Peut-on préférer l’illusion à la vérité? Corrigé de dissertation.

Posté par chevet le 16 octobre 2017

                On peut définir la vérité comme étant la connaissance de ce qui est : une pensée est vraie lorsqu’elle est conforme au réel et fausse dans le cas inverse. La recherche de la vérité implique donc un effort de découverte de la réalité et de lucidité sur le monde, grâce aux sciences notamment. L’illusion au contraire, qu’on en soit la victime ou bien soi-même la cause, consiste à croire à des choses fausses, au fait de « se faire des idées », de se laisser bercer par de doux rêves et des convictions qui ne correspondent à aucune réalité. De nombreuses croyances peuvent de ce point de vue nous sembler illusoires : qu’il s’agisse de certaines doctrines religieuses (les miracles) ou de certaines croyances encore plus nettement irrationnelles (comme la voyance ou la sorcellerie), on reste toujours étonné d’autant de superstitions. Il faut dire que l’illusion nous réconforte et nous apaise, elle « nous arrange » et, si la vérité est parfois difficile à accepter, sa fonction est de nous rassurer, de compenser nos frustrations et de donner une sorte de réponse à nos désirs. Si l’illusion peut-nous rendre plus heureux, faut-il alors la préférer à la vérité si celle-ci nous rend tristes ? Faut-il au contraire toujours considérer que la vérité est préférable à toute forme d’illusion même si elle nous attriste ou nous déçoit ? Faut-il, en somme, perdre ses illusions ou bien certaines d’entre elles ne nous aident-elles pas à vivre? Pour traiter cette question nous commencerons dans une première partie par nous demander si l’illusion n’est pas en effet à définir comme une sorte de fuite du réel et une manière de trouver un réconfort par rapport à une réalité frustrante, puis nous nous demanderons ensuite en quel sens la vérité serait alors meilleure par principe à cette forme d’aveuglement et enfin, nous nous nous demanderons s’il existe ou non des illusions positives et nécessaires.

                                                                                                       ***

                 (I) Il existe différentes sortes d’illusions, celles qui sont basées simplement sur nos sens (les illusions perceptives) et celles qui sont fondées sur les dérives de notre imagination (illusions oniriques ou psychologiques). Lorsque la réalité est froide et décevante, en décalage par rapport à nos aspirations, il nous est assez facile de nous laisser aller à rêver (à fantasmer), à embellir la réalité, et de nous inventer des croyances, un monde imaginaire qui vient combler nos frustrations ou nous apaiser, comme Don Quichotte qui, pour fuir la médiocrité de son quotidien, se prend pour un personnage héroïque et pour un fier chevalier. La fabrication de ce monde fantastique peut être interprétée alors comme une compensation. C’est d’ailleurs le propre des enfants que de se projeter sans cesse dans un monde « onirique », celui des histoires inventées et enchantées (les contes), pour se réfugier ou fuir le quotidien vers un monde fait d’émerveillement. C’est le cas de la plupart des hommes qui ne cessent de s’inventer des croyances imaginaires… ou qui aujourd’hui préfèrent se réfugier dans des mondes virtuels grâce à la technologie moderne… (et internet amplifie la question).

                C’est d’ailleurs ce que disent Marx et Freud de la religion : le premier considérait la religion comme un « opium du peuple », un ensemble de croyances fausses visant à soulager l’homme de sa misère, de l’inévitable détresse liée à ses conditions d’existence ; le second, notamment dans son livre L’avenir d’une illusion, voyait dans la religion un moyen de soulager les hommes de l’angoisse de la mort et l’expression d’un désir infantile de protection (se sentir protégé par « un père » tout puissant tout comme l’enfant se sent protégé par son père biologique). La religion obéirait ainsi à la logique du désir plutôt qu’à la logique de la vérité…  Dans tous les cas, l’illusion ne semble pas ici se réduire à une simple erreur car elle ne se corrige pas facilement et semble relever d’un monde imaginaire persistant que l’on se fabrique pour se protéger de la dure réalité… Du latin « illudere » (se jouer de – se moquer de) l’illusion est donc une croyance ou une opinion fausse qui trompe notre esprit par son caractère séduisant et qui est fondée par l’espérance de la réalisation d’un désir. Il ne s’agit donc pas ici de mensonge, car celui qui est illusionné ne fait pas la différence entre l’illusion et la vérité puisqu’il y croit ; sauf peut-être si l’on parle d’un mensonge fait à soi-même par lequel on se fabrique ses propres illusions (une forme de déni de réalité). Le mensonge vient en effet de celui qui sait qu’il dit l’inverse de la vérité (ou tout au moins de ce qu’il pense être la vérité) et qui fait le choix de ne pas la dire à quelqu’un. L’illusion au contraire consiste dans le fait que l’on ne regarde pas les choses en face, par faiblesse ou par volonté de faire diversion, par crédulité, ce qui nous conduit à fuir le réel pour éviter d’avoir à en souffrir. Mais ces univers du fantasme, du rêve, doivent-ils être évités justement parce qu’ils sont virtuels ou l’homme en a-t-il fondamentalement besoin pour être  heureux ?  

                 Il semblerait moins difficile de se réfugier dans certaines croyances imaginaires pour se protéger de la réalité parfois cruelle. La fuite dans l’illusion pourrait alors nous apparaître positive et préférable par rapport à une réalité finalement déprimante au sens où il s’agirait d’une stratégie de diversion c’est-à-dire de « divertissement » au sens pascalien du terme.  Le philosophe Pascal, dans Les Pensées, définissait le divertissement comme une stratégie que l’homme préfère mettre en place pour fuir la triste réalité de sa condition (le négatif : les hommes pour ne pas en être troublé, préfèrent ne pas trop y penser) :  « la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser ». Telle est la définition la plus simple que Pascal donne de ce qu’il appelle le divertissement (fragment 168, in Les Pensées). Il s’agit donc de la manière que nous avons, quotidiennement, de nous dissimuler notre existence véritable, notre finitude : si les hommes placent leur bonheur dans des activités sociales multiformes qui relèvent d’une agitation incessante, c’est au fond pour fuir la conscience de leur nature mortelle. Finalement, pour être heureux, l’homme fait le choix de penser à autre chose qu’à ce qui le gêne : l’adhésion à des illusions est le résultat de ce même mécanisme.

                Mais cette fuite du réel rend-t-il l’homme plus heureux se demande alors Pascal ? : « N’est-ce pas être heureux que de pouvoir être réjoui par le divertissement? – Non ; car il vient d’ailleurs et de dehors ; et ainsi il est dépendant, et partant, sujet à être troublé par mille accidents qui font les afflictions véritables » (fragment 170). Autrement dit, le divertissement est toujours fragile et la réalité du malheur qu’implique la vie peut revenir à chaque moment brutalement. De même pour l’illusion et toute « politique de l’autruche » : on peut penser qu’il serait plus confortable de ne pas voir certaines choses pour ne pas en être troublé, de fuir la vérité triste pour se réfugier dans l’illusion heureuse, mais rien ne nous garantit que la réalité ne viendra pas refaire surface d’autant plus brutalement que nous aurons auparavant refuser de la voir… Si l’on veut agir sur la réalité, pouvoir y faire face et ne pas avoir à la subir, n’est-il pas nécessaire de perdre ses illusions et de chercher avant tout la vérité ?

 

                (II) Par principe, nous pourrions nous demander s’il n’est pas nécessaire d’affirmer que la vérité est toujours préférable par rapport à l’illusion si cette dernière nous condamne à ne pas voir les choses comme elles sont, et donc à subir une forme d’ignorance,  à être en position de fragilité et d’impuissance. Tout d’abord, l’on peut souligner le fait que si l’illusion peut nous soulager et nous aider un certain temps, elle nous expose aussi toujours au risque de nous faire connaître ensuite la désillusion… L’on peut s’illusionner, par exemple, sur ses compétences un certain temps mais échouer à un examen parce qu’on croyait qu’on allait le réussir facilement… Ensuite, on peut noter que même si l’illusion est consolante, elle ne nous permet pas de nous adapter aux exigences véritables du réel et, en nous détournant du monde tel qu’il est, nous prive de la possibilité de nous y confronter directement pour pouvoir le changer et le transformer (réussir son examen !) : si l’illusion est une fuite du réel, elle nous condamne aussi à une forme de faiblesse à l’égard de ce réel qui nous échappe, surtout lorsque l’illusion se transforme en folie (voir le film Shutter Island sur ce sujet avec Léonardo di Caprio). N’est-il pas préférable, face à une triste et difficile réalité, d’apprendre à la regarder pour elle-même pour pouvoir la modifier ?

                La lucidité serait donc la condition de l’action efficace. Et c’est pourquoi beaucoup d’hommes consacrent leur vie entière à la recherche de la vérité : le savant, le juge, le policier, le journaliste, le médecin, le philosophe ou le simple citoyen qui souhaite être objectivement informé. Tous font alors de la vérité une valeur collective parce qu’ils savent que la connaissance de la vérité est le seul moyen d’action efficace sur le réel : si les dictatures mentent à leur peuple, que les propagandes plongent les hommes dans l’illusion, elles les privent alors  de toute forme de liberté politique. Il semblerait donc de point de vue assez paradoxal de faire l’apologie de l’illusion s’il faut entendre par là une méconnaissance de la vérité que l’on doit subir sans pouvoir la choisir. Il apparaît donc nécessaire de savoir perdre ses illusions pour pouvoir conserver une certaine maîtrise de sa propre vie, en tous les cas, celles que nous n’avons pas choisies et donc nous sommes victimes sans forcément le savoir …   Il peut donc sembler toujours préférable de perdre ses illusions.  Toutefois, on peut se demander si un tel projet n’est-il pas lui-même illusoire : peut-on vraiment imaginer une humanité sans illusions ?

III)          Les hommes ne réussiront sans doute jamais à perdre toute forme d’illusion : si l’illusion trouve sa racine dans la satisfaction imaginaire d’un désir, et si le désir se renouvelle sans cesse et « déborde » en quelque sorte du réel, alors il semble difficile d’imaginer pouvoir perdre nos illusions. D’ailleurs l’illusion, tout en étant inévitable, n’est-elle pas parfois nécessaire et utile ? N’est-elle pas ce qui nous aide à vivre ? Ne peut-elle pas être choisie en connaissance de cause ? L’illusion en tant que satisfaction imaginaire d’un désir peut être estimée et évaluée différemment selon son utilité pour la vie : n’y a-t-il pas des illusions qui sont favorables et d’autres dont il faut apprendre à se garder ?

                On pourrait tout d’abord rappeler avec Rousseau que puisque l’homme est un être de désir, il ne cesse d’espérer et d’imaginer, d’attendre de l’avenir et de « fantasmer » sa vie : le désir projette en effet l’homme dans une attente qui produit en lui un certain plaisir et, nous dit Rousseau dans La Nouvelle Héloïse, « on jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux ». C’est que l’homme passionné, l’amoureux fou par exemple, va embellir l’objet sur lequel convergent tous ses désirs (la fameuse « cristallisation » selon Stendhal) et le sentiment amoureux ressemble alors furieusement à une sorte d’illusion. Mais après le fantasme amoureux vient le rapport à la réalité du quotidien et des relations humaines et alors « tout ce prestige disparaît devant l’objet même » et « l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Être existant par lui-même, il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas ». Ce que veut dire ici Rousseau c’est l’homme ne peut pas s’empêcher de désirer et donc de rêver à des choses qui sont en partie illusoires (Voir sur la question de la puissance de l’illusion dans la relation amoureuse, le film de Hitchcock, Vertigo) mais il trouve déjà dans ses fantasmes une forme de satisfaction par rapport à une réalité qui elle s’avère être décevante. Autrement dit, pas de bonheur sans illusion ! 

                Certaines productions imaginaires nous semblent alors indispensables : pourrions-nous vivre sans fantasmer en somme? Pourrions progresser en politique et dans l’histoire sans rêver et croire en un monde idéal ? Le progrès n’est-il pas toujours fondé sur des rêves futuristes en partie illusoire? L’imaginaire politique peut, dans bien des cas, nous paraître utopique mais ces idées d’un monde meilleur peuvent être de puissants leviers favorisant l’action collective (et inversement les dystopies, comme celle de Georges Orwell dans 1984, nous permettent d’anticiper des mondes dont nous ne voudrions pas).   

                De même, le philosophe Nietzsche dans La naissance de la tragédie, considère que l’imaginaire artistique nous donne « toutes ces illusions de la belle apparence qui rendent, en chaque instant, l’existence digne d’être vécue, et nous incite à vivre l’instant qui suit ». Telle est d’ailleurs, selon lui, le sens alors de la tragédie antique grecque, et notamment celle d’Homère, qui proposa aux hommes de l’antiquité une image idéale d’eux-mêmes en la transposant dans la splendeur du monde olympien. C’est ainsi que l’art permet d’être une illusion utile à la vie en transformant la plainte des hommes en hymne à la vie. Si la tragédie représente les malheurs de l’existence (quelle vie plus tragique que celle d’Oedipe par exemple?), pourtant cette représentation tragique est capable de produire la joie esthétique du théâtre tragique où l’homme se décharge de ses propres souffrances (l’art comme « catharsis »). C’est donc par l’art que les grecs parvinrent à triompher de leur pessimisme. Seule la consolation de l’art avait pu les guérir de « la plaie éternelle de l’existence » nous dit Nietzsche. « L’art s’avance, écrit Nietzsche, comme un dieu sauveur et un guérisseur : lui seul a le pouvoir de transmuer ce dégoût de ce qu’il y a d’horrible et d’absurde dans l’existence en représentations à l’aide desquelles la vie est rendue possible ». L’idée centrale de Nietzsche est que l’art doit embellir la vie et nous guérir de nos souffrances. On peut donc ici souligner l’importance du plaisir que provoque en nous l’illusion lorsque celle-ci est pensée comme telle et qu’elle est volontairement admise par l’homme sur un mode ludique ou esthétique (voir l’exemple intéressant de l’art baroque à ce sujet très souvent basé sur des techniques d’illusions) ce qui démontre en somme que nous ne pouvons pas toujours préférer la vérité mais que nous avons besoin d’illusion pour vivre.

                On pourrait même supposer que certaines vérités pour être énoncées et comprises doivent passer par la fiction artistique, la littérature notamment ou le cinéma : ne faut-il pas fabriquer des fictions (littéraires notamment) pour pouvoir réussir à dire certaines vérités ? La fable, les contes, la science-fiction, le roman, la peinture et le cinéma, bien qu’appartenant à l’ordre de la fiction peuvent bien entendu parvenir à témoigner de certaines réalités sociales. Don Quichotte, pour reprendre cet exemple, dans le roman de Cervantès, se bat contre les moulins à vent…. Il apparaît alors comme un fou vivant dans un délire illusoire, mais au final, le roman permet progressivement, à travers le prisme de ce délire, de faire la peinture des hommes de son époque et de témoigner de leurs défauts et de leurs vices, de révéler certaines vérités sur la nature humaine et sur une société (le roman procède à une peinture de son époque et fait la critique des structures sociales rigides de l’Espagne médiévale).

                                                                                            ***

                En somme, si on définit l’illusion comme une sorte de satisfaction imaginaire né d’un désir et si le désir ne se satisfait jamais complètement du réel, vivre sans illusion supposerait que l’on renonce à bon nombre de nos désirs : on rêve d’un beau voyage avant même de partir ! Bien souvent nous fantasmons notre vie et c’est cet imaginaire qui semble indispensable au bonheur. Le bonheur ne consiste-t-il pas à imaginer notre joie comme possible ? Par ailleurs, l’illusion est souvent positive lorsqu’elle est reconnue comme telle et volontairement admise comme fiction et spectacle, plaisir de l’artifice et du trompe-l’oeil. Ainsi, si la vérité est nécessaire et si l’homme doit se méfier des illusions qu’il ignore et dont il est victime, il peut tout au contraire s’amuser et se divertir, se nourrir et se réjouir, des illusions qu’il reconnait comme telle notamment à travers l’imaginaire artistique.   

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« RASHOMON » FILM DE AKIRA KUROSAWA

Posté par chevet le 27 septembre 2017

 

Rashōmon est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa en 1950, d’après la nouvelle de Ryunosuke Akutagawa

                                             rashomon

            Le film porte tout d’abord sur la question de la recherche de la vérité. L’idée principale du film est de souligner qu’il est impossible de la trouver parce que l’homme ne voit la réalité qu’à travers un point de vue qui lui est propre, qu’à travers une perspective qui lui est personnelle. L’homme n’a donc pas accès au réel mais seulement à la façon dont il le voit (relativisme ou « perspectivisme »: à chacun sa perspective…). Mais le film porte aussi sur le mécanisme de l’illusion et plus exactement sur la possibilité du mensonge fait à soi-même : lorsqu’une vérité est difficile à supporter et à admettre, on peut être tenté de se la cacher et de se raconter une histoire qui nous arrange et à travers laquelle on se donne un meilleur rôle…

            Dans le film , la vérité semble introuvable. L’histoire est policière et à propos d’une scène de crime, il y a  plusieurs témoignages et autant de récits différents : le bûcheron, le bonze, le policier, le bandit, la femme, le mort, autant de versions différentes d’un même évènement. Il y a une succession des points de vue et des versions, des témoins et des narrations : chacun raconte une histoire qui n’est pas compatible avec celles des autres et, au final, aucune version ne semble concluante ni pouvoir l’emporter en vérité sur celles des autres. On ne sait donc jamais où se trouve la vérité des témoignages. La thèse du film est donc que la vérité est introuvable car aucune version ne s’impose malgré l’apparente sincérité des aveux. Le bûcheron dit d’ailleurs à un moment : « je ne mens pas, c’est la vérité ! ». Malheureusement, un menteur ne dit pas autre chose… et malgré les confessions et les secrets apparemment révélés, les propos sont en fait contradictoires. On comprend que la logique de l’aveu n’est donc pas celle de la vérité, que la logique du mensonge semble l’emporter sur celle de la sincérité. Tout le monde semble mentir dans ce film… A un moment le bûcheron dit alors : « Les hommes ne peuvent pas dire la vérité, ils se la refusent à eux-mêmes »… Film alors désespérant puisqu’il semble que l’on ne puisse se fier à personne, que le mensonge est universel ou l’illusion permanente. « Si on ne peut plus croire en personne, dit alors le bonze, alors la vie est un enfer »…  

            La seule note optimiste du film se découvre à la fin quand l’enfant est recueilli par le Bûcheron qui fait alors preuve d’humanité, comme si la compassion et la charité pouvaient compenser quelque peu le mensonge permanent des hommes. L’enfer n’est donc pas global : il est possible de faire confiance à quelqu’un… La vérité n’est alors peut-être pas tant dans les discours que dans les actes et si des actions morales sont possibles alors le cynisme se voit dépassé par la confiance : la vie n’est pas qu’un enfer permanent.

            Il y a là pourtant un paradoxe : si tout le monde ment, tout le monde sait aussi que tout le monde ment (même le mort qui témoigne lui aussi dans le film). Personne ne semble dupe de ce jeu impossible. Mais le menteur se ment-il aussi à lui-même ? S’agit-il seulement de mensonge ou bien plus fondamentalement d’illusion ? C’est que dans le film chacun s’accuse d’être le meurtrier, comme si tous les personnages voulaient se donner une place centrale, comme si chacun voulait occuper le premier rôle, être le héros de l’histoire, la thèse étant alors que nous avons tous tendance à vouloir embellir les choses, à vouloir les déformer à notre avantage, en exagérant nos actions, en bien comme en mal. Chacun fantasme son histoire, se fait un film et un scenario qui lui convient et se ment aussi à lui-même autant qu’aux autres. Le brigand héroïse son personnage de guerrier sauvage ; la femme en rajoute dans l’émotion et le pathos ; comme victime souffrante,  elle dramatise son récit. Le témoignage du mort est théâtral…, etc.

            Dans « Le Petit soldat » de J.L. Godard, un personnage dit : « La photographie c’est la vérité. Le cinéma c’est la vérité 24 fois par seconde ».      Mais ici on renonce à l’idée d’une vérité objective pour une perspective subjective : la réalité ne se donne pas à voir, elle est toujours perçue à travers le prisme de nos désirs, de nos fantasmes, de nos peurs. Le mensonge a au moins ceci de révélateur, c’est qu’il dévoile ce prisme de l’intimité, la vie psychologique de chacun, à travers lequel nous percevons le monde. Ce film fait évidemment penser aux célèbres phrases de Pascal dans les Pensées :

            « Ainsi la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, quoiqu’il en parle alors sincèrement et sans passion.

            L’homme n’est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l’égard des autres. Il ne veut donc pas qu’on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son cœur ».

 

 

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les grandes questions : y a-t-il une recette du bonheur?

Posté par chevet le 25 juillet 2017

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LE CONCEPT D’ART : LE PROCES BRANCUSI CONTRE LES ETATS UNIS (1927).

Posté par chevet le 2 juillet 2017

 Peut-on définir une œuvre d’art ?

1927. Le procès de Brancusi contre les Etats-Unis.

Une loi de 1922 le « tariff act » prévoyait aux Etats-Unis la libre importation des œuvres d’art : elles pouvaient passer la douane sans avoir à subir de taxes. Or, en 1927 la douane examina un objet étrange appartenant à un artiste nommé Brancusi : l’objet du litige était une pièce de métal jaune, dont l’identification laissait les autorités américaines perplexes. De forme mince et fuselée, mesurant 1,35 m de haut et polie comme un miroir sur toute sa surface, elle ressemblait à un objet manufacturé. L’artiste Brancusi prétendit qu’il s’agissait en réalité d’un objet d’art intitulé «The bird». Les douaniers ne furent pas de cet avis et lui demandèrent de payer une taxe au motif que cet objet ne ressemblait pas à une sculpture (nous sommes au début du siècle, au commencement de l’art moderne et à cette époque il était habituel qu’une sculpture soit figurative et basée sur l’imitation ou la figuration d’une réalité quelconque, ce qui n’était pas le cas de « The bird »). 

En octobre 1927 s’ouvrit alors à New York un procès opposant le sculpteur Brancusi à l’État américain. Il s’agissait pour le plaignant de prouver que cette sculpture qui venait d’être lourdement taxée à l’importation par les douanes américaines en tant qu’objet ordinaire, était bel et bien une œuvre d’art et comme telle, exonérée de droits de douanes .. (elle fut taxée à 40 pour cent de sa valeur aux termes de l’article 399 relatif à l’importation d’objets manufacturés). La question que pose donc ce procès est de savoir si l’objet est une oeuvre d’art ou un objet manufacturé. Autrement dit, le juge devait examiner lors de ce procès à quels critères peut-on ou non estimer qu’une chose est une œuvre d’art… (et trancher ainsi une question philosophique fort complexe !).

On peut consulter quelques une des réponses données par la cour américaine en 1927 à la question de savoir si cet objet est ou non une œuvre d’art (la totalité du procès, dont les retranscriptions sont disponibles en ligne, est passionnant à étudier : pour une analyse précise du procès voir : http://www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/pdf/ds34/ds034-09.pdf).

Le premier témoin cité à la barre est Edward Steichen, photographe américain (1879-1973).

Premier argument, Steichen a vu l’oeuvre « se faire » (p. 15).

« J’ai vu cela au cours du processus de fabrication. En fait, je l’ai vu se faire. La première ébauche a été taillée dans du marbre. A partir de ce marbre, il a été réalisé un moule en plâtre et à partir du moule un bronze a été coulé. Lorsque le bronze est sorti de la fonderie, il ne présentait qu’une très vague ressemblance avec cette chose, et c’est alors qu’avec des limes et des ciseaux M. Brancusi a taillé et travaillé cette pièce en bronze ».

-question du juge Waite : « et c’est l’artiste qui a fait cela? »

- réponse : « oui l’artiste en personne. Ce sont là les étapes par lesquelles est passé cet objet ».

(L’idée ici est de définir l’art par son mode d’exécution et de démontrer que cet objet est unique et original (authentique), et qu’il n’est pas le résultat d’une fabrication en série mais qu’il suppose l’intervention de l’artiste. Ainsi la présence de la personne même de l’artiste dans le processus de fabrication de l’œuvre d’art est donc pensée comme constitutive de son identité même).

Deuxième argument, la réputation de Brancusi, reconnu par ses pairs (p.16) :

-Le juge : « avez-vous vu ces expositions? »

- réponse : « oui, j’ai vu ses expositions, à Paris et à Londres, aussi bien que l’exposition ici à New York. Il est considéré comme l’un des tenants les plus célèbres de l’école d’art la plus moderne ».

(Ici c’est l’argument de la réputation et de la reconnaissance de l’artiste qui est évoqué : une œuvre d’art pourrait être reconnue comme art parce qu’elle serait l’œuvre d’un artiste estimé : pour établir la nature artistique d’un objet — c’est-à-dire son identité d’œuvre d’art- il faudrait d’abord en passer par la question de l’identité de la personne, en établissant que son créateur est bien d’abord reconnu comme un artiste).

Troisième argument, la ressemblance (p. 17) :

-question du juge Waite : « comment appelez-vous ceci? »

-réponse : j’utilise le même terme que le sculpteur : « oiseau », (bird).

-le juge : qu’est-ce qui vous fait l’appeler « oiseau » ? Ressemble-t-il à un oiseau pour vous?

R : Il ne ressemble pas à un oiseau mais je le ressens comme oiseau et il est défini par l’artiste comme un oiseau.

Q : Le seul fait qu’il l’ait appelé « oiseau » en fait un oiseau pour vous?

R : oui, votre Honneur.

Q : Si vous l’aperceviez sans la rue, vous ne songeriez pas à l’appeler « oiseau » n’est-ce pas?

-question du juge Young : Si vous le voyiez dans une forêt, vous n’en prendriez pas une photo n’est-ce pas? 

R : Non, votre Honneur ».

(Le second problème est ici celui de la ressemblance avec une réalité : l’objet ne représente pas ce qu’il est sensé figurer. Or, il était classiquement admis qu’une œuvre d’art devait  représenter quelque chose. Cet argument de la ressemblance repose sur la conception traditionnelle de l’art comme « mimesis » où la nature artistique de l’objet dépend de l’habileté de l’artiste à représenter, à figurer un objet du monde de façon identifiable : art = figuration ou imitation).Le problème ici est que la sculpture justement ne représente rien.Nous sommes au début de l’art non figuratif.

Quatrième argument l’utilité  qui le classerait dans les objets non artistiques (p 18) :

Q : Voyez-vous une quelconque fonction utilitaire à cet objet?

R : aucune.

Q : Lui voyez-vous ne serait-ce qu’un seul usage ou une quelconque finalité?

R : Non aucun.

Q : En fait, vous ne concevez pas qu’il puisse ressortit à l’article 399 ?

(…)

Q : Titre mis à part, dites-nous si ceci est une oeuvre d’art et obéit à un principe esthétique sous-jacent, indépendamment du titre.

R : oui.

Q : veuillez expliciter votre réponse, je vous prie.

R : D’un point de vue technique, tout d’abord, elle a une forme et une apparence ; c’est un objet en trois dimensions créé par un artiste, ses proportions sont harmonieuses, ce qui me procure une émotion esthétique, le sentiment d’une grande beauté. Cet objet possède cette qualité. C’est pourquoi je l’ai acheté. M. Brancusi, de mon point de vue, a tenté d’exprimer quelque chose de beau. Cet oiseau me donne la sensation d’un vol rapide. A l’origine, il n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Pendant vingt ans, l’artiste a travaillé à cette chose, la modifiant, l’épurant, pour arriver à cet état où les lignes et les formes sont l’expression d’un oiseau, les lignes suggérant son essor vers le ciel.

Ici se trouve formulé l’argument de la beauté : une œuvre ne pourrait être considérée comme œuvre que si elle se donne pour finalité de rechercher la beauté, de viser un idéal esthétique et non d’être utilitaire. La question implicitement posée est de savoir si une œuvre d’art doit forcément être belle pour être considérée comme une œuvre d’art.

La suite des échanges portent parfois non plus sur la question de l’objet mais plutôt sur la question de l’artiste : comment peut-on reconnaître un artiste ? Qu peut en décider ? etc. Par exemple ici la défense va essayer de discréditer les témoins en disant qu’ils ne sont pas qualifiés pour en juger :

Cinquième argument, la formation artistique (p.19). Ici il est question de Steichen, mais cela pourrait être étendu à tout autre artiste, à Brancusi :

Q : Détenez-vous un certificat vous reconnaissant la qualité d’artiste ?

R : Je n’ai jamais entendu parler de cela.

Q : Vous n’avez jamais entendu dire qu’on puisse obtenir un diplôme dans une école ?
R : Cela n’existe pas dans cette Académie. Je ne crois pas qu’un tel certificat existe.
Q : Vous n’en avez jamais entendu parler?

R : Non

La suite de l’interrogatoire va permettre aux plaignants de mettre en évidence l’indétermination, le flou, dans la définition de l’art auquel conduit le débat. Un peu à son corps défendant, un des témoins de la défense va s’engager sur ce terrain : « Comment définissez-vous l’art ? — Je ne définis pas l’art. — Vous voulez dire que l’art est indéfinissable ? [...] Avez-vous jamais pensé à une définition de l’art ? ». A ces questions, le débat montre qu’il n’y a pas de concept précis de l’art. Les avocats de Brancusi insistent alors à la fin du procès : « La question de l’esthétique n’a cessé d’être débattue depuis que l’homme a atteint le stade culturel. La controverse a toujours fait rage et a été alimentée par quelques-uns des esprits les plus éminents du monde. Articles, livres, traités et théories philosophiques ont été écrits, proposés et divulgués sans parvenir à un résultat définitif. La controverse se poursuit et se poursuivra aussi longtemps que les hommes n’éprouveront pas tous la même émotion face aux mêmes objets. Cette question a agité les esprits des plus grands penseurs depuis l’avènement de la culture : Platon, Socrate, Kant, Schopenhauer, Lessing, Knobbs, Emerson, James, Ruskin l’ont abordée et ont tenté de l’expliquer, de la rationaliser, de la cerner, mais aucun d’eux n’a pu y apporter une solution définitive ».

Le 26 novembre 1928, le juge rend son verdict. Après avoir admis que certaines définitions de l’art toujours en vigueur sont en fait périmées, il reconnaît qu’ « une école d’art dite moderne s ‘est développée  dont les tenants tentent de représenter des idées abstraites plutôt que d’imiter des objets naturels. Que nous soyons ou non en sympathie avec ces idées d’avant-garde et les écoles qui les incarnent, nous estimons que leur existence comme leur influence sur le monde de l’art sont des faits que les tribunaux reconnaissent et doivent prendre en compte. » En fonction de ces nouveaux critères, la Cour a jugé que l’objet était beau, que sa seule fonction était esthétique, que son auteur, selon les témoignages, était un sculpteur professionnel, et qu’en conséquence, il avait droit à l’admission en franchise.

Le lendemain des photographies de la sculpture paraissaient dans la presse, légendées : « C’est un oiseau ! ».

 

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sujets du bac de philosophie 2017

Posté par chevet le 16 juin 2017

SERIE L

Sujet 1 : Suffit-il d’observer pour connaître ?

Sujet 2 : Tout ce que j’ai le droit de faire est-il juste ?

Sujet 3 : Un Auteur célèbre*, calculant les biens et les maux de la vie humaine et comparant les deux sommes, a trouvé que la dernière surpassait l’autre de beaucoup et qu’à tout prendre la vie était pour l’homme un assez mauvais présent. Je ne suis point surpris de sa conclusion ; il a tiré tous ses raisonnements de la constitution de l’homme Civil : s’il fût remonté jusqu’à l’homme Naturel, on peut juger qu’il eût trouvé des résultats très différents, qu’il eût aperçu que l’homme n’a guère de maux que ceux qu’il s’est donnés lui-même, et que la Nature eût été justifiée. Ce n’est pas sans peine que nous sommes parvenus à nous rendre si malheureux. Quand d’un côté l’on considère les immenses travaux des hommes, tant de Sciences approfondies, tant d’arts inventés ; tant de forces employées ; des abîmes comblés, des montagnes rasées, des rochers brisés, des fleuves rendus navigables, des terres défrichées, des lacs creusés, des marais desséchés, des bâtiments énormes élevés sur la terre, la mer couverte de Vaisseaux et de Matelots ; et que de l’autre on recherche avec un peu de méditation les vrais avantages qui ont résulté de tout cela pour le bonheur de l’espèce humaine, on ne peut qu’être frappé de l’étonnante disproportion qui règne entre ces choses, et déplorer l’aveuglement de l’homme qui, pour nourrir son fol orgueil et je ne sais quelle vaine admiration de lui-même, le fait courir avec ardeur après toutes les misères dont il est susceptible et que la bienfaisante nature avait pris soin d’écarter de lui.

ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755.

SERIE ES:

Sujet 1 : La raison peut-elle rendre raison de tout ?

Sujet 2 : Une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

Sujet 3 :  »Étant donné […] qu’il n’existe pas au monde de République où l’on ait établi suffisamment de règles pour présider à toutes les actions et paroles des hommes (car cela serait impossible), il s’ensuit nécessairement que, dans tous les domaines d’activité que les lois ont passés sous silence, les gens ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur indique comme étant le plus profitable. Car si nous prenons la liberté au sens propre de liberté corporelle, c’est-à-dire le fait de ne pas être enchaîné, ni emprisonné, il serait tout à fait absurde, de la part des hommes, de crier comme ils le font pour obtenir cette liberté dont ils jouissent si manifestement. D’autre part, si nous entendons par liberté le fait d’être soustrait aux lois, il n’est pas moins absurde de la part des hommes de réclamer comme ils le font cette liberté qui permettrait à tous les autres hommes de se rendre maîtres de leurs vies. Et cependant, aussi absurde que ce soit, c’est bien ce qu’ils réclament ; ne sachant pas que les lois sont sans pouvoir pour les protéger s’il n’est pas un glaive entre les mains d’un homme (ou de plusieurs), pour faire exécuter ces lois. La liberté des sujets ne réside par conséquent que dans les choses que le souverain, en réglementant les actions des hommes, a passées sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres ; de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite. »

HOBBES, Léviathan (1651)

SERIE S

Sujet 1 : Défendre ses droits, est-ce défendre ses intérêts ?

Sujet 2 : Peut-on se libérer de sa culture ?

Sujet 3 : À la limite, la vie, c’est ce qui est capable d’erreur. Et c’est peut-être à cette donnée ou plutôt à cette éventualité fondamentale qu’il faut demander compte du fait que la question de l’anomalie traverse de part en part toute la biologie. À elle aussi qu’il faut demander compte des mutations et des processus évolutifs qu’elle induit. À elle qu’il faut demander compte de cette mutation singulière, de cette « erreur héréditaire » qui fait que la vie a abouti avec l’homme à un vivant qui ne se trouve jamais tout à fait à sa place, à un vivant voué à « errer » et destiné finalement à l’« erreur ». Et si on admet que le concept, c’est la réponse que la vie elle-même donne à cet aléa, il faut convenir que l’erreur est à la racine de ce qui fait la pensée humaine et son histoire. L’opposition du vrai et du faux, les valeurs qu’on prête à l’un et à l’autre, les effets de pouvoir que les différentes sociétés et les différentes institutions lient à ce partage, tout cela même n’est peut-être que la réponse la plus tardive à cette possibilité d’erreur intrinsèque1 à la vie. Si l’histoire des sciences est discontinue, c’est-à-dire si on ne peut l’analyser que comme une série de « corrections », comme une distribution nouvelle du vrai et du faux qui ne libère jamais enfin et pour toujours la vérité, c’est que, là encore, l’ « erreur » constitue non pas l’oubli ou le retard d’une vérité, mais la dimension propre à la vie des hommes et au temps de l’espèce.

FOUCAULT, Dits et Ecrits (1978).

 

  • SÉRIE TECHNO :

Sujet 1 : Y a-t-il un mauvais usage de la raison ?

Sujet 2 : Pour trouver le bonheur, faut-il le rechercher ?

Sujet 3 : On voit à quoi se réduirait l’homme, si l’on en retirait tout ce qu’il tient de la société : il tomberait au rang de l’animal. S’il a pu dépasser le stade auquel les animaux se sont arrêtés, c’est d’abord qu’il n’est pas réduit au seul fruit de ses efforts personnels, mais coopère régulièrement avec ses semblables ; ce qui renforce le rendement de l’activité de chacun. C’est ensuite et surtout que les produits du travail d’une génération ne sont pas perdus pour celle qui suit. De ce qu’un animal a pu apprendre au cours de son existence individuelle, presque rien ne peut lui survivre. Au contraire, les résultats de l’expérience humaine se conservent presque intégralement et jusque dans le détail, grâce aux livres, aux monuments figurés, aux outils, aux instruments de toute sorte qui se transmettent de génération en génération, à la tradition orale, etc. Le sol de la nature se recouvre ainsi d’une riche alluvion qui va sans cesse en croissant. Au lieu de se dissiper toutes les fois qu’une génération s’éteint et est remplacée par une autre, la sagesse humaine s’accumule sans terme, et c’est cette accumulation indéfinie qui élève l’homme au-dessus de la bête et au-dessus de lui-même. Mais, tout comme la coopération dont il était d’abord question, cette accumulation n’est possible que dans et par la société.
DURKHEIM, Education et sociologie (1922).

SUJETS DE PONDICHERY

sujet de philo du bac S 2017

Sujet n° 1 : Vit-on en société pour satisfaire ses désirs ?

Sujet n° 2 : La connaissance des êtres vivants implique-t-elle de les hiérarchiser ?

Sujet n° 3 : Explication d’un texte de Descartes, extrait de La Description du corps humain et de toutes ses fonctions

« Parce que nous avons tous éprouvé, dès notre enfance, que plusieurs de ses mouvements (1) obéissaient à la volonté, qui est une des puissances de l’âme, cela nous a disposés à croire que l’âme est le principe de tous. A quoi aussi a beaucoup  contribué l’ignorance de l’Anatomie et des Mécaniques (2) : car, ne considérant rien que l’extérieur du corps humain, nous n’avons point imaginé qu’il eut en soi assez d’organes, ou de ressorts, pour se mouvoir de soi-même, en autant de diverses façons que nous voyons qu’il se meut. Et cette erreur a été confirmée, de ce que nous avons jugé que les corps morts avaient les mêmes organes que les vivants, sans qu’il leur manquât autre chose que l’âme, et que toutefois il n’y avait en eux aucun mouvement.

Au lieu que lorsque nous tâchons à connaître plus distinctement notre nature, nous pouvons voir que notre âme, en tant qu’elle est une substance distincte du corps, ne nous est connue que par cela seul qu’elle pense, c’est-à-dire qu’elle entend (3), qu’elle veut, qu’elle imagine, qu’elle se ressouvient, et qu’elle sent, parce que toutes ces fonctions sont des espèces de pensée. Et que, puisque les autres fonctions que quelques-uns lui attribuent, comme de mouvoir le cœur et les artères, de digérer les viandes dans l’estomac, et semblables, qui ne contiennent en elles aucune pensée, ne sont que des mouvements corporels, et qu’il est plus ordinaire qu’un corps soit mû par un autre corps, que non pas qu’il soit mû par une âme, nous avons moins de raison de les attribuer à elle qu’à lui.

DESCARTES,La Description du corps humain et de toutes ses fonctions

1 mouvements du corps.

2 mécanique : science du mouvement.

3 : entend: comprend

Sujet de philo du bac ES 2017

Sujet n° 1 : Une société peut-elle se passer d’art ?

Sujet n° 1 : La loi suffit-elle à définir le juste ?

Sujet n° 3 : Explication d’un texte de Descartes, extrait de Lettre à Elisabeth

[...]Souvent la passion nous fait croire certaines choses beaucoup meilleures et plus désirables qu’; puis, quand nous avons pris bien de la peine à les acquérir, et perdu cependant (1) l’occasion de posséder d’autres biens plus véritables, la jouissance nous en fait connaître les défauts, et de là viennent les dédains, les regrets et les repentirs. C’est pourquoi le vrai office de la raison est d’examiner la juste valeur de tous les biens dont l’acquisition semble dépendre en quelque façon de notre conduite, afin que nous ne manquions jamais d’employer tous nos soins à tâcher de nous procurer ceux qui sont, en effet, les plus désirables ; en quoi, si la fortune  (2) s’oppose à nos desseins, et les empêche de réussir, nous aurons au moins la satisfaction de n’avoir rien perdu par notre faute, et ne laisserons pas (3) de jouir de toute la béatitude naturelle dont l’acquisition aura été en notre pouvoir.

DESCARTES,Lettre à Élisabeth septembre 1645

1 cependant : pendant ce temps

2 fortune : hasard

3 laisser de : manque de

Sujet de philo du bac L 2017

Sujet n° 1 : Suis-je le sujet de mon désir ?

Sujet n° 2 : Toute vérité est-elle bonne à dire ?

Sujet n° 3 : Explication d’un texte d’Alain, extrait de Propos sur les pouvoirs

Voter, ce n’est pas précisément un des droits de l’Homme; on vivrait très bien sans voter, si l’on avait la sûreté, l’égalité, la liberté. Le vote n’est qu’un moyen de conserver tous ces biens. L’expérience a fait voir cent fois qu’une élite gouvernante, qu’elle gouverne d’après l’hérédité, ou par la science acquise, arrive très vite à priver les citoyens de toute liberté, si le peuple n’exerce pas un pouvoir de contrôle, de blâme et enfin de renvoi. Quand je vote, je n’exerce pas un droit, je défends tous mes droits. Il ne s’agit donc pas de savoir si mon vote est perdu ou non, mais bien de savoir si le résultat cherché est atteint, c’est à dire si les pouvoirs sont contrôlés, blâmés et enfin détrônés dès qu’ils méconnaissent les droits des citoyens. 1 On conçoit très bien un système politique, par exemple le plébiscite , où chaque citoyen votera une fois librement, sans que ses droits soient pour cela bien gardés. Aussi je ne tiens pas tant à choisir effectivement, et pour ma part, tel ou tel maître, qu’à être assuré que le maître n’est pas le maître, mais seulement le serviteur du peuple. C’est dire que je ne changerai pas mes droits réels pour un droit fictif.

ALAIN,Propos sur les pouvoirs, 1925
SERIE TECHNO
Le candidat traitera l’un des sujets suivants au choix.
Sujet 1 : Y a-t-il des techniques pour être heureux ?
Sujet 2 : L’expérience se réduit-elle au vécu ?
Sujet 3 : Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit. Cette distinction nécessaire entre une violation ouverte et publique de la loi et une violation clandestine a un tel caractère d’évidence que le refus d’en tenir compte ne saurait provenir que d’un préjugé allié à de la mauvaise volonté. Reconnue désormais par tous les auteurs sérieux qui abordent ce sujet, cette distinction est naturellement invoquée comme un argument primordial par tous ceux qui s’efforcent de faire reconnaître que la désobéissance civile n’est pas incompatible avec les lois et les institutions publiques (…). Le délinquant de droit commun par contre, même s’il appartient à une organisation criminelle, agit uniquement dans son propre intérêt ; il refuse de s’incliner devant la volonté du groupe, et ne cédera qu’à la violence des services chargés d’imposer le respect de la loi. Celui qui fait acte de désobéissance civile, tout en étant généralement en désaccord avec une majorité, agit au nom et en faveur d’un groupe particulier. Il lance un défi aux lois et à l’autorité établie à partir d’un désaccord fondamental, et non parce qu’il entend personnellement bénéficier d’un passe-droit.
Hannah ARENDT, Du Mensonge à la violence (1972)
Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.
1.Dégager l’idée principale du texte et montrer comment elle est établie.
2.Expliquer : a)« celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit. » ; b)« [il y a une] distinction nécessaire entre une violation publique et ouverte de la loi et une violation clandestine » ; c)« Le délinquant de droit commun, (…) agit uniquement dans son propre intérêt ».
3.Désobéir aux lois peut-il être juste?

Autres sujets de l’étranger :

bac S

Les candidats au bac S  devaient traiter l’un des trois sujets suivant, au choix :

  • Désirer, est-ce refuser le monde tel qu’il est ?
  • Le progrès technique génère-t-il de nouveaux devoirs moraux ?
  • Le commentaire d’un extrait de L’Energie spirituelle, de Bergson.

 

Bac ES

Les candidats au bac ES  pouvaient choisir entre les trois sujets suivants:

  • Faut-il vouloir la vérité plus que tout ?
  • Accomplir son devoir, est-ce agir librement ?
  • Le commentaire d’un extrait de L’Utilitarisme, de Mill

 

Bac L

Les candidats au bac L avaient le choix entre trois sujets :

  • Autrui m’est-il toujours étranger ?
  • La politique doit-elle viser le bonheur du peuple ?
  • Le commentaire d’un extrait de Cours d’esthétique, de Hegel

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Séance de dédicaces… 4 février à Rennes Librairie Le Failler.

Posté par chevet le 18 janvier 2017

Communiqué.Chevet

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Publication aux éditions Ovadia : « Le courage d’avoir peur, réflexions sur le catastrophisme ».

Posté par chevet le 19 novembre 2016

                                                 0312LEO-EC-CAP-.1dC

 http://www.leseditionsovadia.com/collections/27-au-del%C3%A0-des-apparences/246-le-courage-d-avoir-peur.html

      De nombreuses menaces mettent aujourd’hui en question l’avenir de l’humanité et l’apparition de « nouveaux risques » ne manque pas de produire des philosophies radicalement catastrophistes. Mais faut-il pour autant donner crédit à ces discours alarmistes faisant la promotion de la peur ? Si certains penseurs, comme Thomas Hobbes ou Emmanuel Kant, avaient jugé nécessaire, dès le début de l’époque moderne, de faire la critique des prophéties apocalyptiques de nature religieuse, faut-il encore condamner les visions du monde les plus effrayantes (écologique notamment), celles qui annoncent le pire, et procéder, une nouvelle fois, à une « critique de la raison apocalyptique »? Certains penseurs catastrophistes, comme Hans Jonas, Günther Anders ou Jean-Pierre Dupuy, pour ne citer que les plus connus, sont en effet de sombres précurseurs. Mais leur philosophie ne convient-elle pas, justement, à « la société du risque », à un monde qui ne cesse d’accroître ses zones dangereuses ? Cet ouvrage se donne alors pour objectif de revenir au contenu des philosophies catastrophistes contemporaines pour s’interroger sur la valeur, la légitimité et la rationalité de leurs visions du monde… Une philosophie peut-elle, sans se dénaturer, espérer se construire sur une « heuristique de la peur » ?

 

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BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE GENERALE EN PHILOSOPHIE (idées de lectures en classe terminale)

Posté par chevet le 1 septembre 2016

INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE

-          Présentation de la philosophie – André Compte Sponville

-          Eloge de Socrate ou encore Introduction à la philosophie antique de Pierre Hadot.

-          Les cours de philosophie d’Alain Renaut : Découvrir la philosophie (en poches et en plusieurs volumes).

-          Jeanne Hersch, L’étonnement philosophique.

-          Pour approfondir : Notions de philosophie (Sous la direction de Denis Kambouchner).

 

SUR LES NOTIONS DU PROGRAMME :

I LE SUJET

CONSCIENCE ET INCONSCIENT

-          La conscience et la vie – Henri Bergson.

-          Cinq leçons sur la psychanalyse  de Sigmund Freud ou bien encore :  Introduction à la psychanalyse du même auteur.

AUTRUI

-          La sagesse de l’amour- Alain Finkielkraut.

-          Race et histoire de Claude Lévi-Strauss.

LE DESIR

-          Malaise dans la civilisation de Freud.

-          Foucault Michel, Histoire de la sexualité, tome 1.

L’EXISTENCE ET LE TEMPS.

-          L’existentialisme est un humanisme de J.P. Sartre.

-          Camus : Le mythe de Sisyphe.

II LA CULTURE

-          Hannah Arendt, La crise de la culture.

-          Freud, Malaise dans la civilisation.

LE TRAVAIL ET LA TECHNIQUE.

-          Eloge de l’oisiveté de Bertrand Russel.

-          Marx : Les manuscrits de 1844 (notamment le chapitre sur le travail aliéné).

L’ART.

-          Jean-Paul Sartre : Qu’est-ce que la littérature ?

-          David Hume, De la norme du goût.

-          Maurice Merleau Ponty, L’œil et l’esprit.

-          Bergson : Le rire.

LA RELIGION

-          Science et religion – Bertrand Russel.

-          La profession de foi du vicaire savoyard- Jean-Jacques Rousseau.

-          Le concept de Dieu après Auschwitz- Hans Jonas.

L’HISTOIRE.

-          Kant : Idée d’une histoire d’un point de vue cosmopolitique.

-          Sur l’histoire de Krzysztof Pomian.

LE LANGAGE .

-          Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale.

 

III LA RAISON ET LE REEL

-          Karl Popper : Des sources de l’ignorance et de la connaissance.

LA VERITE – LA DEMONSTRATION

-          Descartes : Le discours de la méthode ou Les méditations métaphysiques.

-          Le livre 7 de La République de Platon.

-          Gaston Bachelard : La formation de l’esprit scientifique.

MATIERE ET ESPRIT

Antonio Damasio : L’erreur de Descartes.

LE VIVANT


- François Dagognet, Le vivant.

 

THEORIE ET EXPERIENCE

 

-          A.F. Chalmers : Qu’est-ce que la science ?

-          Emmanuel Kant : seconde préface à La Critique de la raison pure.

 

IV LA POLITIQUE

 

- Terestchenko Michel, Philosophie politique, (2 tomes).

 

LA SOCIETE ET LES ECHANGES.

-          Jean- Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

-          Adam Smith : De la richesse des nations.

 

LA JUSTICE ET LE DROIT

-          Le Criton de Platon.

-          Robert Badinter : L’abolition.

 

L’ETAT.

-          Du contrat social de Jean Jacques Rousseau (notamment le livre 1).

-          Le prince de Machiavel.

-          Tocqueville, De la démocratie en Amérique, (le tome 2).

V LA MORALE

-          Le manuel d’Epictète.

-          Un fragile vernis d’humanité, M. Tereschenko.

-          Hans Jonas, Le principe responsabilité.

 

LE BONHEUR

-          Epicure : La lettre à Ménécée.

-          Frédéric Lenoir : Du bonheur, un voyage philosophique.

LE DEVOIR

-          Emmanuel Kant : (Première section des) Fondements de la métaphysique des mœurs.

-          Ruwen Ogien : L’éthique aujourd’hui.

 

LA LIBERTE

-          Benjamin Constant, De la liberté des anciens et des modernes.

-          Essai sur le libre arbitre de Schopenhauer.

 

******

Quelques œuvres littéraires :

-          L’écriture ou la vie de Jorge Semprun.

-          Jean Giono : Un roi sans divertissement.

-          Vendredi ou les limbes du pacifique de Michel Tournier.

-          Georges Orwell : 1894.

-          Aldous Huxley : Le meilleur des mondes.

-          Primo Levi : Si c’est un homme.

-          Sophocle : Antigone.

-          Sartre, La nausée.

 

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« Du bonheur » par Fréderic Lenoir.

Posté par chevet le 30 août 2016

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Les sujets du bac 2016

Posté par chevet le 30 août 2016

Les sujets de philosophie du bac S 2016 :

Sujet 1 : « Travailler moins, est-ce vivre mieux ? »
Sujet 2 : « Faut-il démontrer pour savoir ? »
Sujet 3 : explication d’un texte de Machiavel extrait du Prince

Je n’ignore pas que beaucoup ont pensé et pensent encore que les choses du monde sont gouvernées par Dieu et par la fortune (1), et que les hommes, malgré leur sagesse, ne peuvent les modifier, et n’y apporter même aucun remède. En conséquence de quoi, on pourrait penser qu’il ne vaut pas la peine de se fatiguer et qu’il faut laisser gouverner le destin. Cette opinion a eu, à notre époque, un certain crédit du fait des bouleversements que l’on a pu voir, et que l’on voit encore quotidiennement, et que personne n’aurait pu prédire. J’ai moi-même été tenté en certaines circonstances de penser de cette manière. 
Néanmoins, afin que notre libre arbitre (2) ne soit pas complètement anéanti, j’estime que la fortune peut déterminer la moitié de nos actions mais que pour l’autre moitié les événements dépendent de nous. Je compare la fortune à l’un de ces fleuves dévastateurs qui, quand ils se mettent en colère, inondent les plaines, détruisent les arbres et les édifices, enlèvent la terre d’un endroit et la poussent vers un autre. Chacun fuit devant eux et tout le monde cède à la fureur des eaux sans pouvoir leur opposer la moindre résistance. Bien que les choses se déroulent ainsi, il n’en reste pas moins que les hommes ont la possibilité, pendant les périodes de calme, de se prémunir en préparant des abris et en bâtissant des digues de façon à ce que, si le niveau des eaux devient menaçant, celles-ci convergent vers des canaux et ne deviennent pas déchaînées et nuisibles. 
Il en va de même pour la fortune : elle montre toute sa puissance là où aucune vertu n’a été mobilisée pour lui résister et tourne ses assauts là où il n’y a ni abris ni digues pour la contenir.

MACHIAVEL, « Le Prince » (1532)

(1) « fortune » : le cours des choses.
(2) « arbitre » : capacité de juger et de choisir.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les sujets de philosophie du bac ES 2016 :

Sujet 1 : « Savons-nous toujours ce que nous désirons ? »
Sujet 2 : « Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’histoire ? »
Sujet 3 : Explication d’un texte de René Descartes : Principes de la philosophie

- Expliquez le texte suivant :

[…] Parce que nous savons que l’erreur dépend de notre volonté, et que personne n’a la volonté de se tromper, on s’étonnera peut-être qu’il y ait de l’erreur en nos jugements. Mais il faut remarquer qu’il y a bien de la différence entre vouloir être trompé et vouloir donner son consentement à des opinions qui sont cause que nous nous trompons quelquefois. Car encore qu’il n’y ait personne qui veuille expressément se méprendre, il ne s’en trouve presque pas un qui ne veuille donner son consentement à des choses qu’il ne connaît pas distinctement : et même il arrive souvent que c’est le désir de connaître la vérité qui fait que ceux qui ne savent pas l’ordre qu’il faut tenir pour la rechercher manquent de la trouver et se trompent, à cause qu’il les incite à précipiter leurs jugements, et à prendre des choses pour vraies, desquelles ils n’ont pas assez de connaissance.

René DESCARTES, « Principes de la philosophie » (1644)

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les sujets de philosophie du bac L 2016 :

Sujet 1 : « Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ? »
Sujet 2 : « Le désir est-il par nature illimité ? »
Sujet 3 : explication d’un extrait de Vérité et politique, d’Hannah Arendt

- Expliquer le texte suivant :

Est-ce qu’il existe aucun fait qui soit indépendant de l’opinion et de l’interprétation ? Des générations d’historiens et de philosophes de l’histoire n’ont-elles pas démontré l’impossibilité de constater des faits sans les interpréter, puisque ceux-ci doivent d’abord être extraits d’un chaos de purs événements (et les principes du choix ne sont assurément pas des données de fait), puis être arrangés en une histoire qui ne peut être racontée que dans une certaine perspective, qui n’a rien à voir avec ce qui a eu lieu à l’origine ? Il ne fait pas de doute que ces difficultés, et bien d’autres encore, inhérentes (1) aux sciences historiques, soient réelles, mais elles ne constituent pas une preuve contre l’existence de la matière factuelle, pas plus qu’elles ne peuvent servir de justification à l’effacement des lignes de démarcation entre le fait, l’opinion et l’interprétation, ni d’excuse à l’historien pour manipuler les faits comme il lui plaît. Même si nous admettons que chaque génération ait le droit d’écrire sa propre histoire, nous refusons d’admettre qu’elle ait le droit de remanier les faits en harmonie avec sa perspective propre ; nous n’admettons pas le droit de porter atteinte à la matière factuelle elle-même. Pour illustrer ce point, et nous excuser de ne pas pousser la question plus loin : durant les années vingt (2), Clémenceau, peu avant sa mort, se trouvait engagé dans une conversation amicale avec un représentant de la République de Weimar (3) au sujet des responsabilités quant au déclenchement de la Première Guerre mondiale. On demanda à Clémenceau : « À votre avis, qu’est-ce que les historiens futurs penseront de ce problème embarrassant et controversé ? » Il répondit : « Ça, je n’en sais rien, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’ils ne diront pas que la Belgique a envahi l’Allemagne. »

Hannah ARENDT, « Vérité et politique » (1964)

(1) Inhérent : qui appartient essentiellement à quelque chose.
(2) Années vingt : période de 1920 à 1929.
(3) République de Weimar : régime politique de l’Allemagne de 1919 à 1933.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

 

Les sujets de philosophie du bac technologique (STMG, ST2I…) 2016 :

Sujet 1 : « Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? »
Sujet 2 : « Pouvons-nous toujours justifier nos croyances ? »
Sujet 3 : explication de texte d’un extrait des Causeries (1948) de Merleau-Ponty

Même quand les peintres travaillent sur des objets réels, leur but n’est jamais d’évoquer l’objet même, mais de fabriquer sur la toile un spectacle qui se suffit. La distinction souvent faite entre le sujet du tableau et la manière (1) du peintre n’est pas légitime parce que, pour l’expérience esthétique, tout le sujet est dans la manière dont le raisin, la pipe ou le paquet de tabac est constitué par le peintre sur la toile. Voulons-nous dire qu’en art la forme seule importe, et non ce qu’on dit ? Nullement.

Nous voulons dire que la forme et le fond, ce qu’on dit et la manière dont on le dit ne sauraient exister à part. Nous nous bornons en somme à constater cette évidence que, si je peux me représenter d’une manière suffisante, d’après sa fonction, un objet ou un outil que je n’ai jamais vu, au moins dans ses traits généraux, par contre les meilleures analyses ne peuvent me donner le soupçon de ce qu’est une peinture dont je n’ai jamais vu aucun exemplaire. Il ne s’agit donc pas, en présence d’un tableau, de multiplier les références au sujet, à la circonstance historique, s’il en est une, qui est à l’origine du tableau.

MERLEAU-PONTY, « Causeries » (1948)

(1) « manière » : la façon dont le peintre peint, son style propre

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager la thèse du texte et les étapes de son argumentation.
2. Expliquer :
a) « un spectacle qui se suffit » ;
b) « la forme et le fond, ce qu’on dit et la manière dont on le dit ne sauraient exister à part » ;
c) « les meilleures analyses ne peuvent me donner le soupçon de ce qu’est une peinture dont je n’ai jamais vu aucun exemplaire ».
3. Une oeuvre d’art a-t-elle pour but de représenter la réalité ?

 

 

 

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