L’artiste sait-il ce qu’il fait? (copie de Nadia Humbert- terminale L- 2008)

Posté par chevet le 22 septembre 2008

L’artiste sait-il ce qu’il fait ?

Le sujet nous amène à nous poser des questions sur le statut de l’artiste, ainsi que sur le mode de création des œuvres d’art. Il nous invite à supposer que les artistes n’ont pas entièrement conscience des mécanismes de cette création. Pourtant, ce sont d’eux que viennent leurs œuvres, et ils doivent bien comprendre ce qu’ils font. Ils devraient avoir une raison de peindre, d’écrire ou de composer de la musique comme ils le font, dans un point de vue esthétique, ou pour provoquer une réaction chez le spectateur. Pourtant, les artistes semblent différents de tous ceux qui créent de simples objets techniques. Ce qui rendrait leurs œuvres singulières ne serait pas, justement, le fait qu’elles ne soient pas prévues à l’avance ? Qu’elles n’auraient pas de but précis pour exister mais qu’elles arrivent, à travers l’artiste mais d’elles-mêmes, sans que l’on sache d’où ? Cependant, les artistes semblent suivre des techniques bien définies pour donner vie à leurs œuvres et les plus reconnus sont ceux qui les appliquent le mieux ou savent les dépasser. Cela signifierait qu’ils savent comment faire pour réussir. Toutefois, la perception qu’ils ont lors de la création ne semble pas ressembler à celle qu’un ouvrier peut avoir de l’objet qu’il fabrique. Il aurait comme un émerveillement, il semble y avoir pour lui une part d’imprévu. D’un autre côté, faut-il pour autant considérer les artistes comme des gens d’exception par la particularité qu’ils auraient de ne pas savoir ce qu’ils font ? Faut-il en faire une caractéristique générale ?

Rimbaud, Mozart, Proust, Van Gogh, tous ces artistes sont reconnus et, si tout le monde n’admire pas leurs œuvres, on ne peut nier leur talent. C’est le talent des artistes qui nous étonne et nous frappe, comment en quelques mots ils parviennent à faire passer des sentiments, en quelques traits de crayon, évoquer la vie sur une feuille ou faire d’un bloc de marbre une déesse d’un autre temps. On se demande par quels moyens ils obtiennent un tel résultat. On découvre en eux une réelle maîtrise des outils mis à leur disposition. Or, cette maîtrise n’est pas innée. Elle découle d’une pratique de ces outils, d’une acquisition, au fil du temps, d’une certaine technique. Pourtant, pourtant, l’art est différent de la technique, à ce qu’il semblerait. Alors, dans ce cas, que serait l’art sans la technique ? Il serait ce qu’il était s’il n’avait pas évolué. Prenons un exemple simple. Un enfant devant un piano, n’ayant aucune leçon de solfège, même avec une âme d’artiste, ne fera certainement pas un morceau plus beau qu’un ordinateur créant un morceau au hasard en suivant des règles strictes de symphonie, ou bien un adulte dénué de tout talent en appliquant les conseils de ces mêmes règles. L’art demande l’apprentissage d’une technique. Celle-ci correspond aux progrès et aux découvertes des artistes au fil du temps. Un jour, un poète a découvert la métaphore et à quel point elle pouvait embellir un récit et depuis, les poètes en usent. Il est difficile d’affirmer que cela s’est déroulé ainsi dans ce cas précis, mais il est évident qu’il y a eu des situations analogues pour d’autres règles des arts. Par l’évolution de l’art, on peut voir l’évolution des techniques, des règles des artistes.

Où cela nous mène-t-il ? C’est bien simple. Si les artistes utilisent ces techniques, il faut bien qu’ils en aient conscience. Ainsi, quand ils créent, ils doivent suivre des règles en sachant que tel ou tel procédé permettra de produire tel ou tel effet. Ils savent donc bien où cela va les amener et à quoi va ressembler ce qu’ils créent.

Mais alors, si les règles de l’art sont préétablies et qu’il suffit de les agencer selon certains principes, d’où vient-il qu’il y ait des artistes qui surpassent tous les autres ? Cela peut découler d’une plus grande maîtrise de ces techniques, mais de telles différences semblent tout de même difficiles à contenter par cette simple explication.

Kant en avance une autre. Selon lui, les artistes seraient dotés d’une caractéristique qui les distinguerait des autres. Ils possèderaient une sorte de don, de génie qui les inspirerait. Ce génie serait à l’origine de leur talent et de la beauté, du succès de leurs œuvres. Dans ce cas, ils ne sont pas vraiment auteurs de leurs œuvres mais c’est ce génie qui leur donne leurs idées et leur permet de créer de telles œuvres. Ils ne sont pas maîtres de leur création et, étant simplement inspirés, ils ne savent pas réellement où ils vont et ce qu’ils font. On retrouve une théorie analogue chez Platon. Dans son dialogue Ion, le personnage de Socrate explique que les artistes, en l’occurrence les poètes, sont possédés par les dieux quand ils composent de beaux poèmes. De même pour les acteurs, c’est la Muse qui les fait jouer si bien. Lors de cet  » enthousiasme « , ils ne savent pas ce qu’ils font, ou du moins pas pourquoi. Ils n’ont, en quelque sorte, plus toute leur raison puisqu’ils sont agis par une puissance divine. Ils se contentent de suivre les commandements inconscients de la Muse et leur talent ne leur incombe pas.

Cette théorie qui affirme que les artistes sont inspirés et qui voient leurs œuvres se créer devant eux semble fondée. En effet, certains artistes le décrivent eux-mêmes. Ils ne parviennent pas à expliquer d’où leur viennent toutes leurs idées et l’œuvre semble jaillir d’elle-même. Certains auteurs de romans ne savent pas comment l’intrique se dénouera et découvrent le fil de l’histoire à mesure qu’ils l’écrivent. Parfois, les vers d’un poème se contentent d’apparaître dans l’esprit du poète. Ce processus semble venir du plus profond de l’inconscient de l’auteur qu’il ne contrôle pas. Ainsi, il peut s’étonner de sa propre œuvre qui apparaît comme détachée de lui. Au moment où il crée, il ne sait pas ce qu’il fait. Cela est souvent représenté comme une caractéristique propre à l’artiste, qui le distinguerait de l’artisan. L’artisan sait ce qu’il fait, il connaît son objectif et toutes les étapes qui constituent la réalisation de son projet. L’artiste, lui, ignore cela. Son esprit est plus éthéré et c’est la raison pour laquelle il peut atteindre, à son insu, un degré de beauté bien supérieur.

Cette conception de l’artiste semble en faire une créature hors norme, non seulement dotée de particularités quasi-divinatoires mais également capable de sombrer dans la folie pour créer. Pourtant, les artistes sont bien des êtres humains et si certains sont dotés d’une grande sensibilité (ce qui est aussi le cas d’hommes et de femmes qui n’ont aucun talent particulier), ce n’est pas une généralité. Puisque les artistes eux-mêmes l’affirment, on doit reconnaître que, dans certains cas, ils ne savent pas ce qu’ils font et que tout leur vient sans avoir à y prêter attention. Cependant, cela ne doit pas non plus être considéré comme une généralité. C’est vrai, il doit être difficile de savoir à l’avance tous les détails de l’œuvre avant sa réalisation, mais cela ne veut pas dire que tous les artistes décident de cela par leur simple humeur du moment. Il est bien évident que la réflexion ne peut qu’améliorer leurs œuvres. Ainsi, ils peuvent conserver le meilleur mais aussi déceler les éventuelles erreurs qu’un manque d’attention a pu faire naître, ou améliorer des détails pour les rendre plus pertinents. Cette réflexion demande un certain degré de conscience. Les plus belles œuvres sont souvent les plus travaillées, dans le sens où une œuvre sera plus belle si elle est plus réfléchie. Ainsi, les plus grands artistes doivent donc savoir ce qu’ils font mieux que les débutants.

Cela n’est d’ailleurs pas propre à l’art. On peut faire de même dans des domaines beaucoup plus techniques. De la même façon qu’un écrivain n’a au début qu’une vague idée de ce qu’il va faire, qu’il affine au fur et à mesure, celui qui a construit la première fusée, par exemple, est parti lui aussi d’une idée avant de rajouter des détails au fur et à mesure. Ainsi, non seulement tous les artistes n’ignorent pas ce qu’ils font, mais leur façon de procéder ne leur est pas propre.

Il faut reconnaître que parfois, l’œuvre vient seule à l’artiste, comme certains poèmes, par exemple. Cependant, il peut aussi être parfaitement conscient, dans d’autres cas, du processus de création. Cela dépend de l’œuvre, des conditions dans laquelle elle se crée et, surtout de l’auteur. Il ne faut pas croire que tous procèdent de la même manière. Un artiste se définit surtout par sa liberté et ils se distinguent tous les uns des autres dans leur manière de créer. Cependant, ce n’est peut-être pas aux philosophes mais aux artistes eux-mêmes, qui ont une expérience de ce processus, de débattre de ce sujet.

 

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