Explication d’un texte de Freud sur l’inconscient, extrait de « l’Abrégé de psychanalyse » (1938).

Posté par chevet le 5 janvier 2009

 sigmundfreud.jpg Freud

TEXTE:

« Et voici, chose étrange, que tous ou presque s’accordent à trouver à tout ce qui est psychique un caractère commun, un caractère qui traduit son essence même. C’est le caractère unique, indescriptible et qui d’ailleurs n’a pas besoin d’être décrit, de la conscience. Tout ce qui est conscient est psychique, et inversement, tout ce qui est psychique est conscient. Comment nier pareille évidence? Toutefois, reconnaissons que cette manière de voir n’a guère éclairé l’essence du psychisme car l’investigation scientifique, ici, se trouve devant un mur. Elle ne découvre aucune voie qui puisse la mener au-delà. (…) Comment méconnaître, en effet que les phénomènes psychiques dépendent à un haut degré des phénomènes somatiques et que inversement, ils agissent très fortement sur eux? Si jamais l’esprit humain se trouva dans une impasse, ce fut bien à cette occasion. (…) La psychanalyse sortit de ces difficultés en niant énergiquement l’assimilation du psychique au conscient.

Est-ce alors seulement par l’effet du hasard que l’on est parvenu à donner du psychisme une théorie d’ensemble cohérente qu’après en avoir modifié la définition?

Gardons nous de croire que c’est la psychanalyse qui a innové cette théorie du psychisme. (…) Le concept d’inconscient frappait depuis longtemps aux porte de la psychologie, et la philosophie comme la littérature flirtaient avec lui, mais la science ne savait comment l’utiliser. La psychanalyse a fait sienne cette idée, l’a sérieusement considérée et l’a remplie d’un nouveau contenu. Les recherches psychanalytiques ont retrouvé certains caractères jusque-là insoupçonnés du psychisme inconscient et découvert quelques unes des lois qui le régissent. Nous ne voulons pas dire par là que la conscience ait perdu de sa valeur à nos yeux. Elle reste la seule lumière qui brille pour nous et nous guide dans les ténèbres de la vie psychique. Par suite, la nature particulière de notre connaissance, notre tâche scientifique dans le domaine de la psychologie consistera à traduire les processus inconscients en processus conscients pour combler ainsi les lacunes de notre perception consciente ».

Freud, extrait de son Abrégé de psychanalyse.

ANALYSE 

I Mise à jour de l’idée essentielle du texte.

Freud, dans cet extrait de son Abrégé de psychanalyse, se donne pour but d’exposer et d’affirmer la théorie selon laquelle on ne peut entièrement assimiler le psychisme au conscient, au sens où il convient d’affirmer l’existence et le pouvoir d’un inconscient psychique. Il s’agit donc ici de s’opposer à la thèse classique de l’identité de la pensée et de la conscience (thèse au fondement de la psychologie traditionnelle), opposition essentielle pour Freud puisqu’elle constitue la prémisse essentielle de la psychanalyse, comme il l’affirmait lui-même dans son Essai de psychanalyse. L’intention de Freud est donc bien de nier dans ce texte, cette théorie répandue (qui était celle de Descartes par exemple, d’Alain, de Sartre et de la tradition humaniste en général) selon laquelle on ne peut parler de la pensée qu’en lui attribuant le caractère de la conscience, caractère commun à tous les phénomènes psychiques par opposition au biologique, ce qui revient à lui conférer un statut privilégié et autonome. Il convient donc selon Freud d’opposer à cette psychologie une nouvelle théorie qui permet de rentrer dans une compréhension scientifique de l’esprit humain (Freud écrit cela en 1938).

II Analyse de la démarche générale du texte (4 parties).

A) Une fausse évidence partagée par tous.

L. 1 à 7: Le texte proposé est de nature réfutative et polémique. En effet, Freud ne se contente pas d’affirmer une théorie, mais il évoque tout d’abord les insuffisances des conceptions psychologiques antérieures. « Tous ou presque s’accordent  »: Freud vise ici en effet la philosophie classique dans son ensemble autant que l’opinion commune. Il reprend donc pour commencer la thèse classique de l’identité de la conscience et de la pensée (théorie selon laquelle « tout ce qui est psychique est conscient« ) et évoque ironiquement à ce sujet l’illusion d’une fausse évidence à laquelle succombe la plupart des hommes. La conscience, dans cette perspective classique est alors une chose « indescriptible«  ? Pourquoi Freud utilise-t-il cet adjectif parler de la conscience? Si l’esprit est entièrement conscience, il peut donc se connaître lui-même pleinement ; rien ne demeure en lui ignoré, obscur, puisqu’il est transparent à soi. La pensée comme conscience coïncide donc parfaitement avec elle-même et se connaît directement par retour sur soi. La conscience est alors une pensée intuitive et personnelle, immédiate, qui se comprend dans l’instant même sans avoir besoin de rentrer dans un processus de description ou d’étude. En somme, nous savons ce que nous pensons au moment même où nous le pensons et cela n’a pas besoin de faire l’objet d’une description. Penser que la pensée n’est que conscience, c’est en effet penser que l’esprit a la capacité de s’observer soi, de se connaître entièrement à travers une intuition directe et introspective.

B) Un obstacle pour la psychologie.

L.7 à 16: Cette conception de la pensée est un obstacle pour la science du psychisme, selon Freud, et relève d’une théorie psychologique que nous pourrions qualifier de « préscientifique ». L’idée de Freud est d’affirmer ici que cette conception est une « impasse » et ne permet pas de mener une investigation qui puisse rendre compte de qu’est l’esprit humain: « L’investigation scientifique se retrouve ici devant un mur« .. Bref, avec cette idée cartésienne, il est impossible de comprendre en fait ce qu’est l’esprit et d’en rendre compte scientifiquement. La psychanalyse pourra remédier aux déficiences de cette vue préscientifique de l’esprit en niant l’assimilation du psychique au conscient et en posant l’idée d’un inconscient psychique. La psychologie peut alors selon Freud rentrer dans un processus de compréhension de certains phénomènes mentaux : la science de l’esprit ne peut commencer que si l’on présuppose des processus en lui inconscients. On peut alors éclairer les phénomènes psychosomatiques, les relations de l’esprit au corps (voir les observations faites à propos de l’hystérie par exemple).

C) La psychanalyse n’a fait que théoriser une idée qui existait déjà.

L. 16 à 28. Cette affirmation d’un psychique inconscient est certes formulé de manière cohérente pour la première fois par la psychanalyse, mais cette idée n’est pas neuve: la psychanalyse n’a fait que formuler de manière plus précise une idée qui déjà s’exprimait à travers la littérature et la philosophie : « le concept d’inconscient frappait depuis longtemps aux portes de la psychologie et la littérature flirtaient avec lui » (on pourrait prendre à ce sujet Balzac ou Proust). Cette reprise d’une idée déjà existante a donc permit la mise à jour des lois qui gouvernent le psychisme humain selon par exemple l’idée des «  topiques  » et selon la théorie du refoulement.

D) La conscience est « la seule lumière qui brille ».

L. 28 à 39. A l’aide d’une métaphore, Freud réaffirme enfin une idée importante: la découverte d’un inconscient psychique ne dévalorise en rien le rôle de la conscience, car celle-ci demeure « la seule lumière qui brille« . Cette image signifie que la conscience est la seule chose qui est offerte à l’homme et que c’est par elle qu’il peut comprendre ce qu’il y a d’obscur en lui. Il convient donc de dire que la conscience conserve toute sa valeur: le rôle du psychanalyste n’est d’ailleurs donc pas d’affirmer la suprématie de l’inconscient que la conscience se contenterait de subir mais au contraire de « traduire les processus inconscients en processus conscients », ce qui paradoxalement et en définitive peut se concevoir comme une victoire de la conscience sur l’inconscient. Freud souligne ici implicitement le rôle éthique de la psychanalyse : il ne s’agit pas de proclamer la victoire de ses instincts sur la raison mais le traitement psychanalytique cherche à accroître la maîtrise de soi et l’accroissement de sa propre conscience. Le désir est bien plus fort lorsqu’il baigne dans l’inconscient… il peut être davantage maîtrisé en devenant conscient. La cure cherche donc à répondre aux ambitions morales de l’homme.

Bilan: Texte essentiel car récapitulatif de la théorie de Freud et surtout le texte souligne le renversement moral en jeu. Si la conscience peut essayer de découvrir et de prendre en charge, « de traduire les processus inconscients », cela montre qu’en définitive, la conscience semble susceptible de s’émanciper de la domination de l’inconscient, ce que l’on constate aussi à travers la guérison de pathologie mentales par la cure. La psychanalyse serait donc une invitation à la libération de l’homme par la connaissance des motifs cachés qui nous orientent malgré nous pour que ces motifs deviennent conscients et donc pour qu’ils cessent d’avoir sur notre comportement la même influence.

Une Réponse à “Explication d’un texte de Freud sur l’inconscient, extrait de « l’Abrégé de psychanalyse » (1938).”

  1. Rasta-populos dit :

    Merci :)

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