Accueil bonnes copies d'eleves La valeur d’une civilisation se reconnait-elle au développement de sa technique? (Jessica dorel- TS1- 2008)

La valeur d’une civilisation se reconnait-elle au développement de sa technique? (Jessica dorel- TS1- 2008)

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Le sujet nous invite à nous interroger sur la valeur de la technique. En effet, le progrès technique fait la fierté de nos sociétés. Dans une certaine mesure, cela nous rassure de croire que le réel n’est qu’un ensemble de forces maîtrisables. De plus, il est vrai que l’on ne peut nier les bienfaits dont elle est à l’origine ainsi que la capacité de puissance, de maîtrise du monde, qu’elle a donné à l’homme, comme l’évoquait déjà en son temps, le mythe de Prométhée. Cependant, il semblerait que l’on ne voit que les gains que nous apporte ce développement. La technique pourtant paraît devenir de plus en plus menaçante ; les déforestations nécessaires à l’implantation d’usines ne sont-elles pas un exemple de risques d’autodestruction de l’homme ? Peut-être faudrait-il alors mesurer les pertes qu’apporte ce type de travail (dévastation de la nature) pour en estimer sa juste valeur ? Toutefois, le sujet pose le problème plus global de l’estimation d’une civilisation. Peut-on suggérer qu’une civilisation est inférieure à une autre sous prétexte qu’elle ne présente pas d’essor spectaculaire au niveau technologique, et surtout, qu’elle n’ait pas l’air de s’ en préoccuper ? Alors, le développement de la technique est-il le moyen, pour une civilisation, d’être estimable ou au contraire, l’obstacle qui l’empêche de l’être ? Il est indéniable que toutes les civilisation poursuivent le même but : donner aux hommes le plus de bonheur possible. Ainsi, au départ, si une civilisation a développé sa technique, c’était dans le but que les machines remplacent l’homme dans ses travaux pénibles et fatigants. Cependant les sociétés modernes se sont lancées dans une course au rendement (qui permet de gagner du temps) et dans une compétition (on veut être le premier à aller sur la lune). Ces civilisations là gagnent, grâce à ce progrès, de plus en plus d’argent, ce qui leur permet de mettre au point de nouveaux appareils à l’origine de certaines connaissances (le microscope par exemple, permet de visualiser des molécules invisibles à l’oeil nu). Elles pensent donc pouvoir maîtriser de plus en plus de choses, ce qui contribue à leur bonheur. Mais ne pouvons-nous pas craindre qu’un jour ce soit les machines qui contrôlent les hommes ? De plus, ces civilisations croient surtout être capables de réaliser et de connaître plus de choses que les autres civilisations, ce qui peut expliquer leur domination planétaire. Toutefois, les civilisations qui utilisent peu la technique semblent trouver leur bonheur en restant au premier stade de leur développement. Nous pourrons donc dans un premier temps comparer ces deux modèles de civilisation et nous demander ce qu’apporte la technique à une culture. Ensuite, la quête du bonheur fera l’objet d’un second point : le développement de la technique rend-t-il réellement les hommes plus heureux ? Enfin, nous verrons que ces deux sortes de civilisation s’accordent à dire que le développement de la technique est nécessaire car elle améliore les conditions de vie, mais qu’il faut aussi savoir reconnaître ses limites telles que des conséquences environnementales.

 

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Considérons l’état d’esprit d’un homme appartenant à une civilisation qui développe sa technique. On remarque que plus il découvre de choses, plus il est satisfait. En effet, il y a de la concurrence et son objectif est d’être le meilleur, donc il veut produire plus et maîtriser un maximum de choses concrètes ou abstraites (le savoir). Il se sent puissant, supérieur et pense avoir le droit d’exploiter les autres et de leurs imposer sa culture (comme le démontre l’exemple de la colonisation). Maintenant, attardons-nous sur l’exemple des hommes appartenant à une civilisation dont le développement de la technique est moins rapide. Ne se sentent-ils pas plus libres? Effectivement cette hypothèse peut paraître absurde mais, dans ce sens, des hommes qui échappent à l’influence de la compétition technique échappe à ses contraintes. Ils ne subissent pas, par exemple, l’influence de la télévision ou d’internet. Comme le dit Claude Zylberberg «  l’ordinateur, s’il facilite et accélère la recherche des informations, a indexé, fiché, numéroté l’individu, a somme toute restreint la liberté individuelle  » ( Le Monde, octobre 1979). La technique ne crée-t-elle pas une dépendance? Si c’est le cas, alors l’homme qui la développe met en place une forme d’aliénation, d’esclavage : que serait-il si on lui enlevait tout le matériel qui lui permet d’écrire, de calculer, de communiquer? On peut également ajouter que, pour qu’une civilisation connaisse un développement de sa technique, il faut que « ses membres » travaillent davantage pour continuer à l’accroître. Donc si on reprend l’idée que le développement de la technique rend plus estimable une civilisation, il ne faut pas oublier que cela se fait au prix d’une soumission plus importante de l’homme au travail et à l’effort qu’implique le développement matériel. D’après Rousseau, celui qui ne connaît pas la technique  » se porte tout entier avec soi « . Il est très simple de visualiser ce point de vue. Imaginez un combat entre un homme de chaque type de civilisation. Et bien, ce combat est inégal, mais dans quel sens ? En effet, s’ils combattent avec des armes, alors c’est l’homme de la civilisation exploitant sa technique qui gagne puisqu’il a en sa possession un matériel plus puissant. Cependant si le combat se fait à mains nues, c’est l’autre qui détiendra la victoire. Cette théorie met donc en évidence le fait que l’homme utilisant la technique se dépossède de ses facultés et de ses forces, qu’il transporte hors de lui (en laissant la machine faire pour lui).

 

Dans Le Meilleur des mondes Aldous Huxley, évoque l’idée selon laquelle le libre arbitre a été donné aux êtres humains afin qu’il puisse choisir entre la démence et la folie. A ce sujet le livre montre que la technique est utilisée comme si l’homme devait être adapté et asservi à elle. Il analyse donc les conséquences négatives du progrès technique lorsqu’il affecte les individus. Les fécondations in-vitro mises en scène sont à l’origine de naissances programmées qui provoquent une perte d’identité. La personne est conditionnée pour réaliser quelque chose de précis, c’est donc une déshumanisation. Dans ses conditions, ne peut-on pas comparer l’homme à une machine? Sans doute, on peut opposer à cette idée d’une déshumanisation par la technique, l’idée selon laquelle les techniciens souhaitent exploiter au maximum les ressources de la planète, apprendre à les maîtriser et à les utiliser dans le but d’améliorer notre manière de vivre. L’homme connaissant le développement de la technique s’adapte facilement à la vie moderne qui semble lui apporter une vie meilleure. Les médicaments par exemple, le soulagent ou le guérissent; le radiateur le réchauffe quand il a froid ; l’avion lui permet de voyager quand il veut. D’ailleurs, le développement de la technique peut apparaître comme un devoir pour une civilisation. Selon Auguste Comte  » la civilisation semble d’abord devoir concentrer de plus en plus notre attention vers les soins de notre seule existence matérielle «  (cours de philosophie positive, 1839-42). L’homme de cette civilisation là veut connaître ses limites (s’il en a), il a une soif de connaissances et de satisfactions. Mais on peut voir cette exigence comme un risque. Alexandre Dumas illustre parfaitement cette idée dans Le Comte de Monte-Cristo (1846), selon lui, la civilisation nous a donné des « besoins », des  » vices « , des « appétits factices » qui ont parfois pour effet de nous faire étouffer nos bons instincts et de favoriser ceux qui nous conduisent au mal.

On peut en effet se demander s’il est vraiment souhaitable de réaliser tout ce qui est techniquement possible. Mauriac, poète et romancier français du XIX/XXème siècle dont les engagements politiques sont guidés vers un idéal chrétien socialisant, nous expose une autre théorie selon laquelle  » une civilisation ne se mesure pas à la rapidité des voyages ni au confort de la vie matérielle, mais, comme le royaume de Dieu, elle réside au-dedans de nous et se rattache à une certaine vertu de l’âme « . Ce principe définit donc l’idée qu’une communauté ne doit pas seulement avoir foi dans le développement de sa technique, mais surtout en chacune des personnes qui la constitue. On peut encore voir les choses sous un autre angle : lorsqu’on vit en harmonie avec la nature, c’est à dire lorsqu’on la respecte et qu’on ne l’épuise pas, on est alors dans l’optique d’une complémentarité avec elle. En effet des échanges se font entre l’homme et la nature ; celle-ci absorbe du dioxyde de carbone et rejette du dioxygène tandis que l’homme fait l’inverse, par exemple. La nature apparaît donc comme nécessaire à la survie de l’homme et inversement, la nature dépend de l’homme. On aboutit donc à une hypothèse selon laquelle la civilisation sans technique (ou peu) fait davantage preuve d’intelligence que l’autre, dans la mesure où elle réfléchie d’abord sur ses besoins vitaux plutôt que sur ses besoins matériels. D’après Gabriel Marcel,  » plus les techniques progressent, plus la réflexion est en recul  » ( Les Hommes contre l’humain (1951)).

 

Enfin, plutôt que de rester opposées, ces deux types de civilisation semblent essayer de combler le fossé qui les sépare en faisant une sorte d’alliage. En effet, la société sans technique prend conscience que les progrès techniques auraient une fonction libératrice  » si chaque instrument était capable, sur une simple injonction, ou même pressentant ce qu’on va lui demander, d’accomplir le travail qui lui est propre (…) alors, ni les chefs d’artisans n’auraient besoin d’ouvriers, ni les maîtres d’esclaves « , Aristote La Politique (384-322 avant J.C.). Cette citation montre un côté bénéfique de la technique ; elle permettrait de rendre la liberté aux esclaves. Mais en même temps, dans cette conception on s’aperçoit que s’il en était ainsi, on n’aurait plus besoin ni des uns, ni des autres ; on serait autonome, mais on vit en communauté dans les deux cas : ce n’est donc pas une valeur. De plus, les pays connaissant le progrès technique ne peuvent plus régresser, c’est à dire faire marche-arrière. Pourtant peut-être qu’un jour ils regretteront, par exemples s’ils en vienne à être esclaves de leurs propres objets de maîtrise du monde en devenant incapables de s’interroger sur les fins qu’ils poursuivent, et, s’ils prennent conscience qu’ils créent leurs propres moyens d’autodestructions (bombe atomique, camps d’extermination, déforestations…).

 

D’un autre côté, si au début certaines civilisations n’ont pas développé la technique c’est peut-être par manque de moyens financiers. Cette hypothèse semble se confirmer dans la mesure où aujourd’hui certaines civilisations voudraient connaître cet essor, mais les autres civilisations les en empêchent car elles ont pris conscience des conséquences planétaires que cela implique. Une vague écologique naît. Pour certains, ce n’est pas l’emploi de la technique qui est dangereux mais la technique elle-même :  » ce n’est pas seulement son utilisation, c’est bien la technique elle-même qui est déjà domination (sur la nature et sur les hommes), une domination méthodique, scientifique, calculée et calculante  » ( Culture et Société (1965), Marcuse). On peut donc dire en somme que la technique produit alors autant de possibilités de destruction et de régression que de progrès.  » La civilisation ne mérite pas son nom si elle ne répare pas le mal qu’elle cause, si elle ne donne pas le remède aux maux qu’elle engendre « , A. de Valon Les Prisons de la France sous le régime républicain, (dans Revues des deux mondes le 1er Juin 1848). On remarque ici que, même si la technique semble exercer une influence bénéfique au sein des civilisations ( on ne peut nier le fait qu’elle est à l’origine de bienfaits), elle devient maléfique si l’on considère que l’homme est soif de savoir et qu’il est possible que sa curiosité prenne plus d’ampleur que sa conscience de destruction du monde.

 

 

En définitive,  » plus le niveau de la technique est élevé, plus les avantages que peuvent apporter des progrès nouveaux diminuent par rapport aux inconvénients « , d’après Simone Weil Oppression et liberté (1955). La technique est une forme de domination qui introduit une hiérarchie très forte entre les groupes sociaux. D’ailleurs, certaines sociétés qui ne se reposent pas sur la maîtrise de la technique sont renvoyées à leur état primitif.  » Il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu’elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale  » Levis Strauss, Races et histoire (1968). Il faut donc accepter de dire que chaque société marche selon les finalités qui sont les siennes, qu’il n’y a donc pas à examiner ces différents parcours comme étant « bons » ou « mauvais », « méritoires » ou « insuffisants ». Il ne faut pas avoir une foi aveugle dans la technique qui n’est pas seule facteur de progrès. Et oui, n’existe-t-il pas d’autres formes de pouvoir et/ou de valeur ? Les progrès de la technique sont apparents mais les risques sont réels. Elle est donc à la fois une menace et un progrès. Du coup, la valeur de la technique dépend de l’intention de ceux qui l’utilisent et, d’après Durkheim  » par elle-même la civilisation n’a pas de valeur ; ce qui en fait le prix, c’est qu’elle correspond à certains besoins « , De la division du travail social (1893). Alors peut-être faudrait-il envisager d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique, moins parfaite, et plus libre ?

 

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Un commentaire

  1. Aid

    16 février, 2010 à 20:06

    Merci :)

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