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L’idée d’inconscient exclut-elle l’idée de liberté?

Posté par chevet le 26 février 2009

Corrigé du bac blanc

«  L’idée d’inconscient exclut-elle l’idée de liberté ?  »

ou

«  Reconnaître l’existence de l’inconscient, est-ce renoncer à l’idée même de liberté?  »

INTRODUCTION.

L’idée d’un inconscient psychique parait être, au regard de la théorie freudienne de l’esprit humain, une hypothèse nécessaire et légitime. Les données de la conscience sont effectivement trop lacunaires et insuffisantes pour expliquer un certain nombre de phénomènes psychiques comme certaines névroses. Il conviendrait donc de reconnaître l’existence d’un inconscient. Mais cette reconnaissance ne nous conduit-elle pas à l’idée d’un déterminisme psychique qui fait que la souveraineté du sujet est remise en question? Cette thèse, troisième « blessure narcissique » infligée à l’humanité selon Freud, parce qu’elle la priverait de son libre-arbitre et d’une réelle connaissance de soi, n’implique-t-elle pas une dépossession de soi au sens où l’homme ne serait plus le maître de lui-même, de ses actes et de ses pensées? Toujours ignorant des motifs inconscients qui le poussent à agir, il perdrait du même coup sa liberté, sa lucidité et deviendrait de ce fait le jouet de forces obscures.

Le problème sera donc de savoir dans ce devoir si la théorie de l’inconscient psychique implique nécessairement la perte de l’idée de souveraineté de soi ou bien si l’idée de liberté est encore concevable au sein de cette théorie. Certes, l’homme est obscur à lui-même, comme le disait Alain, mais cette obscurité affirmée est-elle ce qui rend l’homme aveugle à lui-même (et il faut ici souligner encore l’écart qui existe entre la conscience de soi et la connaissance de soi) et comme pris au piège de déterminismes sur lesquels il ne peut avoir aucun pouvoir, ou bien est-il possible de dire que, prenant conscience de cette obscurité en lui, l’homme serait alors invité à la considérer comme une influence dont il est possible de se délivrer? Nous verrons que pour répondre à cette question, nous devrons nous souvenir de la finalité thérapeutique de la psychanalyse.

PREMIERE PARTIE: RECONNAITRE L’EXISTENCE DE L’INCONSCIENT.

Il convenait de redéfinir d’une part l’idée d’un inconscient psychique (à ne pas confondre avec l’idée d’inconscience) et de resynthétiser rapidement l’ensemble des arguments qui tendent à nous dévoiler l’existence d’un inconscient à l’oeuvre.

A) Le concept d’inconscient.

* Il ne s’agit pas d’inconscience, simple absence de conscience qui est le propre de la conscience (dans l’oubli, la passion, l’habitude, l’aveuglement par l’alcool, dans l’inattention et les gestes automatiques) et qui aussi s’applique aussi aux mécanismes de notre nature corporelle dont l’exercice ne requiert aucune conscience (ex: le réflexe).

* Il s’agit d’une réalité psychologique irréductible à toute explication biologique ou physiologique, non consciente, mais créatrice de sens, de significations, siège de nos désirs et pulsions les plus profondes (libido).

Le concept d’inconscient conçu comme inconscient psychique est donc une réalité de notre esprit (et vous pouviez alors faire un rappel des topiques de Freud), un entre-deux entre le corps et la conscience mais qui peut être considéré comme le sol mental de notre subjectivité, ce moi profond dont on ne peut faire aucune biologie, aucune approche directe, le socle même qui fonde ma conscience, qui permet aussi sa compréhension.

B) Légitimité de cette hypothèse?

Cette idée réaffirmée, l’on pouvait s’attarder quelque peu aux arguments qui soutiennent cette hypothèse et nous permettent de rendre compte de certains comportements inexpliqués, de la continuité de la vie psychique malgré ses interruptions et des pathologies mentales: * Interruptions de la conscience: Oublis et souvenirs, sommeil et comas. * Actes manqués, rêves… (Cf. Psychopathologie de la vie quotidienne).* Psychose et névroses: les pathologies mentales. Vous pouviez donner des exemples.

Mais c’est surtout à travers les expériences hypnotiques et les suggestions post-hypnotiques (cf. cours) que l’on parvient véritablement à une sorte de démonstration de cette hypothèse qui nous apparaît alors comme nécessaire. Mais l’intérêt de cette expérimentation c’est qu’elle nous révèle non seulement l’inconscient comme un lieu de notre esprit (topos), mais aussi comme un principe actif et dynamique, comme réalité à l’oeuvre qui intervient dans la vie consciente et susceptible de force et d’hégémonie (). C’est l’idée qu’il convient d’examiner maintenant.

DEUXIEME PARTIE: C’EST RENONCER A LA LIBERTE.

Poser la question de la reconnaissance de l’inconscient, c’est donc d’abord traiter de la reconnaissance d’un « fait » psychologique (Problème anthropologique) mais c’est ensuite et peut être davantage traiter d’un problème moral puisque ce moi profond découvert me détermine à travers des processus inaccessibles à la conscience et hors de toute prise volontaire. Je renoncerais alors en reconnaissant cet inconscient à toute exigence morale et à toute idée de liberté. L’expérience des suggestions post-hypnotiques est décisive de ce point de vue parce qu’elle révèle cette idée d’un déterminisme psychique qui gouverne, une causalité en acte. Mon inconscient m’aliène et domine mes pensées même lorsqu’elles ignorent cette domination à laquelle rien n’échappe: c’est l’idée du déterminisme psychique selon lequel l’essentiel en nous échappe à l’emprise de notre volonté et à notre conscience.

A) Le principe du déterminisme .

Le déterminisme psychique se manifesterait clairement dans un certain nombre de comportements, (pas seulement des comportements névrotiques et psychotiques) à partir desquels il apparait que l’inconscient à l’oeuvre est une puissance active susceptible d’engendrer des troubles de toutes sortes contre lesquelles la conscience semble démunie. L’homme ne serait donc plus « le maître dans sa propre maison » comme le dit Freud dans Une difficulté de la psychanalyse. La théorie de l’inconscient psychique introduit l’idée d’une fatalité au sein de la vie de l’esprit qui devient une sorte de destin intérieur et psychologique et fait de l’homme un être prisonnier de ses fantasmes. Selon freud, aucun phénomène psychique n’est dépourvu de cause et par suite, de sens. Rien n’est gratuit dans notre esprit et nos conduites, et tout à un sens: il n’y a pas de hasard. Tout acte, tout mot, se trouvent toujours situés dans un contexte déterminé par l’inconscient qui a sa logique propre et qui produit du sens. Dès lors, tout acte peut dissimuler une intention de l’inconscient.

NOTE :  »Bien des gens contestent qu’on puisse admettre un complet déterminisme psychique et font appel à un sentiment particulier qui les convainc que leur volonté est libre… » dit Freud . Lire sur ce point le dernier chapitre de la Psychopathologie de la vie quotidienne.

B) La dépossession de soi.

Mais c’est surtout dans les manifestations pathologiques que l’inconscient se dévoile être une totale source d’aliénation de la personne consciente, volontaire et responsable. L’étude des maladies mentales, des névroses et des psychoses sont le signe extrême d’une dépossession de soi. L’homme est parfois en lutte avec des puissances qu’il ne maîtrise pas, sur lesquelles il n’a aucune prise et qui peuvent le conduire à des comportements inhabituels, pathologiques, à une destructuration de sa personnalité, à la folie. La liberté semble dès lors bien illusoire. Comme l’évoque la fameuse phrase de Valéry: « La conscience règne mais ne gouverne pas« . Cette dépossession est d’ailleurs reconnue pénalement par la justice qui admet l’idée de circonstances atténuantes ou d’irresponsabilité pour les fous, les crimes passionnels, les actes de démences passagères…ect. On ne peut plus clairement exprimer l’idée d’une domination de l’homme devenu « jouet » par des forces obscures! Nous serions donc bien décentrés de nous même par une puissance intérieure, par un « autre nous-même ». « Je est un autre » disait Rimbaud. Alain: « Un autre moi me conduit qui me connaît et je connais mal« . Freud a contesté l’idée que l’homme est d’abord et d’emblée un être autonome et responsable, maître de lui-même, défini par sa conscience et sa raison. Nous ignorons les raisons véritables de nos comportements et nos choix sont plutôt liés à des expériences affectives qu’à des efforts lucides de notre volonté. L’être humain est un être de pulsion et de désir et il obéit à des forces psychiques dont les principes lui échappent. Que reste-t-il alors de notre liberté et de notre lucidité selon ces idées et de l’autonomie morale du sujet conscient? L’homme est-il un sujet libre ou un objet de déterministes qui le façonnent à son insu?

TROISIEME PARTIE: LA THERAPIE PSYCHANALYTIQUE.

Il semblerait que la psychanalyse soit une pensée déterministe ne laissant pas de place à la liberté. Mais la psychanalyse, partie d’un matérialisme radical, d’un déterminisme quasi-absolu des désirs inconscients comme fondement de la personnalité et de l’identité ne finit-elle pas par affirmer l’exact opposé de ses affirmations de départ? Son but n’est-il pas de libérer l’homme en le guérissant de ce qui l’obscède inconsciemment, de ce qui l’inhibe à son insu et réduit ainsi le champ de son activité? C’est le paradoxe de la pratique psychanalytique: ses finalités thérapeutiques seraient en contradiction avec ses hypothèses initiales.

A) La thérapie psychanalytique: guérison=libération?

La cure a pour objet un rééquilibrage du sujet perturbé par ses pulsions inconscientes et elle s’effectue par une « prise de conscience » des éléments traumatisants. C’est moi même qui, in fine, me guéris de moi-même, même si c’est avec l’aide d’un analyste. Mais comment penser cette délivrance des déterminismes si je ne considère pas qu’il y a en moi une puissance de connaissance et de libération capable d’échapper aux forces de l’inconscient? Freud ira même jusqu’à parler à ce propos d’un devoir de la conscience: « Partout où la conscience peut se substituer à l’inconscient, il est de son devoir de le faire » et doit « substituer les processus inconscients en processus conscients« . Il faut donc réaffirmer le rôle et l’importance de la conscience qui reste comme le dit Freud lui-même « la seule lumière qui brille » Essai de Psychanalyse. Et ceci suppose que la conscience puisse s’arracher aux déterminismes de l’inconscient par la compréhension et dans la guérison. En ce cas elle ne serait plus cette chose illusoire, cet épiphénomène () de surface ignorante et négligeable, mais elle redeviendrait alors un centre essentiel de la vie psychique. Dans son ouvrage De l’Interprétation, Paul Ricoeur, souligne que le psychanalyste désire que le psychanalysé « élargisse son champ de conscience et soi finalement un peu plus libre« . On peut donc affirmer que la théorie de Freud reconnaît à l’être humain un pouvoir d’investigation de ses propres dynamismes psychiques inconscients. Cette capacité d’analyse peut lui permettre de s’approprier sa propre histoire et de la maîtriser par la parole: le sujet peut s’émanciper des tendances refoulées en les nommant. Le langage est condition de libération, l’expression est délivrance. Dans son Introduction à la psychanalyse Freud lui-même énonce que: » En amenant l’inconscient dans la conscience, nous supprimons les refoulements, nous transformons le conflit pathogêne en un conflit normal qui finira par être résolu« .

Nous pouvons, de manière symétrique, reprendre une phrase de Lévi-Strauss qui à propos du structuralisme, évoque cette même idée propre à la psychanalyse, que le but du savoir est de dévoiler ce qui est caché: « Ce que cherche à accomplir le structuralisme, c’est à dévoiler à la conscience un objet autre. Dire que la conscience n’est pas tout, ni même le plus important n’incite pas davantage à renoncer à son exercice. Bien au contraire car la conscience peut ainsi mesurer l’immensité de sa tâche et trouver le courage de l’entreprendre » in L’homme nu, p. 563.

B) Responsabilité et liberté.

Ainsi, par sa pratique, la psychanalyse pourtant bâtie sur une « révolution » totale de la conception humaniste de l’homme, rejoint le « combat » de l’homme responsable contre les forces obscures du psychisme. Tout sujet est invité à se responsabiliser (à se normaliser?), à se réapproprier lui-même et à redéfinir sa liberté qui trouve sa condition dans l’obligation de savoir ce que nous sommes en réalité. L’inconscient n’autoriserait donc pas l’alibi de l’inconscience: le fait d’admettre l’hypothèse de l’inconscient ne doit pas nous conduire à l’idée que l’inconscient peut tout excuser et ne peut être un alibi pour fuir la responsabilité, idée que Sartre développait à propos de la mauvaise foi. En effet, je ne suis peut être pas responsable des motifs qui me poussent à agir et qui « m’influencent », mais je demeure responsable de mes actes. La morale présuppose toujours cette liberté, cette maîtrise de soi: elle postule la liberté.

 CONCLUSION.

Si l’homme n’est pas libre il doit le devenir.

La psychanalyse peut donc me libérer de mes symptômes névrotiques en me faisant comprendre combien je suis hypothéqué par mon passé psychologique (et surtout combien je suis riche de lui également, car mon inconscient est aussi mon histoire et mon identité!!), et me permet aussi de m’offrir cette prise de conscience qui est principe de délivrance et invitation à la lucidité sur soi. Pour reprendre la célèbre formule socratique, il y a bien un « Connais toi toi-même » psychologique, alors que celui de Socrate était métaphysique, au coeur de la psychanalyse qui affirme la dimension essentielle de la conscience. Ego cogito! L’affirmation cartésienne d’une conscience souveraine ne serait donc pas si périmée, si elle savait reconnaître l’inconscient et dire que la liberté de la vie consciente passe par la lucidité à l’égard de ce qui peut la limiter. La liberté suppose cet effort de la connaissance de soi. Comme le dit Paul Ricoeur: « C’est la leçon de Spinoza, on se découvre esclave, on comprend son esclavage et on se trouve libre de la nécessité comprise« . Seulement, la liberté n’est d’abord pas donnée mais à construire: elle est une tâche, un travail qui passe par la connaissance de soi (). Reste enfin à savoir si la connaissance est suffisante pour me rend libre de l’aliénation découverte. Suffit-il de connaître ce qui me détermine pour m’en affranchir?

Note : L’inconscient n’est plus en ce sens uniquement un autre moi obscur et menaçant. L’inconscient est certes une force initialement obscure mais s’il peut apparaître à la lumière, il est tremplin vers l’épanouissemnt de l’individu. L’inconscient, ce n’est pas en moi seulement quelque chose d’étranger de sauvage et de barbare (comme une sorte « d’alien »), mais c’est mon histoire, mon identité propre, ma mémoire. Freud nous dit que « il n’y a rien d’étranger qui se soit introduit en toi. C’est une part de ta vie psychique qui s’est soustraite à ta connaissance« . Freud in Une difficulté de la psychanalyse. Il ne fallait donc pas non plus interpréter ce sujet comme s’il portait sur une sorte « d’exorcisme » dont le psychanalyste serait le prêtre. L’inconscient est aussi ce sans quoi l’équilibre psychologique n’est pas pensable et ce sans quoi il n’y a pas d’épanouissement du désir, ni de normalité comme de pathologie.

note 5) La liberté de l’être humain passe nécessairement par l’activité consciente. L’homme n’est jamais libre totalement mais ne peut que le devenir. La liberté (qui a donc des de degrés) est toujours un processus de libération, une tâche, un travail et non seulement une donnée de l’existence.

Influence et non déterminisme.

Ainsi, l’opposition entre la philosophie classique qui défend la valeur de la conscience (le rationalisme) et la psychanalyse, qui souligne de façon critique les dépendances de la conscience, n’est qu’une demi-opposition. Au fond, il faut distinguer la conscience immédiate et névrosée qui n’a pas de liberté ni de lucidité, et une conscience avertie, obtenue au terme d’un travail sur soi. Cependant, il est vrai que la philosophie rationaliste propose un chemin de libération qui prend en compte le poids affectif du vécu et renvoit à une pensée qui cherche à déchiffrer ce qu’il y a derrière la volonté du sujet. Par conséquent, ces deux démarches ne doivent pas s’annuler mais se compléter parce que l’homme peut se délivrer en partie de son inconscient. Le terme de « déterminisme psychique » n’est pas légitime parce que cela désigne plutôt une loi générale, constante, fixe, immuable, mécanique, qui ne peut être changée. Il faudrait plutôt parler d’une influence de l’inconscient car il est toujours possible de se soustraire d’une influence. En fait, toute tentative pour réduire le psychisme humain à une mécanique absolue est contradictoire car la conscience de l’homme n’existe pas seulement comme mécanique psychique.

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La lettre de Willy Just (5 juin 1942).

Posté par chevet le 12 février 2009

 » 97 000 avec trois voitures… « 

Rauff Scan Note secrète du 5 juin 1942 émanant du groupe II D de la direction de la sécurité du Reich (RSHA), adressée par Willy Just au SS-Obersturmbannführer Rauff

Ce document décrit les améliorations techniques à apporter aux camions à gaz. Ils étaient utilisés par les Einsatzgruppen à l’arrière du front russe pour assassiner les Juifs. Un massacre de Juifs organisé au fusil auquel il avait assisté avait traumatisé Himmler. Il avait décidé de recourir à des moyens  » plus humains « … pour les bourreaux! Il mit donc au service des Einsatzgruppen le savoir-faire des équipes qui avaient participé à l’opération T.4 dite d’ »euthanasie ». Au cour de l’action T.4, des dizaines de milliers de malades mentaux et d’handicapés avaient été assassinés par le régime nazi, principalement par gazage au monoxyde de carbone. C’est ce même gaz, émis par les moteurs diesel, qui a servi dans les camions à gaz.

II D 3 a (9) NI. 214/42 g. Rs. Berlin, le 5 juin 1942

Exemplaire unique.

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|Secret d’État!|

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I. Note :

Objet:

Modifications techniques à apporter aux camions spéciaux actuellement en service et à ceux qui sont en cours d’aménagement.

Depuis décembre 1941, par exemple, on en a traités 97 000 avec trois voitures dont le fonctionnement n’a révélé aucun défaut. L’explosion qui, comme on sait, a eu lieu à Kulmhof doit être considérée comme un cas isolé. C’est à une erreur de manipulation qu’il faut en attribuer la cause. Des instructions spéciales ont été adressées aux services intéressés pour éviter de tels accidents. Les instructions données ont augmenté considérablement le degré de sécurité.

Les autres expériences faites jusqu’ici montrent que les modifications techniques suivantes seraient utiles:

1.)

Afin de rendre possible un remplissage rapide en CO tout en évitant la surpression, on percera deux fentes de 1 x 10 cm d’alésage en haut de la cloison arrière. Ces fentes seront munies à l’extérieur de clapets mobiles à charnière en fer blanc pour permettre d’équilibrer automatiquement toute surpression qui viendrait à se produire.

2.)

La capacité normale des voitures est de neuf à dix au mètre carré. Mais les grands camions spéciaux Saurer ne peuvent être utilisés à une telle capacité. Ce n’est pas une question de surcharge, mais leur mobilité tous terrains est alors très diminuée. Il apparaît donc nécessaire de réduire la surface de chargement. On peut y parvenir en raccourcissant d’un mètre la superstructure. On ne saurait en effet remédier à la difficulté signalée par une simple diminution du nombre des unités (Stückzahl), comme on le faisait jusqu’ici, car, dans ce cas, le fonctionnement exige plus de temps, puisqu’il faut bien que les espaces dégagés soient, eux aussi, remplis de CO. Au contraire, pour une surface de charge plus petite, mais complètement occupée, l’opération dure sensiblement moins longtemps, puisqu’il n’y a pas d’espace libre.

Au cours d’une discussion avec la firme chargée des aménagements, celle-ci a fait remarquer qu’un raccourcissement de la superstructure entraînerait l’inconvénient d’un déplacement du poids vers l’avant. L’axe avant risquerait ainsi d’être surchargé. En réalité, il se produit une compensation spontanée dans la répartition du poids, du fait que, lors du fonctionnement, le chargement, dans les efforts qu’il fait pour se rapprocher de la porte arrière, s’y trouve toujours pour la plus grande partie. C’est pourquoi l’axe avant ne souffre d’aucune surcharge.

3.)

Le tuyau qui relie l’échappement à la voiture est sujet à la rouille, du fait qu’il est rongé à l’intérieur par les liquides qui s’y déversent. Pour éviter cet inconvénient, il convient de disposer les embouts de remplissage de manière que l’admission se fasse de haut en bas. On évitera ainsi que des liquides y pénètrent.

4.)

Pour permettre un nettoyage commode du véhicule, on pratiquera au milieu du plancher une ouverture permettant l’écoulement. Elle sera fermée par un couvercle étanche de vingt à trente centimètres de diamètre permettant l’écoulement des liquides fluides en cours de fonctionnement. Pour éviter toute obstruction, le coude sera muni d’un crible à sa partie supérieure. Les saletés plus épaisses seront évacuées par la grande ouverture d’écoulement lors du nettoyage. A cet effet, on inclinera légèrement le plancher du véhicule. On obtiendra ainsi que tous les liquides coulent directement vers le centre, et on évitera ainsi la pénétration des liquides dans les tuyaux.

5.)

On pourrait supprimer les fenêtres d’observation installées jusqu’ici, car on ne s’en sert pratiquement pas. On économiserait ainsi un temps de travail assez important dans l’aménagement des nouvelles voitures, en évitant le difficile ajustement de la vitre et de sa fermeture hermétique.

6.)

Il convient d’assurer une plus forte protection de l’installation d’éclairage. Le grillage doit recouvrir les lampes assez haut pour qu’il soit impossible de briser les ampoules. Les utilisateurs ont proposé de supprimer les lampes, qui, a-t-on fait remarquer, ne sont guère utilisées. L’expérience montre pourtant que lorsqu’on ferme la porte du fond et qu’on provoque ainsi l’obscurité, il se produit toujours une forte poussée du chargement sur la porte. La cause en est que le chargement, quand l’obscurité survient, se précipite vers la lumière. Cela compromet l’enclenchement de la fermeture de la porte. On a constaté aussi que le bruit qui se produit à la fermeture de la porte est lié à l’angoisse que suscite l’obscurité. Il paraît donc opportun de maintenir l’éclairage avant et pendant les premières minutes de l’opération. Et l’éclairage est utile aussi pour le travail de nuit et le nettoyage de l’intérieur de la voiture.

7.)

Pour faciliter un déchargement rapide des véhicules, on disposera sur le plancher un caillebotis mobile. Il glissera au moyen de roulettes sur un rail en U. Le retrait et la remise en place s’effectueront au moyen d’un petit treuil disposé sous la voiture. La firme chargée des aménagements s’est déclarée incapable d’y procéder pour le moment, en raison d’un manque de personnel et de matériaux. On s’efforcera de le faire exécuter par une autre firme.

En ce qui concerne les véhicules déjà en service, on n’y réalisera les modifications techniques proposées qu’au fur et à mesure de grosses réparations qui seraient nécessaires pour chacun d’entre eux. Mais, en ce qui concerne les dix véhicules Saurer dont il a été passé commande, on tiendra compte de ces modifications autant que possible. La firme chargée des aménagements a indiqué, au cours d’une conférence de travail, que les modifications de structure ne lui paraissaient pas possibles. Aussi faut-il essayer d’obtenir d’une autre firme qu’elle munisse au moins l’un des dix véhicules de toutes les innovations ou modifications suggérées par la pratique. Je propose que la firme de Hohenmauth soit chargée de réaliser ce modèle unique.

En raison des circonstances, il faut compter sur de longs délais pour l’achèvement de ce véhicule. Aussi conviendra-t-il de le conserver et de l’utiliser non pas seulement comme modèle, mais aussi comme véhicule de réserve. Lorsqu’il aura fait ses preuves, les autres voitures seront retirées du service et modifiées conformément au modèle.

II.

Au Gruppenleiter II D

Obersturmbannführer SS Rauff

Pour examen et décision.

Just

Eugen Kogon, Herrmann Langbein, Adalbert Rückerl, Les chambres à gaz secret d’Etat, Seuil, Points Histoire, 1987, pp. II-V. Traduction revue et corrigée d’après l’original allemand qui se trouve, ainsi que les reproductions des 5 pages de la note, dans l’édition allemande de l’ouvrage cité, Nationalsozialistische Massentötungen durch Giftgas, Fischer Taschenbuch Verlag, 1995, pp. 333-337.

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« l’enfer c’est les autres » analyse de la formule de Sartre par Solène Simonneaux (TS2)

Posté par chevet le 8 février 2009

 

«  huisclos.jpeg

L’enfer c’est les autres  » J.P. Sartre.

ou … pour une théorie des «  morts-vivants  »…

«  L’enfer c’est les autres  ». Cette phrase a été formulée par Jean-Paul Sartre dans sa pièce de théâtre intitulée Huis clos dont la première représentation a eu lieu en 1944. Jean-Paul Sartre fut un romancier, un dramaturge et un journaliste français engagé mais surtout un des grands philosophes du 20ème siècle. Cette phrase pose la question des difficultés que nous rencontrons dans nos rapports avec les autres. Interroger cette formule revient en effet à se poser la question de savoir dans quelle mesure les relations que nous pouvons avoir avec les autres peuvent (ou non) devenir infernales. Si les autres peuvent nous rendre heureux, ils peuvent aussi nous placer en enfer, lorsque l’autre devient source de contrariété, de soucis et produit un monde invivable.

On peut donc se demander ce qui amène une relation à être insupportable et inextricable. Comment se fait-il que le rapport avec l’autre puisse engendrer un sentiment de douleur ? Dans un premier temps nous verrons que les rapports avec les autres peuvent parfois nous conduire à l’enfer. Puis nous chercherons quelle est la cause de cet enfer que Sartre nomme «  l’encroûtement  » qui paradoxalement révèle notre liberté. Pour finir, nous verrons le raisonnement de Sartre et les idées pouvant être abordées à partir de ce thème, par exemple le concept d’aliénation.

********

Si l’on reprend pour commencer la question de savoir comment la relation avec les autres peut devenir infernale, il faut d’emblée préciser que, pour Sartre, la formule ne veut pas dire que la relation avec les autres est toujours infernale ou qu’elle nous place toujours en enfer c’est-à-dire dans des relations conflictuelles ou aliénantes.

En effet on pourrait comprendre initialement que les autres sont en permanence un enfer pour chacun d’entre nous. Par le terme «  d’enfer  » on pourrait entendre l’idée d’un enfermement en une situation spatiale mais aussi temporelle qui serait extrêmement pénible. «  Les autres  » : ces mots désigneraient alors toutes les personnes de notre entourage avec lesquelles nous avons un rapport qui toujours deviendrait au bout du compte problématique. Une première lecture de l’idée que «  l’enfer c’est les autres  » serait qu’on ne peut avoir avec autrui que des rapports viciés et empoisonnés.

Néanmoins pour Sartre, les rapports humains ne sont pas toujours tordus ou altérés. En effet, il existe des moments de partages, d’écoutes, de discussion sans qu’il y ait de conflits ou une viciation de la relation entretenue. Alors si les autres ne sont pas toujours la cause d’une relation infernale quand le sont-ils ? Qu’est-ce qui entraîne ces relations ?

Selon Sartre, lorsqu’on veut se connaître, savoir qui l’on est, on le fait grâce à des éléments extérieurs qui nous caractérisent (nos actions, nos paroles) et que les autres perçoivent. Ce sont alors ces connaissances que les autres ont déjà sur nous et qui, en somme, leur appartiennent déjà puisque qu’ils nous jugent dès qu’ils nous voient par lesquelles nous nous découvrons nous-mêmes. En somme, les autres nous donnent toujours une matière à réfléchir sur nous-mêmes. Donc lorsqu’ils nous donnent ces éléments, la vision qu’ils ont sur nous entre aussi en compte dans le regard que nous avons sur nous-mêmes, ce qui fait que l’on se perçoit toujours à travers l’opinion d’autrui. Comme le dit Sartre dans l’Etre et le Néant : «  autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même  » ce qui signifie que la compréhension que nous avons de nous dépend de la vision que les autres ont de nous.

Comme les relations avec autrui peuvent être malsaines, et peuvent conduire à la dépendance de l’opinion d’autrui, alors les jugements portés sur nous seront forcément pénibles à vivre, si l’on n’arrive pas à s’en détacher. Si nous restons en totale dépendance des visions qui nous sont imposées par les autres sur nous-mêmes, alors la situation dans laquelle nous nous trouvons est infernale, invivable. Nous devenons dépendants et enfermés par le regard que les autres portent sur nous. Autrement dit, ce qu’il y a d’infernal dans la relation à l’autre, c’est l’incapacité que nous pourrions avoir de nous émanciper des jugements qu’il porte sur nous et qui sont toujours plus ou moins réducteurs par rapport à notre propre liberté.

Mais les rapports avec les gens peuvent être très variés, sans pour autant amener à un enfer. Finalement l’autre est ce qu’il y de plus important dans la connaissance de soi-même et dans notre vie. Le jugement d’autrui peut être un enfer mais est aussi inversement ce dont nous ne pouvons pas nous passer et sans lequel nous ne trouvons pas notre équilibre.

*********

Dans un second temps, on peut voir dans cette formule que Sartre parle d’enfer et donc qu’il désigne par là un lieu où l’on va lorsqu’on est mort. On peut donner ici au mot «  mort  » un sens figuré : être mort cela peut caractériser les hommes, lorsqu’ils sont inactifs, lorsqu’ils cessent de changer quoique ce soit à ce qu’ils sont, de telle sorte qu’ils ne modifient plus rien en eux qui permettrait aux autres d’avoir sur eux un regard différent.

Comment les autres nous jugent-ils ? Par tous les éléments qu’ils obtiennent sur nous, par tout ce que l’on extériorise, c’est-à-dire nos paroles et nos actes. Ainsi si ce qui nous définit est cela même que nous faisons, alors «  la mort  » peut être comprise ici comme un enfermement dans les routines et les habitudes. Nous sommes par conséquent enfermés dans un cycle de vie : c’est ce que Sartre appelle «  l’encroûtement  ». Si l’on ne réagit d’aucune manière, et que nous avons avec les gens des rapports qui sont empoisonnés, malsains, cela nous amènera à une situation insupportable.

Dans l’encroûtement, on souffre des jugements portés sur nous mais on ne modifie pas pour autant nos habitudes : c’est un cercle vicieux. En effet, comme on ne brise pas le cadre de ces soucis, ce qui nous opprime et ce qui nous fait souffrir, on ne change donc pas non plus ce que les autres voient de nous, ni donc leurs pensées à notre égard. À partir de là, on reste prisonnier du regard porté sur nous qui est toujours plus ou moins «  chosifiant  » et l’on en subit les conséquences : on devient victime du jugement d’autrui.

Ce que Sartre ne formule pas mais que l’on suppose c’est qu’à partir du moment où l’on est dans ce cercle vicieux, l’autre devient un fléau. De plus la relation avec celui-ci est empoisonnée, l’attitude qui en résulte est un rapport d’hostilité : cela engendre de la méchanceté. Il peut aussi s’en suivre, à la place d’un conflit, une fuite, une esquive face à ce jugement : on sera alors dans une situation où l’on est lâche. Dans les deux cas on en est que plus méprisable.

Ceci montre que puisque l’on ne peut se sortir de cette situation, ces caractères de lâcheté ou de méchanceté ne peuvent être ôtés. Cela conduit à une sorte de stagnation de la vie, de ce que l’on est, et cela parce qu’il n’y a pas d’évolution des rapports. Si le seul souci que l’on a est l’opinion portée sur nous et s’il y a un «  arrêt la vie  », est cela induit qu’il y a une mort de l’être (dans son activité) : Sartre baptise cela une «  mort vivante  ».

Cependant nous sommes vivants. Ceci est la preuve suffisante que l’action est toujours en notre pouvoir et que finalement on est jamais totalement mort (on agit toujours). Nous avons donc continuellement la possibilité de changer les actes sur lesquels on avait été jugé, par d’autres actes. On peut toujours choisir d’agir puisque nous ne sommes pas morts : nous sommes libres. Ainsi quand certaines personnes sont encroûtées dans leurs coutumes et habitudes, c’est parce qu’elles le veulent et elles dépendent alors totalement du jugement d’autrui : elles sont en enfer. Mais si l’on est dans ce cercle infernal, on est tout aussi libre de le briser que d’y rester. Pour Sartre, on est tout autant responsable du fait d’être en enfer que du fait de pouvoir en sortir.

*********

Ainsi Sartre nous présente son point de vue sur la question de la souffrance dans les rapports avec autrui. Il commence son argumentation par ce qui paraîtrait être un sujet plus «  global  » sur le propre jugement de soi-même, à savoir que les autres sont les premiers à juger et que la propre connaissance de nous-mêmes, dépend donc d’autrui. Sartre en déduit donc que c’est dans certaines situations que ces jugements deviennent infernaux : quand nous restons enfermés par le regard des autres. Il a alors bien démontré le rôle fondamental de nos semblables pour chacun d’entre nous.

À partir de là, il explique quelles sont ces mauvaises situations qui font que l’on souffre des opinions sur nous. Il l’explique grâce à la pièce de Huis clos qui illustre sa phrase «  l’enfer c’est les autres  ». Sartre part d’une situation où les gens sont « encroûtés » dans leurs habitudes, puis il montre qu’ils subissent les jugements sur eux sans pour autant avoir la volonté de les changer. Il appelle cela «  une mort vivante  » mais comme nous sommes vivants, il montre par l’absurde que nous remplaçons les actes par d’autres actes et c’est ce qui nous fait vivre : c’est notre liberté.

Finalement la formule «  l’enfer c’est les autres  » se rapporte à trois éléments : rapport avec les autres, encroûtement et liberté. L’objectif de Sartre est de montrer par l’absurde que même si des personnes sont «  encroûtées  » dans leurs coutumes, même si elles sont «  mortes  » nous sommes en réalité toujours vivants puisqu’il y a toujours en l’homme une liberté, liberté qui peut toujours briser le cercle d’enfer dans lequel nous sommes mais aussi qui peut faire le choix d’y rester. Pourquoi vouloir souffrir ? Certes pourquoi ne pas briser ce cercle puisque l’on en est libre ?

Cependant Sartre ne présente pas les autres contraintes que l’homme peut subir, qui l’amèneraient à se résigner à un «  mode de vie  ». En effet il existe des limites aux modifications que l’on peut obtenir pour soi : il existe des frontières morales et éthiques, des lois… De plus il existe des formes d’aliénation qui nous empêchent de choisir par nous-mêmes, sans qu’il ait nécessairement esclavage comme dans l’antiquité. Il est possible qu’on soit déterminés par certaines choses. Par exemple la technique et le travail peuvent nous aliéner sans que l’on ait voulut, et c’est le système qui crée cette dépendance, et l’homme est parfois impuissant face à tout un système qui l’oppresse. Même s’il est libre, l’homme ne peut donc pas se reconstruire à l’infini.

Lorsque Sartre écrit «  l’enfer c’est les autres  », on pense d’abord que Sartre exprime une vérité générale toujours valable : les autres seraient en permanence en enfer par leurs rapports. Or ce n’est pas cela du tout, nous l’avons montré. Même si comme l’a dit Thomas Hobbes «  l’homme est un loup pour l’homme  », cela ne veut nullement dire que cela est perpétuel.

*********

En conclusion, le problème soulevé par la «  remarque  » de Sartre était de savoir comment les relations humaines peuvent devenir insupportables et inextricables. On a donc vu les trois éléments qui structurent sa thèse : il y a d’abord le rapport à l’autre qui est l’élément fondateur de sa démonstration. En effet, à partir de là, on voit qu’il existe un encroûtement de certaines personnes et donc aussi par opposition, une liberté de l’action chez les hommes.

Mais on a vu que lorsqu’il formule cette pensée, elle peut être mal interprétée, de même que l’homme ne peut pas toujours se changer pour ne plus dépendre des autres. Mais l’on peut aussi souffrir du jugement des autres parce que leurs opinions ne sont pas «  justes  » (par exemple le racisme). Dans ces cas là, c’est le regard porté par autrui qui doit changer.

Solène Simonneaux

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La jalousie (Leplain Clémence et Schenrey Mélanie- TS1)

Posté par chevet le 3 février 2009

LA JALOUSIE

Le jaloux est celui qui va accorder trop de crédit à ses suspicions, comme l’exprime Corneille dans Le Menteur :  » La jalousie aveugle un coeur atteint, et, sans examiner, croit tout ce qu’elle craint « . D’une manière générale, on pourrait définir la jalousie comme un sentiment de dépossession, de l’affectivité positive (amour, amitié, estime) que l’on inspire à autrui. Toutefois, deux sens de la jalousie se distinguent : d’une part, on l’éprouve en constatant qu’un autre jouit d’un avantage que nous ne possédons pas et que l’on souhaiterait posséder (un enfant est jaloux du jouet de son camarade), d’autre part, on l’éprouve dans le cadre d’une relation amoureuse du fait d’une crainte (ou d’un constat) de l’infidélité de la personne aimée. Dans l’un comme dans l’autre cas, la jalousie est traitée négativement. Ainsi les stoïciens et les épicuriens, condamnent unanimement les  » troubles  » de l’âme qui viennent parasiter la vie sage et bienheureuse. La jalousie est bien une  » passion  » selon ces deux écoles, c’est-à-dire un «  pâtir  ». La jalousie prend possession de l’âme et l’empêche de voir clairement les choses. Le jaloux est celui qui se laisse posséder et ronger par ce sentiment. C’est donc moralement que la jalousie est condamnée. Elle est l’antagoniste de l’ ataraxia (absence de troubles), bonheur véritable.

La jalousie montre-t-elle un manque de confiance ?

Nous suivrons le plan suivant :

I La jalousie et ses causes

II La jalousie preuve d’égoïsme

III La jalousie: une maladie ?!

I La jalousie et ses causes

  1. Définition de la jalousie :

La jalousie est un sentiment que l’on peut éprouver envers d’autre personnes. Elle peut s’exercer à l’égard de nos amis, de nos collègues, de nos frères et soeurs, de nos voisins, de stars, d’inconnus croisés dans la rue, finalement de n’importe qui. Il y a pourtant une différence de jalousie que l’on peut ressentir. Oui car on ne ressentira pas la même jalousie envers une personne médiatique qu’en vers son conjoint. La jalousie est un désir de possession de l’autre. Freud parlait de pulsion d’emprise. Mais avant tout précisons que la jalousie est plus un problème individuel qu’un problème de couple. La jalousie que l’on peut ressentir peut avoir plusieurs causes.

B. Les causes de la jalousie

En effet il existe plusieurs causes à la jalousie tel que :

 

- l’Idéalisation de l’autre :

Parfois liée à la sous estimation de soi, l’idéalisation de l’autre apparaît également comme une source de jalousie.

En effet, cette idéalisation amène la certitude que l’autre ne peut qu’être désiré par tous le monde et

par conséquent la méfiance vis à vis de toutes les personnes qui peuvent approcher son partenaire idéalisé.

- L’insécurité:

La jalousie est liée au fait de sentir un danger ( réel ou imaginé, pour soi ou pour l’autre) et de considérer sa gravité. Les personnes jalouses manifesteront donc des signes de peur, voire d’angoisse qui rejailliront sur leur partenaire.

- Entretien du sentiment de jalousie :

Cette cause est directement liée à l’idée que la jalousie est une preuve d’amour. On peut le résumer

ainsi  » J’aime être jaloux : cela prouve la force de mon désir! « .

Ainsi en jouant sur la jalousie de leur partenaire certain croient accentuer le désir dans leur couple.

-la possessivité :

Dans une jalousie amoureuse, la possessivité peut être résumé par une phrase :  »  Je veux que l’autre ne soit qu’à moi et je ne supporte pas son désir de liberté  ». Cette possessivité est renforcée par la peur de perdre sa place privilégiée auprès de son partenaire. Il révèle aussi le désir (irrationnel souvent) d’être la source unique de ses plaisirs : sexuels et affectifs, mais pas seulement.

Ainsi on peut voir que certaine cause de la jalousie sont liés au désir que l’on peut ressentir.

C. la jalousie et le désir

«  La jalousie est inséparable du désir.  » Graham Greene (1904-1991) écrivain britannique

Le désir est toujours le désir de quelque chose, ce «   quelque chose  » nous manque, que nous en ayons un besoin vital ou pas. Posséder ce «   quelque chose  » nous conduirait à la totale satisfaction. Le mouvement du désir trouverait ici sa fin. Seulement dans la vie ça ne se passe pas comme ça. En effet, une fois que nous possédons l’objet désiré il perd très souvent son caractère attractif et notre désir se penche sur un autre objet. Mais cette pleine satisfaction du désir semble impossible car le désir ne cesse de se tourner vers de nouveaux objets dont il est privé. Sans un manque, le désir s’éteindrait.

Nous pouvons aussi penser que jamais le désir ne pourra trouver, dans le monde, d’objet qui lui convienne pleinement ainsi le désir se définit par une démesure à l’égard de ses objets convoités.

 

D) La preuve d’amour ?

Pour beaucoup de personne la jalousie est LE sentiment qui montre à son partenaire qu’on l’aime et qu’on tien à lui. Qui n’a jamais ressenti une pointe de jalousie en couple ?! N’est-ce pas là une preuve d’amour?!

 

Conclusion de la partie I :

Donc la jalousie est une preuve d’amour tant que l’on respecte l’autre. Elle peut prendre différentes formes et n’est pas toujours malsaine. A petite dose, elle est même «  normale  » On peut comprendre que certain affirme que la jalousie est une preuve d’amour, au sens où la jalousie est un amour déçu ou asymétrique ( je t’aime, tu ne m’aime pas et tu en aimes une autre). Mais la jalousie, tout de même, reste un amour sans bonté, un amour envieux, égoïste (le jaloux veut être le seul amour, il ne veut pas partager).

II La jalousie preuve d’égoïsme

Parce que j’ai peur de souffrir et de perdre l’autre, me retrouver seul m’angoisse. Le jaloux est quelqu’un qui marque la prise de distance avec autrui. En effet dans la jalousie amoureuse, le garçon ou la fille peuvent être jaloux car l’un d’eux est parti avec des amis par exemple… Dans ce cas, le jaloux n’accepte pas de voir l’autre avec des personnes extérieures à lui-même. Ici, le jaloux fait preuve d’égoïsme.

Prenons l’exemple de l’histoire d’Othello… Othello est un drame lyrique de William Shakespeare, voici son histoire :

Othello , chef de l’armée vénitienne qui vient de battre les Turcs,

Iago , son adjoint,

Cassio , commandant de la flotte,

Desdémone , l’épouse d’Othello,

Roderigo , un gentilhomme amoureux de Desdémone.

Iago voue une haine farouche à Othello tout en jalousant Cassio. Il suscite la jalousie d’Othello en lui faisant croire que sa femme le trompe avec Cassio. Comme pour donner raison à Iago, Desdémone plaide la cause de Cassio qu’Othello a dégradé. N’écoutant que sa colère, Othello se résout à la vengeance sur les conseils de Iago qui lui suggère d’étouffer sa femme. Othello tente une dernière fois de faire avouer Desdémone. Celle-ci s’y refuse n’étant pas coupable, il l’étouffe. Comprenant trop tard qu’il a été trompé par Iago qui s’enfuit, Othello se poignarde et s’effondre sur le cadavre de sa femme.

Dans cette histoire, la colère d’Othello l’a emporté sur son amour. Donc Othello, à cause de sa jalousie n’a pas réfléchi et est passé à l’acte de tuer sans comprendre. Othello a eu un comportement égoïste du fait qu’il n’est pensé qu’à son amour propre.

La jalousie, maladie de l’âme, est toujours inspirée par un égoïsme exclusif, qui veut être seul à jouir d’un bien et qui ne souffre aucun concurrent. Elle manifeste donc un amour égoïste, passionné, radicalement ouvert à une haine, pouvant être féroce, envers quiconque pourrait menacer la possession du bien auquel le coeur est attaché d’une façon désordonnée. C’est que la personne jalouse est une personne dont l’amour pour une autre n’est nullement un amour d’amitié qui ne peut pas exister sans gratuité et désintéressement mais reste au niveau d’un amour de convoitise. La jalousie, alors, dans la mesure où aucun remède efficace ne lui est appliqué, est en réalité ennemie de l’amitié à la façon d’une force aveugle qui la détruit. Elle s’oppose donc à cette amitié surnaturelle qu’est la charité. La personne jalouse, incapable d’aimer vraiment, est toujours inquiète, anxieuse, au sujet de l’objet de son attachement ; son esprit est vite envahi de soupçons, qui la portent à de fréquents jugements téméraires et à des accusations injustes d’infidélité. Elle craint constamment qu’une rivale lui soit préférée. Elle considère que l’être qu’elle aime, ou une fonction honorable qu’elle occupe elle-même, lui appartient, qu’elle en est la propriétaire. Sa passion la rend ombrageuse, intransigeante et toujours prête à se dresser contre tout ce qu’elle pense être un obstacle à ce qu’elle estime son droit exclusif de possession. «  La personne jalouse est incapable d’être magnanime*; elle est pusillanime**  », remarque saint Thomas, comme les petits enfants qui n’ont pas encore appris à partager, ou encore comme les vieillards aigris qui ne veulent pas être supplantés par des jeunes. Son attachement désordonné, avant d’être une cause de souffrances pour les autres, la fait terriblement souffrir ; il est pour elle-même la source empoisonnée d’un profond malheur.

*Magnanime : Qui a des sentiments nobles et généreux, qui pardonne.
**Pusillanime : Qui manque de
courage, de caractère; qui fuit les responsabilités.

«  Quand on est fâchée parce qu’il y a une belle fille dans les parages ou qu’on suspecte toujours notre conjoint du pire à la moindre occasion, on est certes une personne qui manque de confiance… Voilà le fondement même de la jalousie », estime la psychologue Paule Mongeau.

La jalousie : une maladie?

La jalousie est un manque d’estime de soi. Quand une personne éprouve de la jalousie, ce n’est pas dans l’autre qu’elle n’a pas confiance, c’est en elle-même. Elle se dévalorise tellement, «  je suis moche, je suis bête  » qu’il est  évident que son partenaire n’a qu’une envie, aller voir ailleurs. Le problème est «  qu’ailleurs  » est partout. Et contrairement à ce qu’on entend souvent ce n’est absolument pas une preuve d’amour. C’est une preuve de possessivité. Le jaloux pense que l’autre lui appartient. Or, on n’appartient jamais à personne. La jalousie est une pathologie qui fait souffrir. Elle est compulsive et ne s’arrête jamais (jalousie névrotique). A un degré important la jalousie peut provoquer un délire paranoïaque (jalousie psychotique), voire de la violence.
Il peut arriver aussi qu’à force d’être soupçonné de tous les maux et notamment d’infidélité, le partenaire finit par passer à l’acte. Le jaloux devient alors la victime. Paradoxalement il se sent apaisé, car il pense qu’il avait raison de ne pas avoir confiance. On ne peut pas guérir totalement de la jalousie mais on peut vraiment l’atténuer, mais il restera toujours un fond de fragilité. La thérapie consiste principalement à redonner confiance en soi à la personne jalouse

Conclusion :

La jalousie peut être issue d’un désir très important mais beaucoup de gens la considère comme une preuve d’amour. Quand on remarque que son partenaire s’éloigne, on fait tout son possible pour le rendre jaloux et ainsi voir que son partenaire tiens encore à nous. Seulement à force de jouer avec les sentiments, ces derniers finissent par s’user. Certaines personnes au contraire ne sont pas jalouses par preuve d’amour mais pas pur égoïsme. L’exemple le plus flagrant est dans Othello.

Mais dans certain cas la jalousie est tellement poussé qu’elle peut en devenir maladive et alors là la jalousie prend une tournure tout à fait différente. Elle peut pousser les gens à commettre des actes violents, à harceler leur conjoint…. Mais la jalousie révèle plus d’un manque de confiance en soi qu’un manque de confiance en son partenaire. Comme dit David M. Buss, psychologue , la jalousie est universelle, le produit d’une société capitaliste et un preuve d’amour… qui est parfois destructrice.

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