Des tueurs « ordinaires », le 101ème bataillon de réserve de la police allemande…

Posté par chevet le 31 août 2009

Christopher R. BROWNING, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, traduit de l’anglais par Elie Barnavi, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Les Belles Lettres, Collection Histoire, 1994, 284 p.

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Christian CHEVA NDIER

Le texte intégral est disponible en libre accès depuis le 26 mars 2003.
Texte intégral

Trois années s’étaient écoulées entre la parution à New York en 1985 de The Destruction of the European Jews, l’ouvrage monumental de Raul Hilberg sur la Shoah, et son édition en traduction française, aux éditions Fayard. C’est aussi rapidement que fut édité en langue française Ordinary Men. Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland, ouvrage paru en 1992 d’un de ses élèves, Christopher R. Browning, qui en aborde un aspect jusqu’à présent peu étudié.

C’est en utilisant les archives de procès et d’enquêtes judiciaires menées de 1962 à 1972 en République fédérale allemande à l’encontre de réservistes du 101e bataillon de la police, et particulièrement les témoignages de 210 de ces anciens soldats, près de la moitié des hommes de cette unité, que Christopher R. Browning a pu écrire ce livre. Il relate comment, dans la Pologne occupée, ils ont assassiné d’une balle dans la tête 38 000 juifs et en ont arrêtés 45 000, immédiatement déportés, puis gazés à Treblinka. Le récit précis, détaillé, des massacres et rafles commis par ces hommes est bien sûr pénible, pesant, mais se révèle indispensable pour mettre en perspective leurs personnalités.

Ils ne sont point des spécialistes, membres d’unités mobiles de la SS, les Einsatzgruppen, mais des hommes ordinaires, pour beaucoup quadragénaires, pères de famille, réservistes rappelés dans un corps chargé du « maintien de l’ordre » du fait de leur probable incapacité sur un champ de bataille. Cette recherche nous permet de comprendre comment ces hommes on pu perpétrer ces crimes. Originaires pour la plupart de Hambourg, ville assez hostile aux nazis, ils provenaient de milieux relativement peu perméables à l’idéologie du Troisième Reich. Ainsi, pour 63 % d’ouvriers (mais très peu d’ouvriers professionnels), 35 % d’employés (que le traducteur dénomme « petits-bourgeois »), seuls 2 % « exerçaient une profession relevant de la classe moyenne, et à un niveau très modeste, comme pharmacien et instituteur ».

Éloignés donc de l’image du tueur raciste fanatisé dès son enfance, puisqu’ils ont vécu la plus grande partie de leur âge adulte dans l’Allemagne de Weimar, ils eurent par surcroît la possibilité, mentionnée par leurs officiers, de se soustraire aux assassinats dont ils étaient chargés. Seuls 10 à 20 % ne participèrent pas aux massacres, et les raisons qu’ils avancent sont significatives : peur d’apparaître comme lâches, de « perdre la face ». Devant les enquêteurs, vingt à trente ans plus tard, les policiers tentaient des explications plus élaborées, tel un serrurier qui avait alors trente-cinq ans : « Je me suis efforcé, et j’ai pu le faire, de tirer seulement sur les enfants. Il se trouve que les mères tenaient leurs enfants par la main. Alors, mon voisin abattait la mère et moi l’enfant qui lui appartenait, car je me disais qu’après tout l’enfant ne pouvait pas survivre sans sa mère. C’était pour ainsi dire une manière d’apaiser ma conscience que de délivrer ces enfants incapables de vivre sans leur mère ». Ainsi que l’explique un des réfractaires : « Pour ce type d’action, les officiers prenaient des “hommes” avec eux, et à leurs yeux, je n’étais pas un “homme” ». Christopher R. Browning aborde à nouveau ces discours dans sa conclusion : « Insidieusement donc, la plupart de ceux qui n’ont pas tiré n’ont fait que réaffirmer les valeurs “machistes” de la majorité, selon lesquelles c’était une qualité que d’être assez “dur” pour tuer des civils non armés, des femmes et des enfants ».

Prendre part à ces massacres et à ces rafles n’était pas aussi aisé que pourraient le faire croire les récits des anciens policiers, parmi lesquels certains réfractaires expliquaient seulement leur refus par le fait qu’ils ne désiraient point faire carrière dans la police. Ainsi, l’auteur consacre un chapitre entier aux « étranges ennuis de santé du capitaine Hoffmann », auquel « le meurtre de masse […] faisait mal au ventre ». Un de ses subordonnés, ne trouvant pas le sommeil des décennies plus tard, alors qu’il tentait de dissimuler sa participation à des exécutions sommaires, alla spontanément témoigner auprès du procureur d’État de Hambourg chargé de l’enquête, en une démarche que l’on peut sans hésitation qualifier de thérapeutique. Une autre composante, dont il n’est pas effectué une approche synthétique, mérite d’être relevée : la consommation d’alcool, et particulièrement de schnaps, est évoquée de manière si récurrente que l’on est en droit d’estimer qu’il s’agit véritablement d’un élément constitutif de ce stade de la Shoah. Bien que cela soit un aspect largement secondaire de son étude, l’auteur aborde aussi les problèmes économiques, notamment de pénurie de main d’œuvre, consécutifs à l’extermination d’une partie de la population polonaise. Ainsi, les tanneries perdirent la plus grande part de leur personnel qualifié, mais firent aussi défaut des artisans d’autres corps, charrons, ébénistes, forgerons…

Ce travail d’une exceptionnelle importance a pu être effectué grâce à des sources uniques, datant des années soixante, et réalisées pour un autre usage. Aussi, si elles sont utilisées avec la rigueur qui s’impose à l’historien, elles se révèlent d’une toute autre nature que les sources orales recueillies directement par celui-ci dans le cadre de ses recherches. C’est le principal intérêt de cet ouvrage, qui est en train de devenir une indispensable référence, que d’aborder la Shoah par d’autres aspects que bureaucratiques, administratifs ou idéologiques. Les atrocités commises par le 101e bataillon de réserve de la police n’ont pu atteindre une telle ampleur que parce qu’elles étaient organisées et planifiées par l’État nazi, dans le cadre d’une politique dont la spécificité en est un élément primordial de compréhension. Mais la volonté de Christopher R. Browning de les mettre en rapport avec des crimes de guerre – à dimension raciste pour certains d’entre eux et ne relevant pas non plus du « délire du champ de bataille » – commis au cours de ce conflit, lui permet de révéler certaines clefs du comportement de ces policiers en évitant de sombrer dans des réductions germanophobes.

Christian CHEVANDIER, « Christopher R. BROWNING, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, traduit de l’anglais par Elie Barnavi, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Les Belles Lettres, Collection Histoire, 1994, 284 p. », Clio, numéro 1-1995, Résistances et Libérations France 1940-1945, [En ligne], mis en ligne le 26 mars 2003.
URL : http://clio.revues.org/index537.html. Consulté le 31 août 2009

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Explication d’un texte de Rousseau sur le bonheur, extrait de la Nouvelle Eloïse (par Lily Schieber, TL, 2008).

Posté par chevet le 26 août 2009

Texte : « Tant qu’on désire on peut se passer d’être heureux ; on s’attend à le devenir : si le bonheur ne vient point, l’espoir se prolonge, et le charme de l’illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet état se suffit à lui-même, et l’inquiétude qu’il donne est une sorte de jouissance qui supplée à la réalité, qui vaut mieux peut-être. Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme, avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel [de Dieu] une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et, pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Etre existant par lui-même [Dieu] il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas. Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n’est pas un état d’homme ; vivre ainsi c’est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable. Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse (1761), 6e partie, Lettre VIII, Flammarion, « coll. GF », 1967 .

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EXPLICATION DU TEXTE (Par Lily Schieber, TL)

La définition populaire de l’idée de bonheur consiste à dire qu’être heureux c’est avoir ce qu’on désire. Cette idée n’est point moderne. Dès l’antiquité, il existait déjà des philosophies hédonistes qui nous invitaient à rechercher le plaisir, à obtenir ce que nous désirons pour être heureux. Calliclés, dans le Gorgias de Platon, par exemple, nous dit que l’homme qui ne cherche pas à satisfaire ses désirs mène « une vie de pierre », et Epicure nous enseignait également qu’en apprenant à nous contenter de plaisirs simples nous pouvons trouver le contentement (ce qu’Epicure nomme « l’ataraxie », la tranquillité de l’âme) et ne pas souffrir du manque. Ainsi, le bonheur vient du fait que l’on doit apprendre à combler ses désirs : la fin du désir est le commencement de la vie heureuse. Cependant le sens même du mot « désir » semble indiquer qu’il ne peut jamais vraiment complètement être achevé et nous combler, le propre du désir étant de renaître perpétuellement, de sorte que la question se pose de savoir si le bonheur implique une amplification de nos désirs ou plutôt leur réduction. Le texte de Rousseau, extrait de Julie ou la nouvelle Héloïse (1761), repose alors ici cette question classique du juste rapport entre désir et bonheur pour nous affirmer paradoxalement que le bonheur vient, non pas du fait d’obtenir ce qu’on désire, ce qui met fin au désir et donc également au plaisir, mais résulte du désir lui-même, même s’il n’est pas satisfait. Le problème du texte est donc de savoir si le bonheur provient de l’art de mettre fin à son désir (ascétisme) ou bien si le bonheur se trouve plutôt dans l’art même de désirer, de renouveler sans cesse ses désirs (hédonisme).

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Il est vrai que désirer c’est en quelque sorte avoir l’âme troublée par une insatisfaction, un manque qui est nécessairement à la racine du désir et qui engendre une certaine forme de peine. On peut voir alors le désir comme la source de bien des maux. Pour résoudre ce problème certains pensent qu’il faut modérer ses désirs et apprendre à ne désirer que ce que nous pouvons obtenir facilement. Epicure, dans sa Lettre à Ménécée, nous conseille de profiter des plaisirs simples et naturels et de nous en contenter. Sans doute l’homme heureux peut-il apprendre à savourer des plaisirs plus subtils (boire un très bon vin par exemple) mais le jour où il n’y a que de l’eau, il ne faut pas s’en troubler et y trouver autant de plaisir. Les stoïciens, dans la même optique de « réduction des désirs » vont encore plus loin et pensant que le secret du bonheur consiste à désirer les choses telles qu’elles sont, comme elles arrivent (et non désirer ce qui n’est pas). Le bonheur consiste alors à se mettre en accord avec le monde tel qu’il et ne plus souffrir de désirs impossibles.

Dans la première partie de ce texte, en revanche, Rousseau donne un point de vue complètement inverse : il explique que ce trouble de l’âme, cette inquiétude produit par le désir, n’est pas un problème pour l’homme, au contraire. L’état de désirer « se suffit à lui-même » dit-il. Cela veut dire que le but du désir n’est pas tant au fond d’obtenir l’objet qu’il convoite, mais de désirer tout simplement. Lorsqu’on désire, on est soumis à une sorte de charme qui nous rend heureux parce que nous voyons alors, comme devant nous, un certain bonheur possible. Rousseau affirme même que le moment du désir et « l’inquiétude qu’il donne » provoque la jouissance et vaut mieux que le moment où cesse le désir par l’obtention de ce que l’on souhaitait. Comme George Bernard Shaw, l’a écrit dans Homme et surhomme (1903) : « Il y a deux tragédies dans la vie. l’une est de ne pas obtenir ce que l’on désire ardemment, et l’autre de l’obtenir.  » Il est vrai que le plaisir d’avoir une chose peut disparaître rapidement et quand on a une chose, on perd l’illusion et la passion de la désirer. Les chefs d’orchestre parlent de la tension et de la relâche dans la musique : plus on crée de la tension dans les harmonies et les rythmes, plus on expérimente la joie lorsque tout est relâché et que la musique se calme. Et puis, une fois que tout est fini, on se rend compte qu’on préfère le moment musical où la tension était la plus forte parce que sans elle, les moments harmonieux n’ont guère d’intérêt. C’est la même chose avec les désirs qui donnent à la vie ses moments de tension.

Ainsi contrairement à la théorie stoïcienne, Rousseau écrit : « malheur à qui n’a plus rien à désirer ». Si l’on suit cette logique selon laquelle l’état de désirer nous rend finalement plus heureux qu’une vie sans désir, il est évident que le bonheur suppose une amplification de ses désirs plutôt que leur réduction. Plus que cela même, Rousseau semble dire que l’homme est fait pour désirer, et que par le désir, il a « reçu du ciel une force consolante » qui l’aide à vivre. Dieu au fond aurait créé l’homme, mais sachant qu’il désirerait toujours et qu’il ne pourrait tout obtenir, il lui aurait donné ce don de consolation. Ainsi c’est l’imagination de l’homme qui fait que « l’on est heureux qu’avant d’être heureux » parce qu’elle nous donne la possibilité de désirer, de ne pas être directement satisfait mais de jouir du fait de pouvoir nous représenter le bonheur comme possible. Même si l’on ne croit pas que c’est Dieu qui a donné à l’homme cette force, on peut penser que Rousseau a raison : la force de l’homme est d’imaginer (ce que les animaux ne peuvent peut-être pas faire d’ailleurs) et c’est ce qui le rend heureux. Grâce à cette faculté, l’homme commence à désirer, ce qui donne à sa vie une certaine richesse. Même dans le pire des cas, l’homme peut toujours se projeter dans le futur pour imaginer un meilleur moment qui reste possible. Sartre nous dit que l’homme est totalement libre de choisir sa vie. Il est libre justement parce qu’il peut s’imaginer dans l’avenir faire ses choix. Imaginer et désirer c’est être heureux.

 Le problème n’est donc pas lé désir lui-même mais l’objet qui reste devant nous quand le désir est comblé. Une fois réalisé, ce qu’on désirait n’a plus de mystère, de surprise, de charme, bref, il ne possède plus les caractéristiques par lesquelles on l’a désiré. C’est là que l’homme rencontre la réalité, dans la déception, et c’est peut-être là qu’il se rend compte qu’il préfère son imagination. On trouve une certaine joie à obtenir ce qu’on voulait, bien entendu, mais ce n’est pas la même joie qu’on avait avant. Il ne s’agit pas d’une différence entre une joie plus forte ou plus faible mais il s’agit plutôt du temps qu’elle demeure. On peut désirer quelque chose pendant des années et pendant une partie importante de sa vie, et on peut aussi combler ce désir en un instant. Toute cette attente pour un moment de jouissance ? Une telle inégalité semble injuste à ceux qui ne voient pas le bonheur qu’apporte le désir même. En plus, achever un désir n’aide guère celui qui cherche à ne plus désirer parce que ce désir est immédiatement remplacé par un autre. C’est un cycle sans fin qui peut donner parfois l’impression qu’il ne vaut pas la peine d’essayer de combler ses désirs. Même s’il y a toujours une autre chose à désirer (qui peut sembler possible), il faut désirer. C’est en désirant que l’on cherche et progresse, comme individu ou comme membre de la société. Désirer et se satisfaire n’est pas vraiment un cycle mais plutôt une ligne qui avance à l’infini. Sans ce mouvement, l’homme ne trouverait pas son bonheur. C’est parce que l’homme n’est jamais vraiment satisfait, c’est parce que pour lui « il n’y a vraiment rien de beau que ce qui n’est pas » comme le dit Rousseau, qu’il fait des progrès dans sa vie et dans l’histoire. Si chaque homme était content, une fois réalisé un désir et ne voulait plus rien après, le monde serait un enfer de paix où personne ne lutterait pour rien.

****

Il est vrai que le désir alors est la source d’une peine mais comme Rousseau le dit « vivre sans peine n’est pas un état d’homme, vivre ainsi, c’est être mort ». On ne peut pas échapper en somme à la peine : mais qui le voudrait vraiment ? Sans le sentiment de la peine, on ne reconnaît pas les autre sentiments comme celui de la jouissance et de l’amour. Si dès la naissance on savait tout faire, on n’aurait pas besoin d’apprendre ni de vouloir, bref, si tout était donné à l’avance on ne serait rien, comme des plantes qui vivent et qui meurent sans rien vouloir ni désirer. Mais on n’est pas des plantes, on est des être humains qui désirent justement et qui cherchent, qui doivent subir la peine mais seulement parce qu’ils ont ensuite la chance de sentir la joie. C’est le désir qui donne alors la preuve de notre conscience, c’est le désir qui nous sépare des autres être vivants, et c’est le désir qui nous rend heureux. Le désir n’est donc pas une faiblesse de l’homme mais il est l’indice même de son humanité et de la possibilité qu’il a d’être heureux .

Devoir de philosophie, rédigé sur table, en 4 heures, par Lily Schieber (lycéenne américaine), le 21 mai 2008.

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sujets du bac de philosophie 2009

Posté par chevet le 24 août 2009

Sujets du Bac de philosophie 2009,

Série générales :

Série S : -

Sujet 1 : « Est-il absurde de désirer l’impossible ? »

- Sujet 2 : « Y-a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ? » -

Sujet 3 : : Un extrait de «De la démocratie en Amérique» de Tocqueville :

« Les affaires générales d’un pays n’occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu’ensuite ils se perdent de vue, il ne s’établit pas entre eux de liens durables. Mais quand il s’agit de faire régler les affaires particulières d’un canton par les hommes qui l’habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire. On tire difficilement un homme de lui-même pour l’intéresser à la destinée de tout l’État, parce qu’il comprend mal l’influence que la destinée de l’État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d’un premier coup d’oeil qu’il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu’on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l’intérêt particulier à l’intérêt général. C’est donc en chargeant les citoyens de l’administration des petites affaires, bien plus qu’en leur livrant le gouvernement des grandes, qu’on les intéresse au bien public et qu’on leur fait voir le besoin qu’ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire. On peut, par une action d’éclat, captiver tout à coup la faveur d’un peuple ; mais, pour gagner l’amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui font qu’un grand nombre de citoyens mettent du prix à l’affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s’entraider ».

Série L : -

Sujet 1 : Le langage trahit-il la pensée ? -

Sujet 2 : L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien? -

Sujet 3 : Un extrait du «Monde comme volonté et comme représentation» de SCHOPENHAUER.

« Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau. Or c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s’être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d’être revenu à l’état où l’on se trouvait avant l’apparition de ce désir. Le fait immédiat pour nous, c’est le besoin tout seul c’est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu’indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu’elles ont chassées tout d’abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n’en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu’il n’en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu’ils nous donnent, c’est d’écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s’offre à nous ».

Série ES :

- Sujet 1 : Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

- Sujet 2 : Que gagne-t-on à échanger ?

- Sujet 3 : Un extrait d’ «Essai sur l’entendement humain» de John LOCKE

« Quant à savoir s’il existe le moindre principe moral qui fasse l’accord de tous, j’en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire de l’humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l’être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l’accord du plus grand nombre ; c’est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l’abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux. Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique. La justice et la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l’équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu’ils acceptent et reconnaissent ? ».

Séries technologiques :

1er sujet :P eut-on être sûr d’avoir raison ?

2e sujet : La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

3e sujet :P our expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

 « La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s’évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte de sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n’est pas d’abolir ou de restreindre mais de préserver et d’élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d’après des lois, là où il n’y pas de lois, il n’y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu’il n’y a point de loi ; mais la liberté n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qu’il lui plaît (car qui peut être libre quand n’importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c’est une liberté de disposer et d’ordonner comme on l’entend sa personne, ses actions, ses biens, et l’ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté. » LOCKE

1. Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.

2. a) Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s’oppose dans ce texte

b) En vous appuyant sur l’image de la ligne 4, expliquez « guider [un agent libre et intelligent] vers ses propres intérêts »

c) Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément sur le texte.

3. La loi est-elle la condition de la liberté ?

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