articles

 

« Lien social et mass médias », Georges Decourt (accessible sur le Net).
« Complexité dans les médias. Une lecture d’Edgar Morin », Evelyne Brausser (accessible sur le Net).
« Les médias contre la démocratie », J.C. Guillebaud, revue Esprit, Mars n° 1013.
« Les médias : déficit d’autorité, excès de pouvoir » M.O. Padis, revue Esprit, Mars 2005.
- « La victoire des médias, entretien avec D. Wolton, Sciences humaines, Hors série n°11, « la communication, état des savoirs, déc. 1995.

 

Un nouveau rapport au monde

 

Serge Tisseron, Virtuel mon amour. Penser, aimer, souffrir, à l’ère des nouvelles technologies, Albin Michel, 2008.
Jean Baudrillard, Le crime parfait, Editions Galilée, 1995.
L’écran total 1997.
Karl Popper, John Condry, La télévision, un danger pour la démocratie, Anatolia Editions, 1994.
Philippe Breton, L’utopie de la communication. Le mythe du village planétaire, La découverte Poche, (1992), 1997.
Jacques Rigaud, Le Prince au miroir des médias. Machiavel 1513-2007, Arléa, 2007.
Bernard Stiegler, La télécratie contre la démocratie, Flammarion, 2006.
Roger Dadoun, La télé enchaînée. Pour une psychanalyse politique de l’image, Editions Homnisphéres, 2008.
Alain Finkielkraut, Paul Soriano, Internet, l’inquiétante extase, Ed. Mille et une nuits, 2001.
Ignacio Ramonet, La tyrannie de la communication, Galilée, 1999 (138F)
Patrick Champagne, Le journalisme entre précarité et concurrence, Paris, Liber, n° 29, décembre 1996

 

Articles du Monde diplomatique sur l’évolution du métier de journaliste et sur les médias

 

- Yves Eudes, Les vidéo-vautours de Los Angeles, octobre 1993
- Philippe Quéau, Alerte : leurres virtuels, février 1994
- Edgar Roskis, Un génocide sans image, novembre 1994
- Edgar Roskis, Images truquées, janvier 1995
- Serge Halimi, Un journalisme de révérence, février 1995
- Dan Schiller, Les marchands à l’assaut d’Internet, mars 1997

http://www.monde-diplomatique.fr/1997/03/SCHILLER/8029.html

- Bruno Guissani, Révolution dans l’information, octobre 1997

http://www.monde-diplomatique.fr/1997/10/GIUSSANI/9300.html

- Angelo Agostini, Le journalisme au défi d’Internet, octobre 1997

http://www.monde-diplomatique.fr/1997/10/AGOSTINI/9299.html

- Serge Halimi, Un journalisme de racolage, août 1998

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/HALIMI/10830.html

- Eric Klinenberg, Journalistes à tout faire de la presse américaine, février 1999

http://www.monde-diplomatique.fr/1999/02/KLINENBERG/11643.html

 

-  La malinformation : plaidoyer pour une refondation de l’information, de François Heinderyckx (95 pages, éditions Labor , collection « quartier libre », septembre 2003).
-  La parole manipulée, de Philippe Breton.
-  Les Petits soldats du journalisme, de François Ruffin (éd. Les Arènes), 15 euros.
-  Informer sur l’information, par PLPL et Acrimed ( diffusion : Co-errances ).  Site : www.co-errances.org
-  Sociologie du journalisme, par Erik Neveu .
-  « Comment manipuler les médias : 101 recettes subversives », par Patrick Farbiaz (du collectif Les Pieds dans le PAF) .
-  Faire l’opinion,  de Patrick Champagne.
-  Les Nouveaux chiens de garde, de Serge Halimi.
-  Brochure des Renseignements généreux sur la critique des médias, avec outils, lectures, dans un esprit de synthèse.
-  Bévues de presse, J.P. le Tailleur. Sur le maljournalisme. Un site internet a été créé par l’auteur sur le même sujet.
-   » La fabrique de l’opinion publique  » par Noam Chomsky et Edward S. Herman, aux éditions du Serpent à plumes.
-  » Comprendre le pouvoir  » par Noam Chomsky, aux éditions Aden.

 

Bibliographie pour aller encore plus loin !

 

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BAUDRILLARD Jean, Le système des objets, Gallimard, Paris, 1968.
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BOURDIEU Pierre. Sur la télévision, suivi de L’emprise du journalisme, Liber-Raisons
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RIEFFEL Rémy, Que sont les médias ?, Pratiques, identités, influences, « Folio/actuel »,
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Revue Réseaux n° 70 MEDIA IDENTITE CULTURE DES SENTIMENTS
Revue Réseaux n° 68 THEORIES DE LA RECEPTION
« La télé réalité, un débat mondial. Les métamorphoses de Big Brother », dirigé par Guy
Lochard et Guillaume Soulez, Médiamorphoses, Hors-série, INA/PUF, 2003.
Revue Sciences Humaines, « Qui a peur de la culture de masse ? », n°170, avril 2006.

 

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