Publication aux éditions Ovadia : « Le courage d’avoir peur, réflexions sur le catastrophisme ».

Posté par chevet le 19 novembre 2016

le courage

 http://www.leseditionsovadia.com/collections/27-au-del%C3%A0-des-apparences/246-le-courage-d-avoir-peur.html

      De nombreuses menaces mettent aujourd’hui en question l’avenir de l’humanité et l’apparition de « nouveaux risques » ne manque pas de produire des philosophies radicalement catastrophistes. Mais faut-il pour autant donner crédit à ces discours alarmistes faisant la promotion de la peur ? Si certains penseurs, comme Thomas Hobbes ou Emmanuel Kant, avaient jugé nécessaire, dès le début de l’époque moderne, de faire la critique des prophéties apocalyptiques de nature religieuse, faut-il encore condamner les visions du monde les plus effrayantes (écologique notamment), celles qui annoncent le pire, et procéder, une nouvelle fois, à une « critique de la raison apocalyptique »? Certains penseurs catastrophistes, comme Hans Jonas, Günther Anders ou Jean-Pierre Dupuy, pour ne citer que les plus connus, sont en effet de sombres précurseurs. Mais leur philosophie ne convient-elle pas, justement, à « la société du risque », à un monde qui ne cesse d’accroître ses zones dangereuses ? Cet ouvrage se donne alors pour objectif de revenir au contenu des philosophies catastrophistes contemporaines pour s’interroger sur la valeur, la légitimité et la rationalité de leurs visions du monde… Une philosophie peut-elle, sans se dénaturer, espérer se construire sur une « heuristique de la peur » ?

 

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BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE GENERALE EN PHILOSOPHIE (idées de lectures en classe terminale)

Posté par chevet le 1 septembre 2016

INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE

-          Présentation de la philosophie – André Compte Sponville

-          Eloge de Socrate ou encore Introduction à la philosophie antique de Pierre Hadot.

-          Les cours de philosophie d’Alain Renaut : Découvrir la philosophie (en poches et en plusieurs volumes).

-          Jeanne Hersch, L’étonnement philosophique.

-          Pour approfondir : Notions de philosophie (Sous la direction de Denis Kambouchner).

 

SUR LES NOTIONS DU PROGRAMME :

I LE SUJET

CONSCIENCE ET INCONSCIENT

-          La conscience et la vie – Henri Bergson.

-          Cinq leçons sur la psychanalyse  de Sigmund Freud ou bien encore :  Introduction à la psychanalyse du même auteur.

AUTRUI

-          La sagesse de l’amour- Alain Finkielkraut.

-          Race et histoire de Claude Lévi-Strauss.

LE DESIR

-          Malaise dans la civilisation de Freud.

-          Foucault Michel, Histoire de la sexualité, tome 1.

L’EXISTENCE ET LE TEMPS.

-          L’existentialisme est un humanisme de J.P. Sartre.

-          Camus : Le mythe de Sisyphe.

II LA CULTURE

-          Hannah Arendt, La crise de la culture.

-          Freud, Malaise dans la civilisation.

LE TRAVAIL ET LA TECHNIQUE.

-          Eloge de l’oisiveté de Bertrand Russel.

-          Marx : Les manuscrits de 1844 (notamment le chapitre sur le travail aliéné).

L’ART.

-          Jean-Paul Sartre : Qu’est-ce que la littérature ?

-          David Hume, De la norme du goût.

-          Maurice Merleau Ponty, L’œil et l’esprit.

-          Bergson : Le rire.

LA RELIGION

-          Science et religion – Bertrand Russel.

-          La profession de foi du vicaire savoyard- Jean-Jacques Rousseau.

-          Le concept de Dieu après Auschwitz- Hans Jonas.

L’HISTOIRE.

-          Kant : Idée d’une histoire d’un point de vue cosmopolitique.

-          Sur l’histoire de Krzysztof Pomian.

LE LANGAGE .

-          Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale.

 

III LA RAISON ET LE REEL

-          Karl Popper : Des sources de l’ignorance et de la connaissance.

LA VERITE – LA DEMONSTRATION

-          Descartes : Le discours de la méthode ou Les méditations métaphysiques.

-          Le livre 7 de La République de Platon.

-          Gaston Bachelard : La formation de l’esprit scientifique.

MATIERE ET ESPRIT

Antonio Damasio : L’erreur de Descartes.

LE VIVANT


- François Dagognet, Le vivant.

 

THEORIE ET EXPERIENCE

 

-          A.F. Chalmers : Qu’est-ce que la science ?

-          Emmanuel Kant : seconde préface à La Critique de la raison pure.

 

IV LA POLITIQUE

 

- Terestchenko Michel, Philosophie politique, (2 tomes).

 

LA SOCIETE ET LES ECHANGES.

-          Jean- Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

-          Adam Smith : De la richesse des nations.

 

LA JUSTICE ET LE DROIT

-          Le Criton de Platon.

-          Robert Badinter : L’abolition.

 

L’ETAT.

-          Du contrat social de Jean Jacques Rousseau (notamment le livre 1).

-          Le prince de Machiavel.

-          Tocqueville, De la démocratie en Amérique, (le tome 2).

V LA MORALE

-          Le manuel d’Epictète.

-          Un fragile vernis d’humanité, M. Tereschenko.

-          Hans Jonas, Le principe responsabilité.

 

LE BONHEUR

-          Epicure : La lettre à Ménécée.

-          Frédéric Lenoir : Du bonheur, un voyage philosophique.

LE DEVOIR

-          Emmanuel Kant : (Première section des) Fondements de la métaphysique des mœurs.

-          Ruwen Ogien : L’éthique aujourd’hui.

 

LA LIBERTE

-          Benjamin Constant, De la liberté des anciens et des modernes.

-          Essai sur le libre arbitre de Schopenhauer.

 

******

Quelques œuvres littéraires :

-          L’écriture ou la vie de Jorge Semprun.

-          Jean Giono : Un roi sans divertissement.

-          Vendredi ou les limbes du pacifique de Michel Tournier.

-          Georges Orwell : 1894.

-          Aldous Huxley : Le meilleur des mondes.

-          Primo Levi : Si c’est un homme.

-          Sophocle : Antigone.

-          Sartre, La nausée.

 

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« Du bonheur » par Fréderic Lenoir.

Posté par chevet le 30 août 2016

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Les sujets du bac 2016

Posté par chevet le 30 août 2016

Les sujets de philosophie du bac S 2016 :

Sujet 1 : « Travailler moins, est-ce vivre mieux ? »
Sujet 2 : « Faut-il démontrer pour savoir ? »
Sujet 3 : explication d’un texte de Machiavel extrait du Prince

Je n’ignore pas que beaucoup ont pensé et pensent encore que les choses du monde sont gouvernées par Dieu et par la fortune (1), et que les hommes, malgré leur sagesse, ne peuvent les modifier, et n’y apporter même aucun remède. En conséquence de quoi, on pourrait penser qu’il ne vaut pas la peine de se fatiguer et qu’il faut laisser gouverner le destin. Cette opinion a eu, à notre époque, un certain crédit du fait des bouleversements que l’on a pu voir, et que l’on voit encore quotidiennement, et que personne n’aurait pu prédire. J’ai moi-même été tenté en certaines circonstances de penser de cette manière. 
Néanmoins, afin que notre libre arbitre (2) ne soit pas complètement anéanti, j’estime que la fortune peut déterminer la moitié de nos actions mais que pour l’autre moitié les événements dépendent de nous. Je compare la fortune à l’un de ces fleuves dévastateurs qui, quand ils se mettent en colère, inondent les plaines, détruisent les arbres et les édifices, enlèvent la terre d’un endroit et la poussent vers un autre. Chacun fuit devant eux et tout le monde cède à la fureur des eaux sans pouvoir leur opposer la moindre résistance. Bien que les choses se déroulent ainsi, il n’en reste pas moins que les hommes ont la possibilité, pendant les périodes de calme, de se prémunir en préparant des abris et en bâtissant des digues de façon à ce que, si le niveau des eaux devient menaçant, celles-ci convergent vers des canaux et ne deviennent pas déchaînées et nuisibles. 
Il en va de même pour la fortune : elle montre toute sa puissance là où aucune vertu n’a été mobilisée pour lui résister et tourne ses assauts là où il n’y a ni abris ni digues pour la contenir.

MACHIAVEL, « Le Prince » (1532)

(1) « fortune » : le cours des choses.
(2) « arbitre » : capacité de juger et de choisir.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les sujets de philosophie du bac ES 2016 :

Sujet 1 : « Savons-nous toujours ce que nous désirons ? »
Sujet 2 : « Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’histoire ? »
Sujet 3 : Explication d’un texte de René Descartes : Principes de la philosophie

- Expliquez le texte suivant :

[…] Parce que nous savons que l’erreur dépend de notre volonté, et que personne n’a la volonté de se tromper, on s’étonnera peut-être qu’il y ait de l’erreur en nos jugements. Mais il faut remarquer qu’il y a bien de la différence entre vouloir être trompé et vouloir donner son consentement à des opinions qui sont cause que nous nous trompons quelquefois. Car encore qu’il n’y ait personne qui veuille expressément se méprendre, il ne s’en trouve presque pas un qui ne veuille donner son consentement à des choses qu’il ne connaît pas distinctement : et même il arrive souvent que c’est le désir de connaître la vérité qui fait que ceux qui ne savent pas l’ordre qu’il faut tenir pour la rechercher manquent de la trouver et se trompent, à cause qu’il les incite à précipiter leurs jugements, et à prendre des choses pour vraies, desquelles ils n’ont pas assez de connaissance.

René DESCARTES, « Principes de la philosophie » (1644)

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les sujets de philosophie du bac L 2016 :

Sujet 1 : « Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ? »
Sujet 2 : « Le désir est-il par nature illimité ? »
Sujet 3 : explication d’un extrait de Vérité et politique, d’Hannah Arendt

- Expliquer le texte suivant :

Est-ce qu’il existe aucun fait qui soit indépendant de l’opinion et de l’interprétation ? Des générations d’historiens et de philosophes de l’histoire n’ont-elles pas démontré l’impossibilité de constater des faits sans les interpréter, puisque ceux-ci doivent d’abord être extraits d’un chaos de purs événements (et les principes du choix ne sont assurément pas des données de fait), puis être arrangés en une histoire qui ne peut être racontée que dans une certaine perspective, qui n’a rien à voir avec ce qui a eu lieu à l’origine ? Il ne fait pas de doute que ces difficultés, et bien d’autres encore, inhérentes (1) aux sciences historiques, soient réelles, mais elles ne constituent pas une preuve contre l’existence de la matière factuelle, pas plus qu’elles ne peuvent servir de justification à l’effacement des lignes de démarcation entre le fait, l’opinion et l’interprétation, ni d’excuse à l’historien pour manipuler les faits comme il lui plaît. Même si nous admettons que chaque génération ait le droit d’écrire sa propre histoire, nous refusons d’admettre qu’elle ait le droit de remanier les faits en harmonie avec sa perspective propre ; nous n’admettons pas le droit de porter atteinte à la matière factuelle elle-même. Pour illustrer ce point, et nous excuser de ne pas pousser la question plus loin : durant les années vingt (2), Clémenceau, peu avant sa mort, se trouvait engagé dans une conversation amicale avec un représentant de la République de Weimar (3) au sujet des responsabilités quant au déclenchement de la Première Guerre mondiale. On demanda à Clémenceau : « À votre avis, qu’est-ce que les historiens futurs penseront de ce problème embarrassant et controversé ? » Il répondit : « Ça, je n’en sais rien, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’ils ne diront pas que la Belgique a envahi l’Allemagne. »

Hannah ARENDT, « Vérité et politique » (1964)

(1) Inhérent : qui appartient essentiellement à quelque chose.
(2) Années vingt : période de 1920 à 1929.
(3) République de Weimar : régime politique de l’Allemagne de 1919 à 1933.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

 

Les sujets de philosophie du bac technologique (STMG, ST2I…) 2016 :

Sujet 1 : « Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? »
Sujet 2 : « Pouvons-nous toujours justifier nos croyances ? »
Sujet 3 : explication de texte d’un extrait des Causeries (1948) de Merleau-Ponty

Même quand les peintres travaillent sur des objets réels, leur but n’est jamais d’évoquer l’objet même, mais de fabriquer sur la toile un spectacle qui se suffit. La distinction souvent faite entre le sujet du tableau et la manière (1) du peintre n’est pas légitime parce que, pour l’expérience esthétique, tout le sujet est dans la manière dont le raisin, la pipe ou le paquet de tabac est constitué par le peintre sur la toile. Voulons-nous dire qu’en art la forme seule importe, et non ce qu’on dit ? Nullement.

Nous voulons dire que la forme et le fond, ce qu’on dit et la manière dont on le dit ne sauraient exister à part. Nous nous bornons en somme à constater cette évidence que, si je peux me représenter d’une manière suffisante, d’après sa fonction, un objet ou un outil que je n’ai jamais vu, au moins dans ses traits généraux, par contre les meilleures analyses ne peuvent me donner le soupçon de ce qu’est une peinture dont je n’ai jamais vu aucun exemplaire. Il ne s’agit donc pas, en présence d’un tableau, de multiplier les références au sujet, à la circonstance historique, s’il en est une, qui est à l’origine du tableau.

MERLEAU-PONTY, « Causeries » (1948)

(1) « manière » : la façon dont le peintre peint, son style propre

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager la thèse du texte et les étapes de son argumentation.
2. Expliquer :
a) « un spectacle qui se suffit » ;
b) « la forme et le fond, ce qu’on dit et la manière dont on le dit ne sauraient exister à part » ;
c) « les meilleures analyses ne peuvent me donner le soupçon de ce qu’est une peinture dont je n’ai jamais vu aucun exemplaire ».
3. Une oeuvre d’art a-t-elle pour but de représenter la réalité ?

 

 

 

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L’ETAT DOIT IL FAIRE LE BONHEUR DES HOMMES? (Par Camille LHK- TES- 2016)

Posté par chevet le 8 mai 2016

         Au cours du dernier siècle, l’État français a endossé de nombreux rôles vis à vis des individus : on parle d’un État français régalien à la veille de la Première Guerre mondiale, son rôle étant alors limité à l’exercice de la justice, la police, et la défense de la nation ; mais avec l’éclatement de guerres, plus de pouvoirs ont été accordé à l’État et, celui-ci devant se financer, a alors instauré l’impôt sur le revenu. De même, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un État Providence s’est mis en place, en France, avec la création de la Sécurité Sociale le 4 octobre 1945 ; il endosse alors un rôle plus social, qu’il continue d’exercer encore aujourd’hui. On peut définir l’État comme une institution dotée du monopole de la violence légale et exerçant le pouvoir politique sur la population d’un territoire donné .

        Faut-il alors attendre de l’État qu’il s’occupe du bonheur de ses citoyens? tel semble être son rôle, à première vue. Puisqu’il est capable d’intervenir dans les domaines de la sécurité, la justice, l’éducation, le social, l’État est capable de fournir les conditions sans lesquelles le bonheur semblerait impossible : un sentiment de sécurité, une instruction, des conditions de vie minimale, etc… Pourtant il existe une méfiance réelle vis à vis de l’État, particulièrement de nos jours en France, où l’état d’urgence confère à notre État de plus grands pouvoirs, et beaucoup craignent pour leur liberté, dans le cas où ces pouvoirs ne seraient pas temporaires.

     L’État doit-il alors faire le bonheur de ses citoyens en endossant un rôle providentiel important, ou au contraire, ne doit-il que remplir une fonction régalienne minimale ? Nous nous demanderons dans un premier temps si le but de l’État est de faire le bonheur de ses citoyens et comment ; puis nous nous demanderons si l’État ne doit pas s’immiscer dans la société. Enfin, nous ferons l’hypothèse que l’État ne doit non pas faire le bonheur des Hommes, mais que sa responsabilité est plutôt de le placer à la portée de tous.

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       Si l’État a -t-il pour fonction de faire le bonheur des Hommes? Est-ce son rôle de remplir ce rôle? Dans le Léviathan, Hobbes, premier théoricien du contrat social, raisonne sur la condition humaine à l’état naturel. Selon lui, l’homme serait naturellement violent et dominé par ses pulsions : il reprend la citation de Plaute « homo homini lupus est »,  (« l’homme est un loup pour l’homme »). Face à cet état de violence extrême, l’homme n’a d’autre choix que de de passer un contrat social, de renoncer à sa liberté naturelle, se soumettre à un pouvoir politique commun, afin d’obtenir un sentiment de sécurité sans laquelle il ne pourrait cultiver son bonheur. Ce contrat social, il le passe avec une entité supérieure, le Léviathan, représentant l’État, une instance souveraine qui rassemble toutes les forces individuelles. Cette sécurité ainsi engendrée garantit la paix entre tous les hommes et donc indirectement leur possibilité de bonheur.

       A l’inverse de Hobbes, Rousseau base son raisonnement sur une vision optimiste de l’Homme. Dans son discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, il émet la théorie d’un homme naturellement bon, dépourvu de toute notion de violence ou de vices. Or les sociétés inégalitaires ont privé l’homme de sa liberté et de son état de nature, il s’y est aliéné par la soumission à un despote ou un monarque. Mais la réflexion de Rousseau rejoint ici celle de Hobbes : afin de regagner son humanité et sa liberté, l’homme doit passer un contrat social avec un État, où les lois sont l’expression de la volonté générale et appliquées indifféremment pour tous les individus. La socialisation est ce qui, pour Rousseau, garantit à l’Homme le bonheur, et n’est donc atteignable que par l’État au sens d’un contrat favorisant la liberté collective.

            De plus, dans son traité théologico-politique, Spinoza énonce sa théorie politique : pour lui, l’État ne fait pas passer les hommes de raisonnables à l’état de « bêtes brutes ou d’automates » mais au contraire les « libère de la crainte, pour qu’ils vivent autant que possible en sécurité et conservent, aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir ». Ainsi, selon Spinoza, l’État garantit la subsistance des libertés individuelles, et n’est en aucun cas une domination.

          On pourrait donc en déduire que lÉtat doit donc pourvoir au bonheur des hommes en leur garantissant sécurité, socialisation, et liberté. Finalement c’est par son intégration dans une société et un projet politique que l’homme parvient à s’accomplir…

 

          Cependant, il est possible que cette assistance auprès des individus finisse par entraver leurs libertés individuelles ou produisent dans la société des inégalités. L’État devrait peut-être alors se limiter à certaines fonctions, voire même se retirer de la vie des Hommes, sans vouloir forcément soucier de leur bonheur.

          Dans l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Engels, ami et collaborateur de Marx, définit l’État comme un « pouvoir né de la société mais qui lui est de plus en plus étranger ». En effet, l’État ne serait devenu qu’un outil des classes dominantes, économiquement et politiquement, servant à « mater et exploiter la classe opprimée » ; il ne serait donc que l’illustration d’un conflit de classes sociales antagonistes. Ne ferait-il pas le bonheur de certains hommes et le malheur des autres?

          Ce point de vue rejoint celui de Marx, qui qualifie l’État moderne d’ « instrument de l’exploitation du travail salarié par le capital ». Cette conception de l’État nous apprend que ce dernier n’œuvre pas pour le bonheur de tous ses citoyens, puisqu’il asservit une majorité pour servir une minorité. Ainsi, si le rôle de l’État est bien, en théorie, de faire le bonheur des hommes, dans les faits il n’en est rien. Il devrait donc se retirer de la vie de ceux-ci.

       Dans Le Savant et le Politique, le sociologue Max Weber énonce : « S’il n’existait que des structures sociales où toute violence serait absente, le concept d’État aurait alors disparu ». En effet, selon lui, la violence physique est un outil qui n’est légitimé que lorsqu’il est utilisé par l’État, il en est le « moyen normal ». Par cela il faut entendre que seul l’État est considéré comme légitimement fondé à utiliser la violence, pas opposition aux autres groupements et individus.

        Il en résulte donc une rapport de forces inégal entre les individus exerçant le pouvoir étatique, et ceux qui y sont directement soumis : « l’État consiste en un rapport de domination de l’homme sur l’homme fondé sur le moyen de la violence légitime ».

       L’État ne devrait donc s’occuper de tout, puisque l’exercice de son pouvoir résulte en une domination de ses citoyens.

        Dans son ouvrage De la démocratie en Amérique, le philosophe français Tocqueville s’intéresse aux bienfaits et méfaits du système politique américain, en outre les dangers des possibles dérives de ce qu’il appelle « la servitude douce ». En effet, là où l’Ancien Régime démarquait des classes telles que la Noblesse, le Clergé, et le Tiers-État, en Démocratie, tous les hommes sont égaux. Cette différence entraîne un individualisme chez les hommes, qui poursuivent alors leur bonheur personnel, et le confort de ceux qui les entourent, sans plus se soucier de la vie politique.

        Cette perte d’intérêt résulte en la déresponsabilisation des individus, qui laissent alors à l’État tout rôle décisionnaire. Et ce phénomène est accentué par la réglementation et l’apparition de lois, qui interdisent sans agressivité, et mènent à une uniformité des individus : l’apparition de personnalités sortant de l’ordinaire est empêchée. La diversité des opinions est alors menacée.

       Si après tout, il est le rôle de l’État de s’occuper des grandes questions politiques, Tocqueville nous met en garde contre le danger que constitue une régulation trop importante et insidieuse de la population, qui certes peut mener à son bonheur, puisque chacun œuvre alors pour son bonheur personnel, mais conduit à un despotisme doux et à la perte du rôle de citoyen.

        D’un point de vue libéral, l’État ne doit donc pas œuvrer dans ce sens et faire le bonheur des Hommes.

 

       Si l’État doit occuper alors un rôle minimal, correspondant à une vision libérale, en ne remplissant que ses fonctions régaliennes (justice, armée, police), sans se soucier des ordres sociaux, ou économiques de son peuple, il est inévitable que des inégalités apparaissent entre certaines classes d’individus, puis que celles-ci se creusent. Doit-on alors laisser ces inégalités apparaître ? Doit-on abandonner les pauvres à la misère ?

        Il paraît évident de répondre « non » à cette question. Et c’est ce que le sociologue Pierre Bourdieu fait, en brossant un portrait ironique de la société française dans son ouvrage La misère du Monde. Il y énonce une méthode efficace pour masquer la pauvreté d’un peuple : dans un pays industriellement développé, si une population à faible salaire (pour les critères du dit-pays) manifeste dans le but d’obtenir une augmentation, on lui objecte qu’une autre population, issue d’un pays économiquement inférieur, gagne bien moins. Ainsi, la possibilité de réclamer un plus haut salaire disparaît.

      De cette façon, Pierre Bourdieu encourage l’État français à réduire les inégalités sociales. La France est aujourd’hui le pays qui investit le plus dans les aides sociales, telles que la sécurité sociale, les allocations, les retraites… Et d’autres organisations privées contribuent à réduire la misère des populations défavorisées telles que La Croix-Rouge, ou les Restos du Cœur. Le minimum de ressources dont même les plus démunis peuvent ainsi bénéficier est une condition fondamentale de leur bonheur.

        Bourdieu cherche donc à ne pas déresponsabiliser l’État, mais on constate que parmi les différentes attitudes observées à travers le monde à ce sujet, aucune solution ne semble optimale. En effet, là où la France fait face à des problèmes financiers à cause de sa politique sociale, les États-Unis, ayant adopté une politique très libérale et non-interventionniste, rencontrent des problèmes sociaux majeurs (impossibilité pour une grande partie de la population de payer des soins médicaux par exemple).

 L’enjeu de l’État est donc de trouver un juste milieu entre le despotisme et la déresponsabilisation.

       Il est possible, pour répondre à cet enjeu, que l’État fasse bonheur des hommes sans s’immiscer dans leur vie privée. Peut-être pourrait-il en poser les bases simplement, comme précédemment (avec le minimum de ressources nécessaires au bonheur), tout en laissant ensuite à l’individu le choix d’évoluer comme il le souhaite. Ce compromis pourrait être atteint par l’éducation.

       Selon Condorcet, dans son ouvrage Cinq mémoires sur l’instruction publique, il est impératif de pourvoir chaque enfant d’une éducation, qui continue sur le long terme, jusque dans l’âge adulte. En effet, le manque de connaissances implique la dépendance à ceux qui les détiennent. Ainsi, il est impossible d’atteindre une indépendance, une liberté, sans éducation.

Un État qui s’occupe d’un système éducatif complet permet donc à ses citoyens d’acquérir une indépendance, et d’évoluer selon leurs critères personnels. Sans entraver leur vie privée, l’État leur permet de poursuivre une quête du bonheur, tout simplement en rendant ce dernier accessible.

         Cette réflexion nous apprend que l’État ne doit pas faire le bonheur complet de ses citoyens, ni ne doit les abandonner à leur sort. Il doit plutôt rendre ceux-ci aptes à le construire et le trouver eux-mêmes, en définissant des biens communs, sans empiéter sur leur vie privée.

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Explication d’un texte de Rousseau sur le langage par Camille L. (élève de TES3) – Janvier 2016.

Posté par chevet le 20 janvier 2016

« Les idées générales ne peuvent s’introduire dans l’esprit qu’à l’aide des mots, et l’entendement ne les saisit que par des propositions. C’est une des raisons pour quoi les animaux ne sauraient se former de telles idées, ni jamais acquérir la perfectibilité qui en dépend. Quand un singe va sans hésiter d’une noix à l’autre, pense-t-on qu’il ait l’idée générale de cette sorte de fruit, et qu’il compare son archétype à ces deux individus? Non sans doute; mais la vue de l’une de ces noix rappelle à sa mémoire les sensations qu’il a reçues de l’autre, et ses yeux, modifiés d’une certaine manière, annoncent à son goût la modification qu’il va recevoir. Toute idée générale est purement intellectuelle; pour peu que l’imagination s’en mêle, l’idée devient aussitôt particulière. Essayez de vous tracer l’image d’un arbre en général, jamais vous n’en viendrez à bout, malgré vous il faudra le voir petit ou grand, rare ou touffu, clair ou foncé, et s’il dépendait de vous de n’y voir que ce qui se trouve en tout arbre, cette image ne ressemblerait plus à un arbre. Les êtres purement abstraits se voient de même, ou ne se conçoivent que par le discours. La définition seule du triangle vous en donne la véritable idée: sitôt que vous en figurez un dans votre esprit, c’est un tel triangle et non pas un autre, et vous ne pouvez éviter d’en rendre les lignes sensibles ou le plan coloré. Il faut donc énoncer des propositions, il faut donc parler pour avoir des idées générales; car sitôt que l’imagination s’arrête, l’esprit ne marche plus qu’à l’aide du discours. Si donc les premiers inventeurs n’ont pu donner des noms qu’aux idées qu’ils avaient déjà, il s’ensuit que les premiers substantifs n’ont pu jamais être que des noms propres ».

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1754), Hatier, coll. «Les classiques de la philosophie», 1999, p. 43-44.

Explication du texte par Camille L. (TES3).

Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Jean-Jacques Rousseau publié en 1755 a été rédigé en réponse à la question suivante : Quelle est l’origine de l’inégalité des conditions parmi les hommes ? Pour Rousseau, l’homme à l’état naturel s’oppose sur de nombreux points à l’homme civil. Dans l’extrait proposé, il est question du rapport entre la pensée et le langage ; la pensée qui peut donner lieu à des interprétations subjectives, personnelles et le langage qui permet d’accéder à des vérités communes, de dégager l’idée générale de la représentation d’une chose. Le langage est couramment défini comme un moyen d’exprimer nos pensées ou de comprendre celles des autres. Cela signifierait que le langage permet l’expression de la pensée et qu’il y aurait donc une pensée avant le langage. Seulement certaines formes de pensées ne sont possibles qu’avec le langage. L’auteur se demande en effet s’il est possible de penser sans langage et par conséquent si le langage est la condition de la pensée. Il semble qu’à travers cet extrait, la thèse de Rousseau soit que les mots conditionnent la pensée, car l’Homme n’a d’idées que par les mots. Nous allons donc voir que pour pouvoir penser, il faut d’abord connaître les idées générales car elles sont le fondement des mots et que l’imagination ne vient qu’après se mêler au concept de la chose.

 

Afin de mieux comprendre l’extrait proposé, il nous est ici indispensable de différencier les idées générales des idées particulières. Les idées générales correspondent à un concept bien défini, qui est le même pour tous. A l’inverse, les idées particulières désignent l’implication de l’imagination dans la pensée car c’est l’imagination qui donne à notre vision ce caractère subjectif. Les idées, les vérités générales sont pour Rousseau le fruit du langage comme il l’explicite dès le début de l’extrait « les idées générales ne peuvent s’introduire dans l’esprit qu’à l’aide des mots ». En effet, ce dernier permet à l’ensemble de nos perceptions singulières de s’accorder sur des idées communes, c’est en discutant que l’on trouve des points communs.

L’auteur définit l’homme par sa capacité à élaborer des concepts, sa faculté à se perfectionner (« acquérir la perfectibilité ») et l’oppose donc à l’animal qui lui n’est autre qu’un être de sensation. L’animal tel le singe que Rousseau prend en exemple ne dispose pas du langage et ne possède donc que des représentations personnelles de chaque chose qu’il reconnait grâce à sa mémoire et qui lui rappelle des sensations, la « modification qu’il va recevoir ». L’élaboration d’idées générales ne peut se faire que par un cheminement intellectuel (« toute idée générale est purement intellectuelle »), par un effort de réflexion qui est donc possible qu’à l’aide des mots. L’homme se distingue de l’animal par sa capacité de penser. Il faut donc s’efforcer à ne voir en la chose que son concept afin d’en tirer les caractéristiques car « pour peu que l’imagination s’en mêle, l’idée devient aussitôt particulière ».

L’esprit a généralement tendance à ajouter un signe particulier peu importe l’objet que l’on se représente, c’est l’imagination. Nous ne verrions jamais de nous-même ce qu’est l’idée générale d’une chose sans le langage car nous aurions uniquement notre propre vision à laquelle l’imagination a accès et pour obtenir un concept, il faut confronter l’ensemble de nos visions afin d’avoir accès à ce qui s’était noyé dans l’imagination. C’est cette idée que Rousseau explique avec l’exemple de la représentation d’un arbre : « s’il dépendait de vous de n’y voir que ce qui se trouve en tout arbre, cette image ne ressemblerait plus à un arbre ». Il poursuit son explication en évoquant les êtres abstraits, qui eux ne peuvent se concevoir uniquement par une image ou grâce aux mots. Le mot arbre ou le mot triangle représentent alors tous les arbres ou tous les triangles. Cependant même si la définition d’un mot nous donne son idée, la représentation que l’on se fait de la chose restera toujours personnelle.

Il faut des mots et donc un langage pour définir une chose abstraite même si cette définition ne correspond pas réellement à l’image que l’on se fait de l’objet. Les mots rendent possible la perception d’une généralité. Dans l’esprit, nous trouvons les idées générales et l’imagination ; les idées générales que nous avons apprises et qui nous donnent la définition de la chose, et l’imagination qui la représente d’une façon particulière. L’imagination est basée sur des images, et donc des choses que l’on a déjà vues ou aperçues. Par conséquent, lorsque nous tentons de nous imaginer quelque chose que nous n’avons jamais connu, le seul moyen d’avoir une idée de la chose est le discours car comme le précise Rousseau à la fin de l’extrait « sitôt que l’imagination s’arrête, l’esprit ne marche plus qu’à l’aide du discours ».

 

Rousseau voit donc le langage comme la condition de la pensée. Grâce au langage, l’homme devient capable d’intelligence car même s’il développe des idées particulières, ces dernières naissent de la connaissance de l’idée générale. Ce questionnement du rapport entre l’imagination et les mots, nous amène à formuler une question plus générale et à nous demander si comme le pense Rousseau, la pensée est conditionnée par le langage, peut-on toujours penser librement ?

 

Suite à la lecture et à l’analyse de cet extrait,  si je devais prendre position sur la question du rapport entre pensée et langage, j’adopterai la même thèse que celle de l’auteur. Cependant, même si le langage semble être la condition de la pensée, j’accorderai une place plus importante que Rousseau ne semble le faire à l’imagination. En effet, pour reprendre l’exemple du concept de l’arbre, si je devais le définir sans qu’il ne corresponde à un arbre particulier, je dirais que c’est quelque chose de grand et d’imposant, même s’il y a dans cette définition peu d’objectivité car il n’y a pas de confrontations d’idées. Seulement la définition que je donne de l’arbre en général ne permet pas à quelqu’un qui ne saurait pas de quoi je parle de savoir de quoi il est question. En effet, l’idée générale par son caractère conventionnel peut ne rien représenter. Il faut donc selon moi accorder une place particulière à l’imagination car c’est elle qui permet réellement à l’Homme de voir une beauté dans la chose, une beauté dans son monde et de se construire lui-même en se libérant des idées communes et en construisant son cheminement vers son propre intérieur grâce à la connaissance.

En accord avec la thèse de Rousseau, je pense cependant que l’on peut apporter certaines nuances à la thèse défendue. En effet, même si le langage semble être la condition de la pensée, le langage est également l’expression de cette dernière, la confrontation de l’imaginaire et de la subjectivité de l’individu avec l’universalité des idées générales. L’imagination est selon moi, présente avant le langage mais elle n’est pas organisée, elle n’est pas structurée et c’est grâce au langage que la pensée s’articule et donne un sens général aux idées particulières.

Le fait que la pensée soit conditionnée par le langage pourrait remettre en cause la liberté que l’on devrait avoir c’est-à-dire celle de penser librement. En effet, la connaissance des idées générales pourraient être un frein à l’idée particulière de par le fait qu’elle soit tenue pour universalité, pour vérité. Seulement l’idée générale est parfois aussi abstraite que la chose qu’elle définit car elle doit correspondre à l’ensemble de ces choses et non à une en particulier. L’imagination qui est moins limitée que l’idée générale, bien que sa seule limite puisse être cette dernière, nous permet de surmonter ce caractère conventionnel car elle constitue un vaste univers de possibilité. L’imagination est un monde d’évasion qui permet à l’homme de voir au-delà des idées communes.

 

En définitive, le problème posé par l’extrait est celui de savoir si l’on peut penser sans langage. Rousseau prend position sur la question en montrant que pour lui, le langage est la condition de la pensée et qu’il est donc difficile de penser sans langage. Afin d’étayer sa thèse, l’auteur distingue tout au long de l’extrait les idées générales des idées particulières, prend l’exemple du singe pour exprimer la singularité du fonctionnement de la pensée chez l’Homme, il part d’idées abstraites et nous montre que l’on arrive à les définir à l’aide des mots pour enfin conclure sur la capacité du langage à donner un concept à une chose dont on ne possède pas d’images. Cependant, même si la pensée ne semble prendre un sens qu’à l’aide des mots, l’imagination et les idées particulières restent une nécessité pour la propre construction de l’individu et sa capacité à pouvoir aller au-delà des idées générales pour voir en la chose ce que ces idées ne permettent pas.

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Questionnaire de révision sur le thème de l’art.

Posté par chevet le 25 novembre 2015

 

1)      Quelles sont les cinq problématiques de l’esthétique que nous avions évoquées en introduction ?

2)      Quelle signification donnez-vous à la formule de Proust pour qui « la vraie vie c’est la littérature » ?

3)      Pourquoi Platon, philosophe de l’antiquité grecque, cherche-t-il à dévaloriser l’activité des artistes et quels reproches leur adresse-t-il ?

4)      En quel sens peut-on dire avec Bergson que l’art est une forme de dévoilement du réel?

5)      Bergson écrit : «lorsque nous regardons un objet, d’habitude, nous ne le voyons pas ; parce que ce que nous voyons, ce sont des conventions interposées entre l’objet et nous ; ce que nous voyons, ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaître l’objet et de le distinguer pratiquement d’un autre, pour la commodité de la vie. Mais celui qui mettra le feu à toutes ces conventions, celui qui méprisera l’usage pratique et les commodités de la vie et s’efforcera de voir directement la réalité même, sans rien interposer entre elle et lui, celui-là sera un artiste ». Comment comprenez- vous ce texte ?

6)      Que faut-il entendre par l’idée d’une « subjectivation de l’art » et quelle manière d’interpréter les œuvres d’art désigne cette expression ?

7)      En quel sens est-il possible de « psychanalyser » une œuvre d’art ? Donnez l’exemple d’un artiste auquel pourrait s’appliquer cette idée.

8)      Si vous aviez à montrer que les œuvres d’art ne sont pas seulement de pures fantaisies nées de l’imagination des artistes mais qu’elles peuvent traduire la réalité, quelle œuvre d’art évoqueriez-vous pour illustrer cette idée et pourquoi ?

9)      Existe-t-il selon vous des critères qui permettent de définir ce que doit-être une œuvre d’art et peut-on, dès lors, différencier une œuvre d’art d’un objet ordinaire ?

10)  Que veut dire le philosophe Alain lorsqu’il dit que l’artiste est toujours plus ou moins « spectateur de son œuvre en train de naître » ?

11)  Que veut dire le philosophe américain Arthur Danto lorsqu’il nous dit que « n’importe quoi peut-être de l’art mais tout n’est pas de l’art » ?

12)  Selon vous, l’art est-il plutôt un processus d’imitation ou de création pure ?

13)  Que nous disait Hegel sur la peinture hollandaise dans son Introduction à l’esthétique ?

14)  En quel sens peut-on dire que « l’art est un mensonge qui dit la vérité »? (formule attribuée  à Picasso, Stendhal, Cocteau…etc).

15)  Quelle est la définition classique de la beauté ? En quoi le philosophe David Hume s’oppose-t-il à cette définition du beau dans son ouvrage De la norme du goût ?

16)  Comment comprenez-vous la formule de Kant selon laquelle « le beau plaît universellement sans concept » ?

17)  Que signifie la formule de Schopenhauer « la vie n’est pas belle mais les images de la vie sont belles » ?

18)  Que pensez-vous de l’idée de Nietzsche dans la Naissance de la Tragédie selon laquelle « l’art s’avance comme un dieu sauveur et guérisseur : lui seul à le pouvoir de transmuer ce dégoût de ce qu’il y a d’horrible et d’absurde dans l’existence en représentations à l’aide desquelles la vie est rendu possible » ?

19)  Selon vous, quel rapport peut-il y avoir entre  l’activité artistique et la liberté humaine et en quel sens peut-on dire que les artistes nous aident à être plus libres ?

20)  Selon vous un artiste peut-il créer sans règles ?

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Réplique sur France culture : Les valeurs de l’homme contemporain ( Finkielkraut – Michéa- Bruckner).

Posté par chevet le 6 septembre 2015

Une discussion sur le narcissisme contemporain et le « devoir de bonheur »…

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« L’homme est la mesure de toutes choses » Protagoras.

Posté par chevet le 2 septembre 2015

         Pour comprendre cette citation, sa formulation, sa signification, il faut la replacer dans son contexte d’origine. Il s’agit d’une formule du sophiste Protagoras extraite de son ouvrage De la vérité, évoquée par Platon notamment dans le Théétète  et selon laquelle « l’homme est la mesure de toutes choses ; pour celles qui sont, mesure de leur être ; pour celles qui ne sont pas, mesure de leur non être » (formule également évoquée dans le Protagoras de Platon). Il faut donc clarifier le sens de cette proposition : que veut dire l’idée selon laquelle l’homme serait « la mesure de toutes choses » ? Quelle est donc le sens de cette théorie de « l’homme mesure » ? Que signifie l’idée de mesure ici ?

         Cette formule peut s’entendre de plusieurs façons : on peut tout d’abord y voir l’affirmation d’un simple empirisme ou sensationisme (théorie de la connaissance selon laquelle le savoir de l’homme ne peut se constituer que là où il y a pour l’homme quelque chose à percevoir). Il s’agirait donc d’une interrogation sur le fondement de la science et sur ce qui est nécessaire à l’obtention de la vérité.  Pour comprendre ce problème, reprenons donc le dialogue entre Socrate et Théétète qui évoque justement la formule de Protagoras. Théétète, interrogé par Socrate, avance l’idée que le savoir se construit sur notre sensibilité : « science n’est autre chose que sensation » dit Théétète, ce qui revient à dire la même chose que la formule de Protagoras remarque Socrate…

         A priori, cette thèse a évidemment un sens et une pertinence: le réel, selon cette philosophie, ne peut être connu que par l’intermédiaire de nos sens et nous ne pouvons connaître une chose que dans la mesure où nous sommes capables de la percevoir (« mesurer » ici pourrait donc être un synonyme de percevoir). Le réel n’existe (à nos yeux) qu’en tant qu’il est perceptible et perçu effectivement, qu’il est l’objet d’une sensation et donc qu’il est « mesuré » (connu) par l’homme. On pourrait donc voir dans cette formule un simple rappel empiriste : le savoir exige d’être fondé sur une expérience sensible (et ne peut reposer sur une simple croyance purement théorique). La connaissance devrait donc se construire sur un donné de l’expérience garantissant une forme d’objectivité (cette thèse sera d’ailleurs celle de Kant : l’expérience est ce à partir de quoi il est possible de constituer un savoir : sans cette base, il n’est pas de science possible).

         Mais pour Platon, qui n’est pas un philosophe empiriste, l’expérience sensible (la sensation), ne permet justement pas de construire un savoir véritable et objectif, et la thèse empiriste ne peut conduire à terme, qu’à un relativisme : de là une seconde interprétation du sens de la formule de Protagoras, plus radicale et « platonicienne ». Si la science se fonde sur la sensation ( ou s’il n’y a de science que de ce qui est l’objet d’une perception), alors toute connaissance est toujours particulière et relative à un sujet qui perçoit. On ne peut donc atteindre de vérité au sens d’un savoir absolu car les choses ne sont pour moi que ce qu’elles me semblent être de mon point de vue. La sensation individuelle ne produit qu’une diversité changeante de regards sur le monde, qu’une multiplicité mobile de type héraclitéenne où tout se modifie sans cesse, ce qui interdit par principe l’accès à une vérité universelle. Il n’y a plus de vrai en soi (une vérité extra-humaine dirions-nous), mais seulement des représentations pour chacun de ce qui lui semble être vrai (des phénomènes).  Dire que l’homme est la mesure de toute chose revient donc à dire que chacun affirme l’existence des choses à partir de sa propre expérience, et cela conduit alors à nier l’existence d’un absolu, d’un universel possible en tant que savoir : il n’y a pas la justice en soi, mais seulement des opinions différentes de ce que peut être la justice ; l’homme affirme (mesure à sa façon) que telle ou telle chose est belle, vraie, bonne, etc… mais cela n’a de sens que pour lui, par rapport à ses expériences et croyances personnelles qui sont variables d’un individu à l’autre. Ainsi, il n’y a pas de vérité en soi mais seulement des opinions et la vérité se confond avec ce qui paraît vrai à chacun. A terme, il n’y a plus de vérité du tout mais seulement des expériences subjectives que ce que l’on croit être la vérité.

         Ainsi, si toute connaissance provient de notre sensation ( et se limite à elle), alors il n’y a plus de vérité objective et l’homme est la mesure de toute chose (hypothèse relativiste donc). Pour Platon l’hypothèse sensualiste produit un « mobilisme » qui poussé à l’extrême nous conduit à penser que tout dans le réel se métamorphose sans cesse, que le monde n’a rien de permanent ni de fixe, que tout est changeant. Dès lors, dans ce monde de multiplicité pure sans unité, il n’y aura plus de science. Si la formule de Protagoras correspond à un individualisme sensationniste, alors il conduit à un relativisme strict (à la destruction du concept même de vérité, comme révélation de l’Etre en soi) qui rend impossible l’affirmation d’un monde objectif commun. Encore une fois, si « l’homme est la mesure de toutes choses », cela veut dire que chacun voit le monde à sa façon, que chaque homme est enfermé dans sa perception particulière des choses (car pour Platon, la sensation ne peut faire science). Dans un tel univers subjectif, il n’est plus possible de faire la différence entre l’apparence et la réalité, entre ce qui est perçu subjectivement et l’objectivité. Si l’homme est la mesure de toute chose alors il devient impossible d’affirmer l’existence d’une réalité qui soit non corrélative à ma sensation et que je puisse connaître l’existence d’un objet indépendamment du fait que je le perçois. Mais dans ce cas, la science – au sens d’une connaissance du réel en soi- est impossible : la connaissance objective présupposerait au contraire que l’homme n’est pas la mesure de tout mais plutôt que les choses sont la mesure de ce que l’homme pourrait penser de ce qui objectivement est vrai ou faux ( la vérité pouvant se définir comme la connaissance de ce qui est). La « théorie de l’homme mesure » conduit donc, selon Platon, à l’impossibilité d’un accès à l’absolu, à la chose en soi (le monde des Idées dans le langage platonicien). Privé de l’universel, l’homme en reste au monde des opinions singulières. A chacun ses croyances, voilà le relativisme. Vision héraclitéenne encore une fois : il n’est pas possible de saisir l’Etre mais nous ne pouvons y accéder que relativement à la manière dont nous le percevons (empirisme subjectif). Si tout se meut, comment fonder, par la sensation, une connaissance ? N’est vrai pour le sujet que ce qui lui paraît être vrai sur le moment et le sensationnisme protagorasien conduit (selon Platon toujours) à nier la distinction entre croyance subjective et vérité. Si on ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve, comment dégager de l’invariant pour fonder une connaissance stable ? Il s’agit donc pour Platon d’essayer de démontrer que la sensation ne peut fournir une connaissance stable (et une connaissance de type mathématique par exemple suppose l’accès à un autre mode de savoir, tout comme la connaissance des Idées). A cette connaissance impossible par la sensation, Platon voudra donc opposer la connaissance métaphysique des essences (voir le mythe de la caverne sur ce point et plus généralement la doctrine des Formes chez Platon dans la République notamment).   

         On peut donc avoir une lecture « kantienne » de la formule de Protagoras : cette formule peut d’abord signifier que la connaissance de l’absolu en soi n’est pas possible, et qu’au lieu de se placer du point de vue de dieu (sub specie aeterni), et de prétendre connaitre l’Etre en tant qu’Etre, le réel en soi, l’homme ne peut saisir le monde qu’à travers ses propres catégories mentales. Il s’agit donc ici de souligner la relativité (au sens de la limite) de la connaissance humaine. Si l’homme est la mesure de toutes choses, cela veut dire qu’il ne peut savoir quelque chose qu’à partir de soi, de ce qu’il est en tant que sujet et qu’il ne peut donc prétendre naïvement saisir directement l’objet ( ce qui d’ailleurs ne veut pas forcément dire que la science est impossible: ce sera là tout le problème abordé par Kant dans la Critique de la raison pure).

         En un sens platonicien par ailleurs, on peut aussi interpréter cette formule d’une façon plus radicale en disant qu’il est impossible de fonder la science sur la sensation. On ne peut obtenir par la sensation qu’une connaissance purement relative et, contrairement à ce que soutenait Théétète (qui affirmait justement que la science se fondait sur la sensation), il faut démontrer (selon Platon bien entendu!) que c’est le divin seul qui est la mesure de toute chose : « dieu seul est la vraie mesure de toutes choses » disait Platon dans Les Lois.

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SUJET DU BAC DE PHILOSOPHIE 2015

Posté par chevet le 1 septembre 2015

Les sujets du bac S

- « Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ? »

- « La politique échappe-t-elle à une exigence de vérité ? »

- Texte de Cicéron :

« Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout indice qui explique qu’il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont annoncées avec beaucoup d’années d’anticipation par ceux qui étudient à l’aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l’opposé du soleil, entre dans l’ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu’elle s’obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s’intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.

Ceux qui prédisent la découverte d’un trésor ou l’arrivée d’un héritage, sur quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l’événement dont il faudra admettre qu’il arrive par accident ou par pur hasard ? En effet, rien n’est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s’il le sait, l’événement arrivera certainement ; mais s’il se produit certainement, il n’y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n’y a pas de prévision d’événements fortuits. »

Cicéron, De la divination, Ier siècle avant J.-C.

Les sujets du bac ES

- « La conscience de l’individu n’est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ? »

- « L’artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ? »

Le commentaire de texte porte sur un extrait de Spinoza :

« Dans un Etat démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n’est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’appétit et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix. Ôté ce fondement, tout l’édifice s’écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d’y pourvoir ; aux sujets, il appartient d’exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit. Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n’est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison. »

Baruch Spinoza, Traité théologico-politique (1670).

Les sujets du bac L

- « Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ? »

- « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? »

Le commentaire de texte porte sur un extrait d’Alexis de Tocqueville :

« Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.
Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites.
Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables. »

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840).

La série technologique :

1er sujet de dissertation : La culture fait-elle l’homme?

2ème sujet de dissertation : Peut-on être heureux sans être libre?

Expliquez le texte suivant:

« La règle par où nous nous conduisons communément en nos raisonnements, est que les objets dont nous n’avons pas l’expérience ressemblent à ceux dont nous l’avons ; que ce que nous avons vu être le plus ordinaire est toujours le plus probable ; et que, lorsqu’il y a opposition des arguments, nous devons donner la préférence à ceux qui se fondent sur le plus grand nombre d’observations passées. Mais quoique, en procédant selon cette règle, nous rejetions promptement tout fait insolite et incroyable à un degré ordinaire, pourtant, en avançant davantage, l’esprit n’observe pas toujours la même règle : lorsque quelque chose est affirmé de suprêmement absurde et miraculeux, il admet d’autant plus promptement un tel fait, en raison de la circonstance même qui devrait en détruire l’autorité. La passion de surprise et d’émerveillement qui produit des miracles, étant une agréable émotion, produit une tendance sensible à croire aux événements d’où elle dérive ».

HUME, Enquête sur l’entendement humain (1748)

 

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